La Chine cherche à réorienter ses achats de soja pour compenser les mesures de rétorsion commerciales qu’elle devrait appliquer le 6 juillet aux importations en provenance des États-Unis en réponse aux taxes annoncées par Washington sur les exportations chinoises. Le secrétaire américain à l’agriculture s’efforce quant à lui de rassurer les producteurs de son pays.
Pékin devrait taxer à hauteur de 25 % à partir du 6 juillet 34 milliards $ d’importations en provenance des États-Unis, dont le soja (12 Mrd $ en 2017), si ces derniers déclenchent à cette date, pour le même montant d’échanges et au même taux, les mesures punitives qu’ils ont annoncées sur les exportations chinoises afin, selon eux, de compenser le vol de la propriété intellectuelle et de technologies américaines (1).
Dans cette perspective, la Chine a confirmé le 26 juin la suppression de ses droits de douane sur les importations de soja (droit de 3 %), de colza ainsi que de graisse bovine, issues de cinq pays d’Asie (Bangladesh, Inde, Laos, Corée du Sud, Sri Lanka). Cette disposition prendra effet cinq jours avant l’imposition envisagée au 6 juillet des taxes sur les produits américains.
Parallèlement, les agriculteurs de plusieurs régions chinoises sont invités à accroître leurs surfaces cultivées de soja, et le pays a intensifié ses importations du Brésil et d’Argentine.
Le Brésil en embuscade
Les importations chinoises de soja étaient attendues cette année à 100 millions de tonnes, contre 95 Mt en 2017 dont 33 Mt en provenance des États-Unis. Les pays sud-américains, qui assurent près de 50 % de la production mondiale, comptent donc bien profiter de l’instauration prévue par Pékin d’un droit de 25 % sur les livraisons américaines.
Selon les dernières estimations pour la campagne 2017-2018, la récolte brésilienne de soja devrait atteindre au Brésil quelque 119 Mt. En 2016-2017, elle s’était établie à 114 Mt, dont 51 Mt exportées vers la Chine (+33 % par rapport à la campagne précédente) selon les données du département américain de l’agriculture.
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L’Argentine, l’autre grand pays producteur sud-américain de soja, n’est pas réellement compétitive cette année, sa production ayant été affectée par de mauvaises conditions météorologiques et risquant d’être la plus faible de la décennie.
(1) Voir n° 3650 du 25/06/18
Sonny Perdue tente de rassurer, et raconte un vol d’OGM
« On ne peut nier que la perturbation des relations commerciales avec la Chine dérange beaucoup de monde dans le secteur agricole, mais si le président parvient à changer le comportement de la Chine, les exploitants américains en récolteront les fruits », a voulu rassurer le 25 juin le secrétaire américain à l’agriculture, Sonny Perdue. « Si la Chine ne modifie pas rapidement son comportement, nous commencerons rapidement à tenir notre promesse de soutenir les producteurs, qui sont devenus des victimes de ces conflits ».
« En 2011, un groupe de ressortissants chinois a déterré des graines génétiquement modifiées provenant d’un champ de maïs de l’Iowa et prévoyait de les voler et de les envoyer en Chine », a-t-il raconté. « Ces graines, fruit d’années de recherche et de millions de dollars d’investissements américains, constituent aujourd’hui l’un des innombrables éléments de preuve dans le dossier contre la Chine concernant le vol de propriété intellectuelle et les pratiques commerciales déloyales ».
« Le président (Donald Trump) est un négociateur coriace », a conclu le secrétaire américain à l’agriculture.