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AOP Le comté, 50 ans d’organisation fructueuse

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Devant le ministre de l’Agriculture, l’interprofession du comté a fêté ses 50 ans en mettant en avant la réussite de l’organisation de sa filière et de sa gestion de la production, arguments à l’appui : une production en constante augmentation et des éleveurs correctement rémunérés.

Alors que le prix du lait peine à remonter et que des conflits éclatent dans certaines laiteries, il existe un endroit où tout semble aller au mieux pour les éleveur de vaches laitières. Ce paradis, c’est le comté, fromage d’appellation d’origine protégée (AOP) dont le comité interprofessionnel (CIGC) a fêté ses 50 ans vendredi 12 juillet, à Deservillers, village emblématique s’il en est, puisqu’il a vu naître la première fruitière connue en 1273.
En pleine période de fusion des coopératives françaises, le besoin de grossir et d’atteindre une taille critique ne prend pas dans les collines comtoises. Car les éleveurs en sont fiers, de leurs 160 coopératives qui maillent le territoire, et n’en voudraient pas une de moins. Leur lait leur rapporte 44 centimes d’euro le litre (en hausse régulière depuis 2008), alors qu’ailleurs, les éleveurs seraient bien heureux s’ils parvenaient à en glaner 34 cette année où les cours explosent. « Cette filière Comté est celle où la répartition de la valeur ajoutée créée par le produit est la plus équilibrée, pour la simple raison qu’elle se négocie dans le respect et l’écoute de l’interlocuteur », avance fièrement Claude Vermot-Desroches, président du GICG.
 
Une maitrise de l’offre acceptée par la DGCCRF et Bruxelles
Si les choses se passent aussi bien, c’est que la filière gère sa production avec minutie. Alors qu’une surproduction laissait présager une crise en 1995, un dispositif d’encadrement de la croissance de la production a été mis en place, sous contrat avec l’État. En contrepartie, la production doit être en croissance permanente.
« Il y a eu un long apprentissage pour travailler avec la DGCCRF : elle n’était pas pour notre organisation, se souvient Claude Vermot-Desroches, mais nous avons pu prouver que nous ne constituions pas une entente ni un cartel : on ne veut pas faire monter les prix mais maintenir une dynamique de filière ». En 2012, un mini paquet lait règlementant le secteur a été adopté par le Parlement européen. Il permet aux productions sous signe de qualité de déroger au droit à la concurrence et de pouvoir maîtriser leur offre. « Notre plan de régulation a été signifiée à l’Europe, qui n’a rien dit : on peut considérer que c’est une acceptation », note le président du CIGC. Et ça marche : « Depuis le plan de régulation, nous n’avons plus de crises, les fruitières et les éleveurs se sont modernisées et la production a augmenté. La maîtrise de l’offre permet le développement, pas le libéralisme forcené ».
 
Démocratie et unanimité
Le bon fonctionnement de la filière est assuré par un fonctionnement démocratique qui associe toutes les parties prenantes, y compris les minoritaires. « Bien sûr, notre quotidien est émaillé de conflits et d’intérêts contradictoires, mais nous les gérons ensemble, dans le respect mutuel, et notre culture du collectif l’emporte toujours », commente Claude Vermot-Desroches. Un des débats récurrents est « l’ouverture », l’attribution des plaques vertes, sorte de droits à produire. « On essaie de favoriser les jeunes, les nouveaux producteurs et les petits ateliers pour maintenir une diversité de nos produits », explique Patrick Duboz, président de la fruitière Vernierfontainte, dans le Doubs. Les discussions portent également sur le cahier des charges de la production. L’interprofession a notamment adopté une règle imposant de collecter le lait à moins de 25 kilomètres des laiteries, ou encore la limitation de la quantité de concentré dans l’alimentation des montbéliardes et simmental françaises, les deux races autorisées. « Il y a une incitation à cultiver l’herbe et valoriser les fourrages grossiers, c’est pour ça qu’on n’a pas un, mais des comtés », ajoute l’éleveur.
 
L’incertitude pour la fin des quotas laitiers
Mais plusieurs menaces pourrait venir assombrir le ciel du comté. « La sortie des quotas laitiers est théoriquement assumable, mais devient problématique quand tout l’arsenal juridique communautaire qui l’accompagne est organisé pour nous empêcher de gérer la production laitière », explique Claude Vermot-Desroches. « Le deuxième danger est celui de la gangrène des imitations, en partie liée au premier puisque la sortie des quotas augmente l’offre laitière et pousse un grand nombre de laiteries à chercher des diversification tous azimuts ».
Un message que le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll semble avoir entendu : « Je suis venu pour souligner mon attachement aux AOP et surtout aux démarches de qualité entreprises par les producteurs », a t-il affirmé, se disant « attaché à cette idée d’une agriculture qui lie le travail agricole au produit transformé ».

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