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RELATIONS COMMERCIALES/TENSIONS Le coup de gueule du p.-d.g. de Nestlé France

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Rares sont les industriels qui osent dénoncer publiquement les pratiques de la distribution. Richard Girardot, p.-d.g. de Nestlé France, s'est livré à l'exercice dans le Figaro du 31 mars. Il pointe également l'inaction des pouvoirs publics et le manque de réactivité de l'Autorité de la concurrence suite aux regroupements des achats intervenus entre différentes enseignes.

Le p.-d.g. de la filiale française du groupe suisse Nestlé, Richard Girardot, dénonce avec une franchise rare, dans le Figaro daté du 31 mars, les méthodes de la grande distribution avec ses fournisseurs, et s'interroge sur l'attitude des pouvoirs publics.

Richard Girardot, dont le groupe est le premier fournisseur des grandes surfaces en France, évoque des « marges écrasées » par les exigences des distributeurs mais aussi « une situation où le commercial se retrouve à 23 heures à attendre dans un box, soumis à une pression digne d'une garde à vue », affirme-t-il.

QUE FAIT LA DGCCRF ?

Il s'interroge vivement sur le travail des « gendarmes » de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF). « Si les agents de la DGCCRF (...) s'étaient rendus le samedi 28 février au soir (à la clôture de la négociation tarifaire, ndlr) sur le parking des centrales d'achat, ils auraient compris que quelque chose ne tournait pas rond », relève-t-il.

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ET L'AUTORITÉ DE LA CONCURRENCE ?

Il rappelle aussi que l'Autorité de la concurrence ne s'est toujours pas prononcée sur les rapprochements entre grandes enseignes telles Auchan/Système U et Casino/Intermarché, qui constituent ainsi des forces de frappe ultra-puissantes face aux acheteurs. « Cela fait sept mois que les premiers rapprochements entre centrales d'achat ont été annoncés et l'Autorité n'a toujours pas rendu sa décision sur le sujet, laissant passer la période cruciale des négociations tarifaires annuelles », insiste le p.-d.g de Nestlé-France. Saisie en novembre du sujet par le ministre de l'Économie Emmanuel Macron et par la commission des affaires économiques du Sénat, elle avait promis de rendre un avis « au cours du premier trimestre 2015 », qui s'achève le 31 mars. « C'est stupéfiant ! », s'écrie Richard Girardot qui ajoute que l'Autorité de la concurrence est « toujours prompte à prendre la parole contre les industriels. » L'Autorité de la concurrence a fait savoir le jour même à l'AFP « qu'elle rendrait son avis dans la journée », comme elle s'y était engagée, mais ne le publierait que mercredi dans la matinée.

DES ENGAGEMENTS À SENS UNIQUE

« Nous avons écrasé nos marges pour continuer d'être référencés chez les distributeurs qui sont revenus nous mettre la pression toute l'année », explique Richard Girardot, écrasant aussi leurs propres marges pour faire baisser « de 7% les prix sur les produits leaders comme le Ricoré ou Mousline ». Mais dans le même temps « pour compenser cet effort, ils ont augmenté les prix des produits vendus sous leurs marques propres ». Enfin, Richard Girardot note que les distributeurs « refusent de signer des chartes de bonnes pratiques avec les industriels, alors que nous en signons avec les agriculteurs ».