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UE/USA/Bœuf aux hormones Le compromis est « un premier pas dans la bonne direction » selon l’industrie

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Même si elle doit encore prendre une position officielle que dans les prochains jours, l’industrie de la transformation de viandes de l’UE estime d’avance que le récent pré-accord UE/Etats-Unis sur le dossier du « bœuf aux hormones » constitue une « première étape dans la bonne direction ». Contrairement aux éleveurs européens qui de leur côté crient au scandale.

S’il est encore trop tôt pour savoir si l’industrie européenne de la transformation de viandes considère comme « positif » le compromis UE/Etats-Unis obtenu le 6 mai dernier à Genève, il reste que le secrétaire général de Clitravi (Centre de liaison des industries transformatrices de viandes de l’UE), Dirk Dobbelaere, y voit « une bonne première étape dans le bon sens ». Il nous a précisé qu’une assemblée générale de Clitravi est convoquée du 13 au 15 mai à Toulouse A l’invitation de la Fict (Fédération française des industriels, charcutiers, traiteurs et transformateurs de viandes). pour prendre une position officielle sur le pré-accord UE/Etats-Unis, assemblée générale au cours de laquelle les professionnels devraient décider s’ils jugent « trop élevées » ou au contraire « trop faibles » les quotas d’importation supplémentaires de viandes de qualité sans hormones proposées par Bruxelles aux Américains. Mais déjà, lors d’une réunion d’un Comité technique consultatif sur l’accès au marché, le leader du lobby des transformateurs précisait : « De toutes les façons, ce compromis devra recevoir l’onction des 27 Etats membres de l’UE avant de pouvoir entrer en vigueur ». Le Comité de l’article 133 de l’UE (Comité consultatif de l’UE spécialisé dans la politique commerciale), réuni le 8 mai à Bruxelles, a déjà passé en revue le texte du compromis euro-américain (que lui a présenté la Commission européenne) et aucun Etat membre ne l’a dénoncé y compris le représentant de la France pour lequel le compromis adopté entre dans la ligne de la politique de la France en la matière.

Les « farouchement contre »

En revanche le compromis UE/Etats-Unis n’a pas fait que des heureux du côté des producteurs européens de viande bovine. Le Copa et le Cogeca, syndicats des agriculteurs et des coopératives agricoles de l’UE, s’insurgent contre ce « deal nettement déséquilibré » qui offre aux Américains « un accès au marché très substantiel dès la première année et qu’en même temps il permet aux Etats-Unis « de continuer à imposer des sanctions aux exportations de l’UE durant trois années supplémentaires ». Pour Pekka Pesonen, le secrétaire général du Copa-Cogeca, le compromis du 6 mai dernier n’a qu’une signification : « L’UE offre l’équivalent en terme d’accès au marché de plus de 400 millions d’euros sur quatre ans et se voit en outre contrainte de “payer” 110 millions d’euros de sanctions ». Idem pour les dirigeants de la FNSEA en France qui dénoncent ce « coup bas porté non seulement aux éleveurs dont la production serait déstabilisée et leur revenu encore affaibli mais également aux consommateurs ».

Des volumes très limités

Si grâce à ce pré-accord UE/Etats-Unis, les opérateurs américains peuvent plus que quadrupler leurs exportations sur l’Europe de viandes de qualité et de viandes sans hormones il n’en reste pas moins que les quantités en cause sont passablement négligeables au regard des exportations du reste du monde. Si en 2003 les USA exportaient à peine un peu plus que 800 tonnes de viande de boeuf (contre près de 513.000 t pour le reste du monde), en 2008 ils arrivaient à environ 6.500 tonnes (contre 391.000 t) pour une valeur d’un peu plus de 36 millions d’euros (contre 1,437 milliard d’euros) (voir tableau).

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Quasi-quadruplement des exportations américaines

Au total, par le compromis du 6 mai dernier, les États-Unis renoncent à terme aux sanctions qu’ils appliquent actuellement à de nombreux produits européens, dont le foie gras, la moutarde et le roquefort pour la France. Dans l’immédiat, Washington accepte de diminuer de 68% ses sanctions. La moutarde ne sera plus taxée et la taxation sur le foie gras ne sera pas augmentée. Quant à notre fameux roquefort, si sa taxation ne sera pas augmentée de 300 % comme annoncé, il restera tout de même soumis à la taxe de 100 % décidée en 1999 (voir encadré).

En contrepartie, l’Union européenne autorise l’importation de quantités supplémentaires de viandes américaines sans hormones et de viandes de qualité, pour 20.000 tonnes dans un premier temps (2010, 2011 et 2012) et 45.000 tonnes à partir de 2013 (contre un quota actuel de 11 500 tonnes par an). Elle suspend également pour 18 mois la procédure contentieuse engagée à l’OMC contre les États-Unis pour faire reconnaître l’illégalité des sanctions subies. Avant la fin de la période de quatre ans, les deux parties chercheront à s’entendre sur les conditions d’un règlement à long terme de ce dossier sensible.