Dans sa toute récente analyse du bilan de santé de la Pac, le département économie de l’Institut de l’élevage confirme que les orientations prises au niveau français confortent indiscutablement l’élevage hexagonal. Mais le rééquilibrage reste modeste. Car il s’effectue pour une bonne partie au sein même du secteur.
«Un rééquilibrage modeste », d’accord, mais « significatif ». Tout de même. Pour le département économie de l’Institut de l’élevage, qui a bouclé le 1 er avril un dossier spécial sur le bilan de santé de la Pac, les mesures décidées par le ministre de l’Agriculture le 23 février vont dans le bon sens : pour quelque 100 000 éleveurs, le solde net de toutes les mesures devrait se révéler positif de 420 millions d’euros. Sauf que « la véritable solidarité à l’égard de l’élevage est d’abord assurée par les éleveurs eux-mêmes », indique l’étude de l’institut.
Sans surprise, les zones herbagères, et plus particulièrement la montagne, arrivent en tête des bénéficiaires. « Ce sont au moins 266 millions d’euros par an qui devraient passer des zones de plaines vers les zones de montagne, et pas moins de 199 millions d’euros qui changeront de régions administratives », soulignent les auteurs. Cela grâce au nouveau « DPU herbe », pièce majeure de la réforme. Pour un chargement de plus de 0,8 UGB/ha, celui-ci atteindrait 76 euros/ha jusqu’à 50 ha puis 51 euros/ha ensuite. « S’il est modeste au plan individuel aux yeux des éleveurs des grands bassins herbagers, il est significatif en terme d’engagement budgétaire (700 millions d’euros) et de sens au travers d’une orientation nouvelle », juge l’institut.
Près de 10 000 euros en plus pour les ovins viande
Comme prévu par le ministre de l’Agriculture, les arbitrages rendus favorisent clairement les systèmes herbagers, ainsi que les secteurs ovin et caprin. Exemple : les fermes spécialisées en ovins viande connaîtront une hausse de leurs soutiens de près de 10 000 euros, tandis que celles en ovins laitiers récupéreront en moyenne 7 000 euros. « Cette réforme devrait aboutir à une forte réévaluation des aides pour presque tous les systèmes ovins, et pas seulement pour les spécialisés les plus herbagers », indique l’étude. Attention toutefois : « Il est vital que cette nouvelle opportunité soit saisie pour adapter les systèmes et améliorer leur valeur ajoutée », estiment les auteurs. Sans quoi, cette nouvelle donne n’aura fait que renforcer le poids des primes dans le revenu.
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En bovins, les effets seront plus mitigés. Car si « la part d’aides dans le revenu est très importante », celles-ci « seront fortement impactées par les prélèvements », souligne l’étude. Que ce soit la PMTVA (prime au maintien du troupeau de vaches allaitantes) ou les aides aux cultures. Il faut avoir misé sur l’herbe pour sortir gagnant de la redistribution.
« De bien petits montants nets » redistribués
Pour preuve, le solde de variation des aides apparaît positif à plus de 1 500 euros par ferme pour les élevages spécialisés en bovins viande… Alors qu’il est négatif de plus de 2 000 euros pour ceux qui se sont diversifiés. Idem en bovins laitiers. L’impact de la réforme devrait toutefois rester faible dans les systèmes intensifs de l’Ouest. Le bilan de santé va-t-il assez loin ? « Le développement de l’engraissement de broutards dans les zones allaitantes tel que recherché par les filières, ne trouve aucun appui dans ces nouvelles mesures », note par exemple l’institut. Quoi qu’il en soit, « le bilan des aides est positif pour la très grande majorité des éleveurs », affirment les auteurs. Mais ils gardent toutefois à l’esprit que « c’est aussi pour de bien petits montants nets ».
La réforme permet néanmoins de faire un pas dans la bonne direction. Reste à transformer l’essai. Pour les auteurs de l’étude, le DPU herbe constitue avant tout « une reconnaissance d’une injustice de traitement ». Or « la mesure aurait pu aussi être une incitation à un recours plus important à l’herbe ».