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Prospective Le dynamisme perdu des emplois agricoles

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Chef de projet « Prospective des métiers et des qualifications » au Centre d’analyse stratégique, sous l’autorité du Premier ministre, Tristan Klein dresse un tableau mitigé, voire sombre, de l’emploi en agriculture. Il s’appuie sur une étude menée par ses services, à paraître prochainement.

Une étude sur l’emploi en agriculture, débutée il y a plusieurs années sur la base d’une lettre de mission du Premier ministre, sera rendue publique très prochainement, selon Tristan Klein, chef de projet « Prospective des métiers et des qualifications » au Centre d’analyse stratégique (sous l’autorité de Matignon). Mais, convié par la Mutualité sociale agricole (MSA) à l’occasion de sa journée nationale, le 11 octobre, à Troyes, sur le thème de « l’entrée dans la vie active » des jeunes, l’expert s’est prêté à quelques confidences, livrant ainsi les premiers résultats de ses travaux menés précisément sur trois familles de métiers agricoles : « les agriculteurs, éleveurs », « les jardiniers, maraîchers, viticulteurs » et « les techniciens et cadres de l’agriculture ». Un choix de catégories pour le moins discutable, mais qui donne lieu à des conclusions intéressantes.

Les techniciens et cadres d’agriculture ont de l’avenir

L’étude montre tout d’abord le déclin, depuis une vingtaine d’années, du nombre d’emplois pour les agriculteurs, éleveurs, dû en partie aux transformations de l’emploi agricole. En revanche, pour la deuxième famille de métiers (maraîcher, jardinier, viticulteur), l’emploi est relativement stable, avec même une légère progression à venir. Mais cette évolution est surtout impulsée par le dynamisme du secteur de la jardinerie, et non par celui de la viticulture ou encore du maraîchage. En revanche, est qualifié de « très dynamique » : l’emploi pour les techniciens et les cadres de l’agriculture. Selon les projections du centre d’analyse – s’appuyant sur le fait que les besoins agricoles mondiaux vont perdurer –, il devrait conserver ce dynamisme dans le futur. « La population mondiale s’accroît. La France continue à être exportatrice de production agricole. La population française également est dynamique, donc la demande intérieure aussi se maintient, a démontré Tristan Klein. En revanche, la productivité du travail, elle, continue à croître. Résultat: malgré une production qui se maintient, on a une décroissance de l’emploi ».

Quelle attractivité pour les jeunes ?

L’emploi globalement en déclin dans l’agriculture n’est pas sans rappeler ce qui se passe dans la métallurgie et l’industrie. Mais ces secteurs ont, eux, pris conscience de ces aspects, a estimé l’expert qui évoque un manque d’anticipation dans la profession agricole. « Ils ne discutent pas le fait que l’emploi soit en déclin dans leur branche. Par contre, ils mettent l’accent sur le potentiel de recrutement annuel, soit pour renouveler structurellement de la main d’œuvre qui part à la retraite, soit tout simplement pour faire face à des besoins ponctuels saisonniers ou autre ». Pour Tristan Klein, une réflexion doit être menée en agriculture sur la question de l’attractivité de la profession vis-à-vis des plus jeunes.

Des atouts de stabilité à faire valoir

S’appuyant sur un panel de jeunes sortant de formation initiale depuis un à quatre ans, sur la période 2007-2011, les travaux du centre d’analyse montrent également que, mis à part les techniciens et les cadres de l’agriculture, tous les autres métiers agricoles étudiés offrent moins de débouchés aux débutants que l’ensemble des métiers français. Et, corrélativement, ce sont des métiers où la moyenne d’âge est plutôt élevée, avec une part des plus de 50 ans très importante. L’étude pose aussi la question de la formation : elle note en effet une élévation du niveau de diplômes des personnes occupant ces emplois. Aujourd’hui, les non diplômés sont minoritaires. L’agriculture est un secteur où la non-correspondance entre l’emploi et la formation est importante, a traduit l’analyste. « C’est peut-être le domaine où la non-correspondance est la plus forte. Mais, après tout, si les jeunes vont dans l’enseignement agricole et ont, derrière, un potentiel d’emplois très large avec de très nombreux métiers, c’est aussi intéressant pour eux et aussi pour les structures qui les forment ». Il est d’ailleurs à noter que les taux d’insertion, à l’issue des formations agricoles sont « très bons », a conclu Tristan Klein faisant par ailleurs valoir un autre atout du secteur agricole : il offre des métiers dits « à stabilité professionnelle », dans le sens où, en général, on y reste longtemps.

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