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CHOCOLAT/DÉVELOPPEMENT Le chocolatier Cémoi pousse ses pions en Côte-d'Ivoire

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L'entreprise familiale est sur le point d'ouvrir sa première usine de fabrication de produit finis en Côte-d'Ivoire, qui a représenté un investissement de 6 millions d'euros. Cémoi, qui compte par ailleurs investir 20 millions d'euros sur 3 ans pour assurer la traçabilité sur tous ses approvisionnements, s'est fixé pour objectif de réaliser un chiffre d'affaires de 1 milliard d'euros en 2017.

Cémoi, le groupe chocolatier familial installé depuis ses origines à Perpignan, ouvrira une nouvelle usine dédiée à la fabrication de produits finis en Côte-d'Ivoire en mai prochain. « La première usine du genre dans le pays », précise le président Patrick Poirrier, et qui a nécessité un investissement de 6 millions d'euros. Déjà présent en Côte-d'Ivoire depuis 1996 à travers une usine de transformation (environ 1 000 salariés) Cémoi veut fabriquer « des produits plus adaptés aux goûts locaux et répondre ainsi à la demande d'une classe moyenne ivoirienne en pleine croissance. Notre idée a toujours été d'aller chercher la croissance où elle se trouvait », explique encore ce dernier. Et de rappeler que le PIB a augmenté de 8,7 % en Côte-d'Ivoire en 2013.

Dans un premier temps, cette usine produira de la pâte à tartiner et de la poudre de cacao, avant de s'attaquer dans un second temps aux produits finis. Un moyen pour Cémoi de cibler non seulement le marché local, mais aussi de couvrir l'Afrique de l'Ouest. Une centaine d'emplois sont prévus dans l'usine, sans compter le personnel nécessaire pour animer le réseau de distribution.

Numéro un du chocolat en France et dans le top 10 des broyeurs mondiaux, le groupe a une capacité d'achat de 145 000 tonnes de fèves, soit plus de 3 % de la récolte mondiale. Soucieux de développement durable, Cémoi a lancé un programme (1) de 20 millions d'euros d'investissements sur 3 ans, visant à renforcer la traçabilité de ses approvisionnements, en valorisant et professionnalisant le travail de ses planteurs. « Grâce à notre maîtrise de l'ensemble de la filière cacao, nous pourrons expliquer ce que nous faisons sur 100 % de nos approvisionnements, depuis le planteur jusqu'au consommateur. Cémoi est sur une stratégie de filière. Nous pensons que pour atteindre une taille critique, il faut être sur toute la chaîne et contrôler le sourcing », explique Patrick Poirrier, qui est convaincu que la traçabilité rime avec la qualité. Cémoi est d'ailleurs impliqué dans une démarche équitable depuis une vingtaine d'années auprès des planteurs des continents où il s'approvisionne en Afrique (Côte-d'Ivoire et Sao Tomé) et Amérique du Sud (Equateur et République Dominicaine).

Cémoi s'est fixé pour objectif d'atteindre un chiffre d'affaires de 1 milliard d'euros en 2017, grâce à une forte croissance de son activité auprès des industriels, sachant que « vendre de chocolatier à chocolatier nous permet de bien travailler le sourcing », explique encore le p.-d.g. Actuellement, l'entreprise familiale réalise 50 % en volumes de sa production en BtoB et 50 % en BtoC, son métier d'origine, pour les MDD et à marque propre, sur des produits plus festifs et mieux valorisés. En 2013, le groupe a réalisé un chiffre d'affaires de 775 millions d'euros, dont 360 millions à l'international. Il compte 14 usines dans le monde, dont 10 en France, qui assurent plus de 70 % de la production (260 000 tonnes de chocolats en 2013). Il emploie 3 200 collaborateurs au total sur ses 22 sites, qui, outre les sites de production, comprennent notamment 3 bureaux commerciaux (Portugal, Russie, Etats-Unis) et 4 plateformes logistiques en Europe.

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Le groupe ne s'interdit pas de procéder à des opérations de croissance externe, au contraire. « Dans un marché en concentration, nous regardons toutes les opportunités qui se présentent », indique Patrick Poirrier. Les dernières acquisitions réalisées par Cémoi datent de 2007, date à laquelle la société avait notamment repris l'entreprise Jacquot à Troyes, une marque reconnue à l'international. Un marché en concentration et de plus en plus difficile. « Les derniers chiffres du broyage, qui sont un bon indicateur avancé pour se faire une idée de la consommation dans telle ou telle zone, sont en fort recul surtout en Europe », explique Patrick Poirrier. De fait, la consommation en hausse de 2 % par an depuis une dizaine d'années, se tasse et pourrait même baisser de 1 % cette année selon certaines estimations voire –2 à - 3 % pour les plus pessimistes…

1) Baptisé Transparence cacao ce projet est développé avec l'appui de l'organisation The Forest Trust, qui accompagne les stratégies de développement durable de nombreux groupes.

CACAO DE CÔTE-D'IVOIRE : MISE EN GARDE DE L'ICCO

Premier producteur mondial de cacao avec plus de 35% des récoltes mondiales, la Côte-d'Ivoire, dont la campagne 2014 s'est soldée par des récoltes historiques, doit éviter « le démon de la surproduction », qui se répercuterait de façon négative sur les cours mondiaux, a averti l'Organisation internationale du cacao (ICCO). Pour le marché mondial, « il est difficile voire impossible qu'une production nationale passe d'un 1,3 million (en 2013) à 1,74 million de tonnes de cacao. 400 000 tonnes de plus, c'est énorme! », a mis en garde Jean-Marc Anga, directeur exécutif de l'ICCO, lors d'une conférence de presse le 5 mars. A ce rythme, la production ivoirienne pourrait atteindre « deux millions de tonnes voire plus, dans cinq ans » pronostique-t-il. Pour autant, selon les prévisions de l'ICCO, la campagne 2015 en cours va baisser de 1,74 million à 1,72 million de tonnes pour la Côte-d'Ivoire, premier producteur de cacao, et de 920 000 à 850 000 tonnes pour le Ghana, deuxième producteur mondial.