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Nutrition animale Le fabricant d’aliments doit prendre en compte les attentes du consommateur

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Le lien entre fabricant d’aliments du bétail et consommateur est plus fort qu’il n’y paraît, comme l’a montré la table ronde organisée le 9 novembre lors de l’assemblée générale de Coop de France Nutrition animale. Parce que l’acheteur final veut comprendre le prix qu’il paye pour sa viande, parce qu’il est à la recherche de produits de qualité et parce qu’il s’intéresse de plus en plus au lien au terroir.

Non, le fabricant d’aliment n’est pas aussi loin du consommateur qu’on pourrait le penser. Au moins parce que l’aliment compte dans le prix du produit fini. Selon Yuna Chiffoleau, sociologue à l’Inra, qui s’exprimait à l’occasion de l’assemblée générale de Coop de France Nutrition animale le 9 novembre à Paris, « nous voyons apparaître la notion de prix “juste” ». Autrement dit, « le consommateur attend qu’on lui explique les prix, ce qui intègre le coût de l’alimentation animale », a-t-elle observé. Pas toujours facile. Directeur production et nutrition animales à la Cavac, Pierre Bouffort regrette que la grande distribution fasse écran. « Sauf en 2008, le prix de l’aliment a suivi celui du porc car nous avons accompagné le producteur dans la baisse de son coût de revient, a-t-il expliqué. Or le prix du cochon au détail et de la charcuterie n’a pas cessé d’augmenter ». Heureusement le fabricant d’aliments du bétail a d’autres leviers d’action vis-à-vis du consommateur. Notamment celui de la qualité.

Des aliments « riches en » et non « enrichis »
Pour Pascale Hebel, directrice du département consommation du Credoc (Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie), il est fondamental pour la filière d’intégrer les évolutions de comportement alimentaire. « Nous mangeons de moins en moins de viande en quantité », a-t-elle relevé. Il faudrait donc « travailler à l’amélioration de la densité nutritionnelle des aliments ». Ce qu’a cherché à faire Terrena avec la marque bœuf d’Anvial, adossée à la démarche Bleu-blanc-coeur. « En travaillant à l’élaboration d’un aliment bovins enrichi en oméga 3, nous avons réussi à bouger la valeur nutritionnelle de la viande, à améliorer la qualité de la carcasse, et nous avons même été jusqu’à développer une marque en boucherie », a indiqué Christophe Courroucé, responsable communication du groupe. Encore faut-il bien saisir les attentes du consommateur final. Celui-ci « n’aime pas les aliments enrichis, mais “riches en” », a noté Yuna Chiffoleau. Ce dont Terrena a fait les frais. « Lorsque nous avons développé la marque, nous avons insisté sur la richesse en omega 3, a expliqué Christophe Courroucé. En fait, cela générait de l’angoisse ». La coopérative a donc fait machine arrière, en intégrant davantage les valeurs de territoire et d’écologie.

Savoir raconter une histoire d’éleveur
C’est précisément dans cette notion de « terroir » que réside la troisième clé de la proximité entre l’acheteur final et le fabricant d’aliments. Plus que jamais, « le consommateur attend que son boucher soit capable de lui raconter comment son animal a été nourri », a observé Yuna Chiffoleau. C’est d’ailleurs sur ce principe que le groupe Altitude a bâti voici dix ans sa marque « porc Capelin ». Distribué uniquement dans les boucheries et charcuteries traditionnelles, ce cochon est nourri à base de céréales puis de châtaignes pour la finition. « L’alimentation animale n’a de sens que si elle va jusqu’au consommateur », estime Jean-Luc Doneys, directeur du service agrodistribution de la coopérative.
Reste maintenant à élargir le champ des produits de qualité. « Il faut pouvoir proposer à toute la population du développement durable », a affirmé Pascale Hebel. Ce qui est encore loin d’être le cas.

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