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Marché des céréales Le climat pourrait faire basculer les marchés céréaliers en 2012-2013

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La campagne 2011-2012 a vu le marché mondial du maïs se tendre en raison d’une consommation dépassant la production, alors que celui du blé repassait dans une situation excédentaire. La prochaine campagne de commercialisation 2012-2013 pourrait voir ce rapport s’inverser en raison de prix attractifs pour les cultures de maïs ayant incité les producteurs à augmenter les emblavements. À ceci vient s’ajouter un climat adverse aux productions de céréales d’hiver sur l’Europe continentale qui pourrait amener les agriculteurs à ressemer des cultures de printemps, tel que le maïs, suite aux destructions de leurs parcelles de blé d’hiver notamment.

«On parle d’une sécheresse au Maroc, qui pourrait pousser le pays à importer plus de blé cette année », explique François Pignolet, directeur général adjoint de la coopérative Axereal. Cette sécheresse touche aussi largement l’Europe du sud, en particulier l’Espagne et le Portugal qui importent plutôt du maïs. Si, sur la campagne actuelle, les cours du maïs restent supérieurs à ceux du blé, la tendance pourrait s’inverser sur la prochaine.

Un manque d’eau mondial pour les grandes cultures
« Les différents instituts de surveillance du climat font tous le constat d’un déficit important des nappes phréatiques en Amérique du Nord, du Sud, dans la grande Europe et sur le bassin méditerranéen », explique Edward de Saint-Denis, courtier en céréales chez Plantureux et associés. De fait, le besoin en eau au sol, grâce aux précipitations, est d’autant plus important et reste à ce jour déficitaire selon le courtier. Après l’Amérique du Sud, et l’Argentine en particulier, la zone la plus critique reste le bassin méditerranéen, et en particulier le Maghreb où une baisse de 50% des récoltes de céréales à paille est attendue. L’Espagne pourrait voir cette baisse atteindre les 20%. La vague de froid de cet hiver a aussi particulièrement touché les cultures précoces en Europe, bien que des chiffres précis manquent à ce jour, souligne Edward de Saint-Denis. « En France, selon les estimations les pertes liées au gel pourraient avoir détruit entre 500 000 et 700 000 hectares selon Orama, ce qui pourrait représenter notamment 1,9Mt de blé tendre et environ 100 000t de blé dur », indique de son côté Stéphane Méry, courtier chez Aquitaine courtage.

Des semis de printemps favorables au maïs
« Le rapide réchauffement des températures devrait permettre une avancée rapide des resemis en Europe, notamment de l’Est, et des semis de maïs aux Etats-Unis, exigeant un besoin d’autant plus rapide en précipitations », souligne Edward de Saint-Denis. Si l’attente d’une forte hausse des emblavements de maïs cette année constitue un facteur de baisse des cours pour la prochaine récolte de maïs dans l’hémisphère nord, l’actuelle sécheresse sur la péninsule ibérique a tendance à soutenir les cours sur la campagne actuelle. Ainsi, selon Xavier de Castelbajac, de la coopérative Maïsadour, la prochaine campagne de maïs affiche des cours de 20€/t inférieurs à ceux de la campagne en cours. Selon lui, ces prix devraient se rejoindre à l’approche de la prochaine récolte. Deux scénarios s’offrent ainsi au marché. Le baissier, dans le cas où les surfaces records prévues aux Etats-Unis s’établissent réellement à 38,5Mha, comme l’indiquait récemment Agritel, et que les resemis ukrainiens de cultures d’hiver détruites amènent le pays à devenir le premier producteur européen de maïs à plus de 700 000 ha semés. Cependant, il faut encore que les conditions climatiques permettent de mener à leur terme ces cultures dans de bonnes conditions. Dans le cas contraire, le scénario haussier pourrait avoir lieu et les prix du maïs sur la prochaine campagne se rapprocheraient de ceux observés actuellement.

Le bilan blé passerait de confortable à tendu
« Les rendements de cultures de printemps sont toujours inférieurs à celles d’hiver, ce qui devrait laisser quelques traces dans les bilans », souligne Edward de Saint-Denis. Selon lui, la demande à venir du bassin méditerranéen maintient une  tension sur les cours français à l’arrivée de la moisson car « nous sommes dans les premiers à pouvoir répondre à la demande sur la soudure ». En revanche, il indique que les positions longues sont plutôt délaissées par les acheteurs, l’état du bilan mondial à ce jour n’étant pas très inquiétant, notamment en blé. En oléagineux le problème climatique est le même, selon Edward de Saint-Denis. « Si en Amérique du Sud les dégâts sur la production de soja semblent être pris en compte par le marché, le bilan du colza, déjà très tendu, s’est aggravé suite à la vague de froid en Europe », indique-t-il. Il poursuit : « Le marché de Paris à plus de difficultés à refléter ces destructions car nous manquons encore de chiffres sur l’Allemagne en particulier. De plus, les triturateurs souffrent de l’importation d’esters de soja et de palme qui dégradent les marges de trituration ralentissant ainsi la demande ». Pour Stéphane Méry, « le marché du blé part d’une tendance confortable, avec des stocks en hausse, pour se diriger vers plus de tensions si les dégâts de gel ou de sécheresse se vérifiaient, alors que le maïs pourrait faire l’inverse si les emblavements records prévus aux Etats-Unis et en Ukraine sont réalisés ». Enfin, une hausse des cours de l’énergie, et plus particulièrement du pétrole, en Chine pourrait peser sur la croissance du ventre de la planète avec un produit intérieur brut prévu à 7,5% en 2012, contre 9,2% un an plus tôt, souligne Agritel. La même source indique aussi un ralentissement de la consommation de carburant aux Etats-Unis, pays affichant un niveau historiquement haut de stock d’éthanol. Des facteurs supplémentaires permettant d’envisager une détente des cours du maïs en début de campagne 2012-2013.

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