Le groupe Crédit agricole a donné un tour concret à sa volonté affichée depuis trois ans de se positionner en financier leader de l’agroalimentaire, premier secteur économique français qu’il avait sans doute un peu négligé, séduit qu’il était, comme d’autres banquiers d’ailleurs, par d’autres horizons financièrement plus prometteurs. Réunissant cette semaine les cadres de ses caisses régionales et de ses filiales ainsi que son « comité d’orientation agroalimentaire », le Crédit Agricole organisait aussi à Paris un colloque public où les présidents de l’Ania et de Coop de France ont pu traiter des « grands enjeux » du moment pour le secteur alimentaire. A cette occasion, le groupe bancaire a mis en exergue son engagement accru en capital-développement ainsi que ses parts de marché croissantes dans le financement des investissements des industries alimentaires, tant coopératives que privées, et aussi – le fait est moins connu – dans le financement du commerce de gros des produits agricoles et viticoles.
Depuis novembre 2004 Cf Agra alimentation n° 1912 du 12.01.06 p. 6, la nouvelle stratégie du Crédit agricole pour reconquérir la clientèle d’entreprises situées en aval de l’agriculture a été, en matière d’apports en fonds propres, bâtie autour des compétences de l’Idia et de Sofipar, que préside Jean-Jacques Ricoleau. Ce pôle gère, via l’Idia et Sofipar, quelque 540 millions d’euros, a souligné le président de Crédit agricole SA (hors domaines viticoles), mais « dans son plan à trois ans, il prévoit un flux d’investissements nouveaux de 150 millions par an, auquel pourront s’ajouter quelques opérations majeures », a confirmé René Carron. En ce qui concerne les engagements de la banque en crédits aux entreprises, ce sont les caisses régionales qui sont en première ligne avec, dans le seul secteur de la transformation agroalimentaire, un encours de 6,3 milliards d’euros fin 2006, dont 4,7 milliards du fait des caisses régionales. Auxquels s’ajoutent 4,6 milliards pour le commerce de gros agricole et alimentaire. Ainsi, le groupe porterait 38 % de l’encours national des crédits aux IAA et 41 % des crédits accordés au commerce de gros.
Partenariat avec Oséo
Au total, plus d’une entreprise agroalimentaire sur deux a un compte au Crédit agricole, se flatte le réseau bancaire, dont le président a annoncé, pour les PME en particulier, quelques retombées d’un partenariat noué avec Oséo (ex-BDPME/Anvar) : « Dès le début 2008, a-t-il promis, cette convention permettra de favoriser les synergies au service du financement de la recherche et de l’innovation agroalimentaires. Contrats de développement-innovation, aides aux projets innovants, prêts participatifs agroalimentaires seront autant d’outils particulièrement adaptés aux besoins de financements immatériels des PME ». Le président du groupe CA SA, qui a décidé de participer aux côtés de Sofiprotéol et d’Unigrains au rachat des parts de l’Etat dans Sopexa, a annoncé enfin la poursuite d’une réflexion stratégique élargie puisqu’il lancera à l’automne 2009 le premier « Forum mondial des agro-filières ». Avec un seul objectif, a-t-il dit : « Faire de l’agriculture et des IAA françaises l’innovateur de l’alimentation mondiale ».
Cette ambition d’accompagner le secteur agroalimentaire suppose en effet une réflexion préalable que rend plus nécessaire que jamais la remise à plat des politiques agricoles nationale et européenne. « Produire plus et mieux », le nouveau mot d’ordre officiel, « suppose de disposer d’industries agroalimentaires solides, dynamiques et toujours plus compétitives dans une économie de marché toujours plus concurrentielle », estime René Carron. C’est pourquoi le Crédit agricole a participé à la prospective 2013 engagée par l’Inra et a voulu ce dialogue avec le monde coopératif et avec les industriels de l’alimentaire.
De nouveaux moyens
Son ambition a en tout cas été servie par de nouveaux moyens que la banque verte a mobilisés ces derniers temps à tous ses échelons. Tout d’abord, ses structures centrales comprennent une direction qui chapeaute l’agriculture et l’agroalimentaire, avec à sa tête Michel Clavé, et un comité d’orientation agroalimentaire qui réunit régulièrement des présidents et directeurs de caisses régionales avec les responsables du groupe central les plus tournés vers l’agroalimentaire : cette instance de réflexion et de repérage des entreprises-clés, qui s’est retrouvée à Paris cette semaine, s’articule autour de quatre groupes de travail spécialisés par grandes filières (végétales, animales, vin, fruits et légumes) pour harmoniser les positions mais sans se substituer aux différents échelons d’intervention que sont les caisses régionales et les différentes filiales du groupe.
Crédit : des parts de marché croissantes
En dehors des fonds investis en capital dans des entreprises agroalimentaires, inscrits pour moins d’1 milliard d’euros dans le pôle fonds propres de la banque verte, le Crédit agricole totalisait en 2006 un encours de prêts à moyen et long terme de 6,3 milliards d’euros en faveur des IAA, de statut coopératif et privé, et de 4,6 milliards avec le commerce de gros (dans lequel figurent en fait un certain nombre de groupes coopératifs polyvalents).
Ce chiffrage effectué au 31 décembre par la Banque de France indique que l’encours du groupe Crédit agricole était en progression de 15,5 % sur un an dans le secteur des IAA et de 1,7 % dans le commerce de gros.
L’encours de crédit des caisses régionales en représente la plus grande part (74,6 %), avec 4,7 milliards dans les IAA, en hausse de 15,3 % par rapport à 2005. Il pèse 10,9 % du total des crédits que les caisses accordent à l’ensemble de leur clientèle d’entreprises. Cet encours est majoritairement accordé à des entreprises de droit commun (64 %) et pour 36 % à des coopératives. Ainsi, le groupe porte plus du tiers de l’encours national des crédits aux IAA (38 %), un chiffre légèrement supérieur à celui de 2004 (35,69 %). Cette position de leader se compare à une part de marché du Crédit agricole qui n’est que de 12 % sur le marché total des entreprises en France.
Les caisses régionales, elles, ont une part de marché de 28,38 %, en augmentation de 1,71 point par rapport à 2005.
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Par filières, on ne sera pas surpris que les premiers bénéficiaires de ces crédits soient surtout dans les boissons (vin), les produits laitiers, les viandes et le sucre (au total 90 % des encours des caisses régionales). La part de marché la plus forte est celle que les caisses régionales détiennent dans les boissons (41 %), suivies des produits laitiers (26 %), des autres IAA (25 %), des fruits et légumes et de la viande (23 % chacun) puis du travail des grains (11 %).
Dans le commerce de gros, le groupe porte plus de 40 % de l’encours national des crédits consommés par ce secteur et les caisses régionales ont ici une part de marché de 20,9 %. Une filière – le commerce de gros de céréales et d’aliments du bétail – représente à elle seule 55 % de ces encours. Les caisses régionales ont en fait un leadership marqué dans le commerce d’animaux vivants (46 % de part de marché), les céréales (42 %), les fruits et légumes (35 %) et les produits laitiers (27 %).
Stratégie volontariste en fonds propres
Pour asseoir pareillement un leadership du Crédit agricole sur le métier de l’apport de fonds propres et de quasi-fonds propres aux entreprises agroalimentaires, l’Idia a maintenant l’assurance de pouvoir mobiliser davantage de moyens financiers par les différents canaux internes au groupe central. En particulier, dans le cas où il voudrait s’engager sur un dossier plus gros que la moyenne. Pour les deux réseaux bancaires, Crédit agricole et Crédit lyonnais maintenant mis en synergie (Calyon), et pour l’ensemble Crédit agricole Private Equity (CAPE) qui dispose de plusieurs fonds, y compris des FCPI ou des comptes de tiers, l’expertise agroalimentaire du pôle IDIA permet de réaliser des investissements importants. Le pôle fonds propres dédié à l’agroalimentaire, que dirige Hervé Delachaume avec une douzaine de spécialistes, se compose en effet de quatre éléments : deux fonds de capital-développement, IDIA Participations et Sofipar, et deux sociétés de patrimoine, Grands Crus Investissement et Crédit agricole Grands Crus qui détient avec des caisses régionales plusieurs châteaux comme Domaines Cordier-Mestrezat. Au total, 928 M EUR d’actifs sont ainsi gérés par le pôle agroalimentaire, dont plus de 540 M dans les IAA proprement dites.
Pour l’heure, Idia-Participations, qui intervient sur les PME familiales surtout, a investi 387 M EUR dans des participations le plus souvent minoritaires. Pour faire de gros deals, il peut solliciter les autres structures du groupe, comme il l’avait envisagé par exemple pour la reprise de Nutrition & Santé que Novartis a finalement cédé à ABN Amro. Sur d’autres dossiers supérieurs à 100 millions d’euros, le groupe Crédit agricole n’exclut pas de répondre présent dans la mesure où il n’agirait pas seul mais pourrait quand même être leader s’il le fallait.
Le portefeuille d’Idia Participations est polarisé sur l’accompagnement véritable de quelques opérateurs – une quinzaine à présent – qui ont une importance stratégique dans leur métier. Ce sont : Comapêche, Quartier français (sucrerie de la Réunion), CVBG Modus Vin, Georges Dubœuf, Ackerman-Rémy Pannier, Dune-Listel (aux côtés maintenant de la holding de Paul-François Vranken), Glon Sanders, Darôme (Darégal), Neuhauser, Fromagerie Guilloteau, LGR (pâtés en croûte), et des lignes renforcées ou nouvelles comme Grimaud La Corbière, Norac, Le Ster, Evialis, Valade, Fruité,… Au titre du capital-développement et transmission le pôle Crédit agricole Private Equity détient aussi des parts de Charly Guennec, Salins, Eaux de Saint-Amand et Groupe Le Duff. Et à compter de 2008, comme déjà annoncé ici Cf Agra alimentation n° 1991 du 18.10.07 p. 6, le pôle fonds propres du groupe Crédit agricole devrait désormais accélérer le rythme de ses opérations puisqu’il entend investir 150 M EUR par an contre 40 à 50 M ces dernières années.
Dans le monde coopératif, les engagements du groupe central Crédit agricole passent par Sofipar, dont les lignes totalisent quelque 142 M EUR. Le portefeuille de Sofipar comprend des lignes dans des groupes comme Tereos, Epis-Centre, Euralis, la Société des caves (roquefort), dans Soleco (Florette), Lesieur (Sofiprotéol), etc
A l’horizon 2009, le pôle fonds propres devrait donc dépasser sans peine le milliard d’euros investis ou en fonds gérés.