Patrick Dehaumont, directeur général de l’alimentation, a été auditionné le 13 février par des sénateurs dans l’affaire Lactalis. Il a constaté le manque de transparence de l’entreprise et a revendiqué « une clarification des compétences inter-administrations ».
Patrick Dehaumont, directeur général de l’alimentation (DGAL), a clairement regretté, le 13 février lors de son audition par la commission des affaires sociales du Sénat, le manque de transparence de la part de Lactalis. « Je constate qu’il y a eu un décalage entre les éléments donnés au niveau de l’inspection [par les services vétérinaires à l’automne, ndlr] et ce que l’on a pu récupérer comme autocontrôles » à la suite de l’alerte salmonelles en décembre, a-t-il déclaré. « L’entreprise n’a pas pris des mesures de transparence. Je ne peux qu’être d’accord avec ça ! », a-t-il affirmé. Selon lui, des salmonelles de type agona ont été retrouvées dans l’environnement lors d’autocontrôles en 2009, 2011, 2013, 2014 et 2017. « Il est dommage qu’il n’y ait pas eu un questionnement » de la part de l’entreprise suite à ces résultats, a-t-il déclaré car « la génération spontanée, cela n’existe pas ! ». Il a constaté qu’entre les contrôles de la DGAL et les contrôles des autorités sanitaires des pays comme la Chine, l’entreprise a été contrôlé au moins seize fois en dix ans, sans résultat positif aux salmonelles.
Revoir les liens entre administrations
« Les autocontrôles, ont-ils été tous fournis ? Je ne sais pas ! En 2017, ils ne l’ont pas été parce qu’il a fallu les réclamer »
Patrick Dehaumont est également revenu sur les liens entre administrations, notamment avec la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF). Il reste ainsi, selon lui, à « clarifier la responsabilité des compétences inter-administrations ». Avant de rajouter : « Bien sûr, on s’entend extrêmement bien. Il n’y a pas de souci. C’est fluide. Moyennant quoi, on peut peut-être améliorer un peu les choses car à un moment, on ne sait plus qui fait quoi ! ». Et d’insister : « C’est parfois un peu difficile à gérer ». Patrick Dehaumont a eu l’art de continuer dans cette rhétorique en répondant aux députés : « Moi, je n’ai pas dit qu’on avait fait correctement notre travail au niveau de la direction général de l’alimentation (DGAL). Je vous ai expliqué comment on faisait notre travail. J’ai dit qu’à mon avis, les gens de la Direction départementale de la protection des populations (DDPP) ont fait correctement leur travail. » En effet, il a précisé que « les rapports d’inspection montrent que les autocontrôles étaient conformes. Ont-ils été tous fournis ? Je ne sais pas ! En 2017, ils ne l’ont pas été parce qu’il a fallu les réclamer ».
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
La question des effectifs de la DGAL
Le directeur de la DGAL a également spécifié que 4 600 équivalents temps plein (ETP) sont disponibles pour effectuer des contrôles mais que 1 400 sont déjà monopolisés pour travailler dans les abattoirs et vérifier toutes les carcasses, « d’où une fréquence de contrôle des établissements agroalimentaires de six mois à deux ans ». En France, ce sont 400 000 établissements contrôlés et 55 000 contrôles par an, avec 62 000 prélèvements biologiques et 800 000 données à traiter, selon lui. Il a rappelé l’ampleur du travail effectué par les agents et la difficulté parfois d’analyser toutes les données. Pour finir, il a fortement insisté sur la question de la maîtrise des salmonelles tout au long de la chaîne de fabrication et donc en élevage, estimant que 3 % des élevages détiendraient des vaches porteuses de salmonelles. Il s’agirait de pouvoir les détecter pour les éliminer.
Les distributeurs ont constaté des « ventes suspectes » de la part de Lactalis
Une dizaine de représentants de la distribution ont été auditionnés le 14 février par la commission des affaires sociales du Sénat. Trois d’entre eux ont évoqué des livraisons par Lactalis de produits retirés théoriquement de la vente. "Nous avons été livrés de produits le 14 décembre pour un retrait le 10 décembre", a précisé Stéphane Dufort, directeur qualité du groupe Carrefour. Mais certains ont aussi reconnu des "défaillances humaines" dans leurs services, comme l’a exprimé par exemple Sébastien Chellet, directeur général du Galec (E. Leclerc). Claude Risac, directeur des relations extérieures chez Casino, a dénoncé une « communication erratique du fournisseur », ne facilitant pas le retrait dans un contexte de « multiplicité des points de ventes ». Tous ont évoqué la « confusion » et la « complexité » d’appliquer les retraits-rappels dans le cas de l’affaire Lactalis. Stéphane Dufort de Carrefour a aussi évoqué le nombre important de retraits/rappels par an, plus de 1 100 en 2017 dans son groupe. Une thématique souvent reprise par les autres enseignes (300 retraits-rappels par an environ). Franck Geretzhuber, secrétaire général du groupe Auchan, a demandé à « hiérarchiser les rappels ». Il a confirmé la « saturation du dispositif » dont a parlé Laurent Francony, directeur qualité de Système U.