« Partial, déséquilibré et parsemé d’hypothèses erronées ». C’est le sévère constat dressé par Eurocommerce, le lobby des détaillants européens, à propos du rapport de la parlementaire européenne Katerina Batzeli (PSE, Grèce) sur les prix des denrées alimentaires en Europe que vient de voter le Parlement européen. Ce rapport, qui met en cause les dysfonctionnements des marchés agroalimentaires et la position dominante de la grande distribution, constitue en fait la réaction du Parlement européen à la communication de la Commission européenne de décembre 2008 sur ce sujet.
Corriger les dysfonctionnements du marché et promouvoir les relations directes entre consommateurs et producteurs pour garantir des prix raisonnables pour les premiers et des revenus décents pour les seconds : ce sont les principaux objectifs de la résolution sur les prix des denrées alimentaires que le Parlement européen a adoptée le 26 mars (390 voix pour, 112 contre et 71 abstentions). Parmi les facteurs qui influencent le plus le mécanisme de transmission des prix et l’écart entre les prix payés par les consommateurs et les prix à la production, la résolution cite notamment les pratiques commerciales tout au long de la chaîne d’approvisionnement, le niveau de transformation des produits ainsi que la spéculation sur les produits agricoles de base. « Il est temps de mettre en œuvre une planification concertée et de proposer des interventions adaptées au niveau européen afin de faire face à la crise financière qui pèse sur les ménages et les agriculteurs », estime Katerina Batzeli, auteur du rapport.
Pour une base de données européenne
Pour renforcer la transparence dans la chaîne alimentaire, celle-ci invite la Commission à ouvrir aussi rapidement que possible une étude sur la répartition des marges dans la chaîne de production et de distribution, comme le prévoit le budget européen 2009. Selon la députée socialiste, une plus grande transparence dans la structure des coûts peut être garantie par la création d’une vaste base de données de l’UE, accessible aux citoyens, et comprenant les prix de référence des produits et des intrants ainsi que des informations sur les coûts de l’énergie, les coûts salariaux, les loyers et les prélèvements, à travers toute l’UE (à l’image de l’Observatoire des prix en France). Il serait également nécessaire de créer, en coopération avec la FAO, un observatoire international des prix des produits agricoles, des intrants et des denrées alimentaires afin de mieux surveiller ces données à l’échelle internationale. La résolution parlementaire estime qu’une concentration de l’offre de la production agricole par le biais d’organisations de producteurs, de coopératives permettrait de rééquilibrer leur poids dans la chaîne alimentaire, en augmentant le pouvoir de négociation des agriculteurs, en donnant une plus grande valeur ajoutée à leurs produits et en rapprochant les réseaux de distribution du consommateur.
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Pour un système européen de suivi du marché
Le Parlement européen se déclare en faveur de l’interdiction de la revente à perte des produits alimentaires et appuie les États membres qui ont déjà introduit de telles mesures. Il souhaite un renforcement de l’action de l’UE à l’encontre des offres de prix agressives et d’autres pratiques anticoncurrentielles, telles que les ventes liées de produits ou tout autre abus de position dominante sur le marché de la part de la grande distribution et dans une certaine mesure de la part du commerce de gros. Les parlementaires appuient la décision de Bruxelles de proposer un système européen de suivi du marché, lequel système devrait être capable d’enregistrer la tendance des prix dans l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement et permettre des comparaisons transfrontalières de produits similaires. Ils soulignent que les mouvements à la baisse des prix doivent être répercutés à court terme sur les consommateurs et les mouvements à la hausse doivent plus rapidement profiter aux agriculteurs. Le commerce de détail étant principalement influencé par des particularités nationales, les députés estiment nécessaire d’accroître les échanges d’informations dans le cadre du réseau européen de la concurrence (REC) et de coordonner les mesures prises par les « 27 » pour débusquer les pratiques anticoncurrentielles des entreprises opérant au niveau intracommunautaire. Ils se disent aussi préoccupés par le niveau croissant de spéculation sur les produits agricoles qui s’observe sur les marchés financiers et demandent à la Commission de mener une enquête sur la question. Ils attendent également les conclusions du Groupe de haut niveau sur la compétitivité de l’industrie agroalimentaire et encouragent ce dernier à proposer des mesures efficaces en vue de corriger les déséquilibres du marché.