Les organisations agricoles de l’UE demandent que la reconduction des sanctions économiques européennes contre la Russie – et, en conséquence, de l’embargo diplomatique instauré par ce pays sur les importations agroalimentaires en provenance de l’Union –, s’accompagne d’une enveloppe financière, hors budget de la Pac, pour soutenir le secteur.
Dans une lettre adressée le 17 juin à Federica Mogherini, Haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, et vice-présidente de la Commission européenne, les organisations et coopératives agricoles de l’UE (Copa-Cogeca) demandent que, si les Vingt-huit reconduisent les sanctions économiques contre la Russie – prorogation d’ailleurs approuvée le 21 juin par les ambassadeurs des Vingt-huit à Bruxelles pour une période de six mois, jusqu’au 31 janvier 2017 –, une « enveloppe financière » soit « attribuée dans le budget » européen, « indépendamment du budget de la Pac », pour soutenir le secteur dans ses « efforts d’adaptation à cette nouvelle situation ». C’est-à-dire au maintien qui en découlerait de l’embargo diplomatique imposé par Moscou sur les produits agricoles et agroalimentaires de l’UE.
« Dans le contexte du budget actuel de la Pac, les mesures prises ne peuvent pas couvrir les pertes économiques subies par le secteur agricole », estime le Copa-Cogeca, notant par exemple que « la dernière décision prise concernant la prolongation de l’aide aux fruits et légumes réduira de 70 % les volumes éligibles au retrait » (1).
Repli de l’Ukraine et de la Turquie sur le marché de l’UE
« Le secteur agricole européen souffre profondément des conséquences de cette crise diplomatique », insiste le Copa-Cogeca, dans sa lettre à Federica Mogherini, dont copie a été adressée aux vice-présidents de la Commission chargés du budget et de la croissance, ainsi qu’aux commissaires à l’agriculture et à la santé et la sécurité alimentaire. L’embargo russe « représente une perte directe du chiffre d’affaires annuel pour l’agriculture européenne de plus de 5 milliards € », relève-t-il, et, « malgré les efforts des filières » et de Bruxelles, « plusieurs marchés n’arrivent pas retrouver un équilibre », la valeur à l’exportation des fruits et légumes et de la viande porcine ayant par exemple « perdu de 5 à 10 % en 2015 ».
De plus, ajoutent les organisations professionnelles, le secteur agricole européen a dû faire face à la mise en œuvre anticipée de l’accord commercial entre l’Union et l’Ukraine qui, confrontée également à la fermeture du marché russe, « voit le marché européen comme seule alternative ». Le déficit des échanges agricoles avec ce pays a ainsi atteint « plus de 3 milliards € » en 2015.
Enfin, note le Copa-Cogeca, les filières de la viande bovine et des fruits et légumes « souffrent aussi des relations tendues avec la Turquie », pays qui est un « débouché naturel » pour les viandes et dont la production de fruits, bloquée aux frontières russes, risque de peser sur les marchés européens.
Embargo sanitaire et diplomatie
Les organisations agricoles de l’Union demandent également à la Haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité d’« appuyer les efforts » du commissaire à la santé, Vytenis Andriukaitis, « pour établir un dialogue constructif afin de résoudre la question de l’embargo russe lié à des raisons sanitaires ». Elles n’avancent plus l’option du retrait du ministre russe de l’agriculture de la liste des personnes interdites de visa dans l’Union pour tenter de débloquer les pourparlers sur ce dossier.
Cette éventualité avait été évoquée par le Copa-Cogeca dans une lettre adressée début mars à Federica Mogherini (2). Le Service européen pour l’action extérieure (SEAE) lui a répondu mi-mai, rappelant les raisons de l’inscription d’Alexandre Tkatchev sur cette liste ainsi que la décision du 10 mars du Conseil de l’UE de prolonger les dispositions en cause jusqu’au 15 septembre 2016.
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« Il semble primordial que la diplomatie européenne œuvre également en faveur de l’un des moteurs de l’économie européenne, qui assure plus de 40 millions d’emplois », relèvent cependant les organisations agricoles, ajoutant : « Force est de constater que la sécurité alimentaire de l’UE revêt un caractère de plus en plus stratégique dans un monde incertain. Nous sommes convaincus du fait que la diplomatie européenne ne pourra être que plus cohérente si elle s’appuie sur une économie européenne forte ».
(1) et (3) Voir n° 3551 du 20/06/16
(2) Voir n° 3537 du 14/03/16
L’agroalimentaire russe a « appris » grâce à l’embargo
Le ministre russe de l’agriculture a affirmé le 17 juin que le secteur agroalimentaire du pays ne retirait rien de l’appartenance à l’Organisation mondiale du commerce, mais que, avec l’embargo, elle avait « appris » à se passer de l’Europe, selon des propos rapportés par les médias locaux. « Au cours des cinq dernières années, l’OMC n’a rien signifié pour nous, pour l’industrie agricole. Elle n’a toute simplement rien apporté, aucun avantage », a déclaré Alexandre Tkatchev lors du Forum économique de Saint-Pétersbourg. « Nous avons appris à vivre sans l’Europe pour ce qui est de l’alimentation, nous apprendrons à faire attention à nos capacités de transformation et à développer nos propres équipements », a-t-il ajouté. « L’OMC sera utile pour nous quand nous nous occuperons d’exportations. Mais ce n’est pas une question cruciale pour nous ».
« Nous pouvons être en désaccord sur beaucoup de choses, mais nous devons être d’accord sur les règles. Nous pouvons peut-être suivre des politiques économiques différentes, mais nous devons respecter nos obligations à l’OMC », avait notamment déclaré la veille le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, lors de ce forum (3).
« Contrat spécial » pour un géant allemand du machinisme agricole
Le groupe allemand Claas, l’un des principaux fabricants mondiaux de machines agricoles, a annoncé le 17 juin la signature avec la Russie, en marge du forum économique de Saint-Pétersbourg, d’un « contrat spécial d’investissement » qui renforce ses positions dans le pays en lui octroyant des « droits similaires » aux entreprises locales. « De ce fait, l’entreprise bénéficie du statut officiel de “fabricant russe” et des droits similaires aux fabricants locaux pour sa production de moissonneuses-batteuses », selon Class.
L’accord prévoit également 750 millions de roubles (environ 10 millions €) d’investissements de la part du groupe, indique l’agence allemande DPA, citant l’agence russe Interfax.