Le congrès de l'Union nationale des producteurs de pommes de terre (UNPT), qui s'est tenu le 13 février à Saint-Malo, s'est inspiré du modèle d'organisation économique breton, qu'elle considère exemplaire en termes d'efficacité, car tendu vers l'acte de production. Un appel à plus d'esprit collectif dans la filière pour augmenter la valeur ajoutée.
«LA colonne vertébrale de ce congrès est l'organisation économique », a déclaré, à l'ouverture, Patrick Trillon, président de l'UNPT et producteur dans le Puy-de-Dôme. L'effort réalisé par les professionnels bretons dans ce domaine est un « exemple qui devrait nous permettre d'avancer », a-t-il souligné. Le choix de la Bretagne pour le congrès n'est pas un hasard : l'UNPT a voulu montrer un système qui mêle réflexion, partage, travail et mise en avant des produits de façon locale, a précisé son président. Dans son discours, il a affirmé son choix pour les valeurs portées par un syndicalisme « constructif » et la « reconnaissance de l'importance de l'acte de production ». Il n'a pas caché son « amertume » devant l'absence du ministre de l'Agriculture et ainsi que de représentants de son cabinet, bien qu'il ait donné au ministre l'assurance que ce congrès n'était pas organisé dans un esprit « bonnets rouges ».
La crainte de voir grippés les rouages économiques des interprofessionsLe président de l'UNPT, soucieux de l'unité de la filière, et d'ailleurs élu en décembre dernier président de l'interprofession de la pomme de terre sur le marché du frais, le CNIPT (Comité national interprofessionnel de la pomme de terre), a plaidé pour des systèmes « capables de conquérir des marchés et de conserver une part de la valeur ajoutée ». Il s'est montré inquiet face au projet de Bruxelles d'asseoir la représentativité des organisations dans les interprofessions sur le critère des deux-tiers de la production. « Comment prouver que l'UNPT représente les deux-tiers de la production ? », s'est exclamé un observateur juriste, à l'issue du congrès. « Le CNIPT ne connaît ni les volumes globaux, ni les volumes de chacun des adhérents des organisations représentatives », a poursuivi Patrick Trillon. La crainte de ce dernier est que les rouages des interprofessions se trouvent grippés par ce problème de représentativité des organisations professionnelles qui les composent et qu'au lieu de s'attaquer aux dossiers économiques, elles se déchirent sur des enjeux politiques.
Un dossier économique qui préoccupe les producteurs est celui du soutien des pouvoirs publics à la pomme de terre de fécule, l'aide étant totalement découplée depuis 2012. L'UNPT a obtenu satisfaction sur sa demande de recouplage transitoire, à hauteur de 7 millions d'euros pour 2014. Mais elle s'inquiète pour la suite : « Nous ne souhaitons pas voir fermer les féculeries », a affirmé Patrick Trillon. Déjà les surfaces de pommes de terre de fécule sont passées de 27 700 hectares en 2004 à 17 700 en 2014, a rapporté Pascal Foy, président de l'interprofession de la pomme de terre d'industrie, le GIPT (Groupement interprofessionnel de valorisation de la pomme de terre).
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Ce congrès de Saint-Malo a donné la parole à des acteurs bretons. Pierre Cadiou, patron de Gopex, PME qui exporte des plants de pommes de terre produits à 90% en provenance de Bretagne, a décrit la simplification de ses flux : dès la commande des acheteurs, les camions viennent directement chercher les plants chez les producteurs et les livrent aux acheteurs, sans passer par des intermédiaires. « Pas besoin d'usine à gaz », a-t-il commenté. De même, Fabrice Tréhorel, gérant de la Sica Douar Den, a livré son témoignage sur la formation du prix des producteurs : « Nous avons une référence de prix, calquée sur le chiffre d'affaires à l'hectare, puis les prix sont discutés autour de cette référence. La discussion dure une demi-heure, et dans le pire des cas une heure ». Jean-Jacques Baland, quant à lui, un des dirigeants de Prim'Nature, entreprise qui vend des produits alimentaires estampillés « made in Breizh », promeut l'origine de Bretagne en vendant à la grande distribution en marque de distributeurs. « Tous nos producteurs sont liés à nous par des contrats de culture », a-t-il spécifié.
JOSEPH Rousseau, président du Cérafel, le comité économique des fruits et légumes de Bretagne, a rappelé l'historique de cette organisation économique, la plus importante de France du secteur, qui collecte 67% des cotisation des fruits et légumes français : constitué en 1965 par le leader Alexis Gourvennec, il a lancé la Britanny Ferries en 1973 « sans subventions », pour remédier à l'enclavement de la Bretagne et lui ouvrir le marché anglais du chou-fleur et de l'artichaut. En 2011, le Cérafel a ouvert Combiwest une ligne de ferroutage entre la Bretagne et la région lyonnaise. Le Cérafel s'est doté d'un outil de création variétale, OBS, « créé par des paysans », s'est enorgueilli Joseph Rousseau, ajoutant : « On n'attend pas que tout nous tombe du ciel ». Une illustration, parmi d'autres délivrées lors de ce congrès, de la volonté des Bretons de relever les défis par l'action collective.