Le point sur…
À quelques semaines de la COP21, conférence climat qui doit se tenir à Paris du 30 novembre au 11 décembre, les rapports sur le financement climat se multiplient (Sénat français, OCDE). Agra Presse propose un mode d’emploi de la lecture du financement climat dans le monde et en France.
Le financement de la lutte contre le changement climatique, bien que très diffus, est estimé par l’OCDE à 57 milliards de dollars en 2013-2014 en provenance des pays développés vers les pays en développement (incluant les pays les moins avancés, les PMA). « Mais tout ce qui brille n’est pas d’or », ironise l’ONG Oxfam, le 7 octobre. De fait, pour comprendre le sens d’une telle estimation, il faut avoir en tête quelques incontournables du financement climat.
Le financement est constitué de prêts et de dons. Les prêts financent des mesures d’atténuation dans les pays émetteurs de gaz à effet de serre (GES). Les dons financent surtout des mesures d’adaptation mises en œuvre dans les PMA, faibles émetteurs de GES. Construire une digue, faire des recherches sur les semences résistantes à la sécheresse… ce sont des projets d’adaptation. Romain Benicchio, responsable financement pour Oxfam, commente : « Ce n’est pas rentable pour un investisseur » car ces besoins proviennent en général des pays les plus pauvres. Ainsi, les financements dans les PMA manquent car il s’agit pour la plupart de dons. En 2013-2014, seuls 16% des financements mondiaux pour le climat sont destinés à l’adaptation dans les PMA. En France, Fabienne Keller, vice-présidente de la Commission des finances du Sénat, a présenté les résultats de l’AFD (Agence française de développement), le 6 octobre : seuls 12% des engagements climat ont financé des projets d’adaptation. Elle propose de consacrer au minimum 20% des financements climat à des actions d'adaptation. Oxfam estime que dans le monde, il manque entre 1 et 2 milliards de dollars par an pour l’adaptation.
Les fonds et les banques sont très nombreux
Le financement, prêt ou don, peut être public ou privé. Il y a peu d’informations sur la part du financement privé, si ce n’est qu’il est minoritaire dans le financement climatique mondial. 71% des financements climats sont issus de fonds publics, selon l’OCDE. Ces derniers sont mobilisés de trois façons. Les Etats peuvent contribuer à des fonds multilatéraux (Fonds vert, Fonds mondial environnemental, etc). Il existe aussi des outils bilatéraux.. En France, on peut citer l’AFD, « principal vecteur de financements français ». Le troisième outil de financement est constitué des banques multilatérales de développement : Banque mondiale, Banque africaine de développement, etc.
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Les financements manquent
Remplir tous ces canaux de financement sera un des enjeux-clés de la COP21. L'objectif du Fonds vert est de trouver 100 milliards de dollars chaque année d'ici 2020. On est loin du compte! Fabienne Keller dresse un bilan : « À ce jour, 10,2 milliards de dollars de promesses de dons ont été faites pour la période 2015-2018 ». L’objectif est aussi de financer des projets avant le début de la COP21, explique Romain Benicchio. L’urgence est de taille : le Programme des Nations unies pour l'environnement estime à 50 milliards de dollars par an les besoins de financement en matière d'adaptation au changement climatique, pour les seuls PMA (pays les moins avancés), d'ici 2025-2030.
Des pistes de financements alternatifs
Face à la pénurie de financements « classiques », de nouvelles sources sont à l’étude. En premier lieu, la taxe sur les transactions financières. Le ministère des Affaires étrangères juge qu’elle permettrait de lever des ressources considérables. Fabienne Keller propose d’introduire une taxe sur les transports maritimes à l’échelle mondiale comme cela existe déjà sur les billets d’avion. Enfin, la France soutient la tarification du carbone dans le transport aérien et maritime. Ces alternatives à l’étude permettraient d’augmenter le financement de la lutte contre le dérèglement climatique.
(CR)