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Bilan de santé de la PAC Le Cniel prône le maintien d’outils de gestion de la production laitière

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« Maintenir une production et une transformation laitière dans toutes les régions et favoriser le développement d’une industrie laitière performante dans un marché mondial à la concurrence accrue ». Ce sont deux des principales revendications que la filière française des producteurs et transformateurs de lait a présentées lors d’une table ronde organisée, le 3 juin au Parlement européen à Bruxelles, consacré à l’avenir du secteur laitier à l’heure du Bilan de santé de la PAC.

Henri Brichart, président du Centre national interprofessionnel de l’économie laitière (Cniel) et du Groupe de travail « Produits laitiers » du Copa-Cogeca, qui a animé les débats avec la députée européenne Véronique Mathieu (PPE), s’est chargé de présenter le point de vue des professionnels français. Selon lui, les objectifs de la nouvelle politique laitière de la filière française sont notamment de disposer d’un approvisionnement en lait dans des conditions de prix, de volume et de qualité correspondant aux contraintes industrielles et à la demande du marché, de maintenir une production et une transformation laitière dans toutes les régions et d’assurer une régulation de l’économie laitière qui permette de se prémunir contre les variations erratiques du marché. « Les producteurs de lait européens et les transformateurs ont besoin de lisibilité pour pouvoir investir dans des outils de production et de transformation sur le long terme », souligne Henri Brichart. A ses yeux, il faut « une politique agricole qui ne réponde pas aux seules sirènes du libéralisme », car « régulation des marchés ne rime pas forcément avec inflation et libéralisme n’est pas forcément synonyme de dynamisme ».

Ne pas faire de l’Europe la variable d’ajustement

Henri Brichart s’est plu à rappeler que de grands pays « libéraux », comme les Etats-Unis ou le Canada, ont des politiques laitières encadrées. Depuis 30 ans, la politique agricole commune régule les marchés laitiers et durant toute cette période le coût des produits laitiers n’a cessé de baisser dans le budget des consommateurs. En France par exemple, durant les 10 dernières années, « le prix des produits laitiers a augmenté moins vite que le prix des autres produits alimentaires », excepté la hausse récente qui a défié la chronique. Et c’est grâce à la gestion organisée autour des quotas que « la France a montré qu’elle savait libérer les énergies et les producteurs de lait ont répondu présent ». Certaines régions françaises affichant une production en hausse de 15% ou 20% durant le dernier trimestre de la campagne 2007/2008. « Une demande de volume conjuguée à un prix fort, voilà une situation confortable pour les producteurs de lait », estime Henri Brichart. Mais, souligne-t-il, cette situation conjoncturelle est fragile compte tenu des problèmes climatiques de l’Océanie, de l’évolution économique de l’Asie, de la situation de l’Amérique latine, les marchés laitiers mondiaux entrent dans une période de turbulences. Selon lui, « les 6% du lait européen destiné à ces marchés ne sont pas une variable d’ajustement pour la filière laitière. Il convient donc de préserver certains outils de gestion de la production laitière attachés au premier pilier et d’en faire évoluer d’autres ». Ainsi concernant la régulation des marchés des produits laitiers la profession laitière française considère que les propositions de la Commission européenne « sont inadaptées et auront pour effet de fragiliser la filière laitière européenne ». Un filet de sécurité est nécessaire pour « assurer un minimum de stabilité des marchés tant au bénéfice des consommateurs que de l’industrie agroalimentaires ». Toutes les études prospectives, dit la filière française, montrent que l’équilibre du marché de la matière grasse restera plus délicat à maintenir que celui de la protéine laitière. Elle demande donc à la Commission de tenir compte de cet état de fait dans le choix des outils de gestion des marchés.

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De même, aux yeux de la filière française, les aides aux stockages privés du beurre et des fromages sont des instruments essentiels de régulation pour les marchés laitiers, ne serait-ce que pour gérer la saisonnalité de la production de lait. Elles seront nécessaires chaque année jusqu’en 2015 et au-delà pour atténuer la volatilité des prix.

Garantir un filet de sécurité

Par ailleurs, selon le Cniel, l’introduction d’un système d’adjudication pour les achats de beurre et de poudre à l’intervention n’est pas une mesure pertinente, « car celui-ci donnerait tout pouvoir à Bruxelles pour déterminer les prix d’achat, et supprimerait tout prix minimum de soutien sur les marchés laitiers ». La Commission devrait donc prédéterminer un niveau de prix minimum « pour garantir un filet de sécurité aux marchés et donner de la visibilité aux acteurs de la filière ». Idem pour les volumes maximum annuels garantis pour les achats à l’intervention qui « doivent être définis en cohérence avec les besoins prévisionnels pour l’équilibre des marchés ». A ce titre, un volume maximum de 30.000 t à prix garanti pour le beurre apparaît notoirement insuffisant pour Henri Brichart, « car les entreprises devront en effet faire face aux fluctuations des volumes exportés en fonction des cours mondiaux et des parités monétaires ». De plus, il serait souhaitable de maintenir des outils d’aide à l’écoulement du beurre, simples et efficaces, sur le marché intérieur, d’autant plus qu’il n’y aura plus de restitutions pour exporter du beurre sur le marché mondial après 2013. En revanche, le maintien des aides à la poudre utilisée en alimentation animale et à la production de caséine apparaît inutile au vu des prévisions de marchés à moyen et long terme. En outre, l’éventualité d’une remise en vigueur de ces aides risquerait d’alimenter la spéculation, de créer une incertitude et donc une volatilité supplémentaire sur ces marchés.