La production de foie gras revient vers son niveau antérieur aux épizooties de grippe aviaire intervenues sur les campagnes 2015-2016 et 2016-2017. La filière qui a adopté de nouvelles normes et a investi pour la sécurité alimentaire, veut réaffirmer la dimension festive et premium du foie gras tout en valorisant aussi davantage le magret.
Cette année, il y aura du foie gras français pour les fêtes. C’est le message délivré par Michel Fruchet, le président du Cifog (Comité interprofessionnel des palmipèdes à foie gras), lors d’un point presse le 16 octobre dernier. Après deux années de crises dues aux épizooties H5N1 en 2015-2016 et H5N8 en 2016-2017, la production 2018 est estimée à 31 millions de canards et 16 360 tonnes de foie gras. Même si le niveau "normal" de 2015 et ses 19 250 tonnes n’est pas atteint, la production a bondi de 49 % par rapport à 2017. Une "bonne nouvelle qui permet d’envisager une dynamique de conquête pour le foie gras et le magret", a déclaré Michel Fruchet.
Nouvelle donne
"La filière est plus robuste maintenant", a estimé Marie-Pierre Pé, directrice du Cifog, en revenant sur les nouvelles règles de sécurité sanitaire mises en place suite aux épizooties, notamment sur la traçabilité désormais permise par la "BDAvicole". Cette base de données recense et cartographie tous les intervenants de la filière. Pour Marie-Pierre Pé, "le système d’alerte sera facilité".
L’interprofession s’est aussi félicité que la valorisation du foie gras ait pu suivre la hausse des coûts de production induite par les nouvelles règles et investissements rendus nécessaires. Sur les trois derniers mois de 2017, les volumes commercialisés en grandes surfaces ont baissé de 12,5 % en volume mais augmenté de 2,8 % en valeur. Une tendance qui s’est confirmée sur les sept premiers mois de l’année 2018 où les ventes ont gagné 2 % en valeur par rapport à 2017. Les prix n’augmenteront pas en cette fin d’année, promet la filière. Si les consommateurs ont suivi, c’est que le foie gras reste incontestablement un produit festif par excellence pour les Français. En 2017, le seul mois de décembre a d’ailleurs représenté 40 % des ventes totales de l’année, contre 30 % en 2016.
Adapter l’offre à la demande
Dans le cadre du plan de filière, le Cifog a musclé ses indicateurs de surveillance du marché. Afin de suivre plus finement la demande et d’adapter l’offre, les tableaux de bord ont été enrichis de données mensuelles sur la consommation et d’informations sur les comportements des consommateurs. Un groupe de travail a été constitué pour mieux décliner les actions de l’interprofession au niveau des circuits courts, "lieux d’échange avec les consommateurs ». Le Cifog veut aussi assurer le renouvellement des amateurs de foie gras. D’où une nouvelle communication publicitaire programmée pour les fêtes visant les trentenaires et quadras, suggérant des contextes à la fois festifs et décontractés du type apéro dînatoire. La reconquête passe également par l’innovation. Cette année, seront ainsi mis en rayon des escalopes de foie gras surgelées, prêtes à être poêlées sans décongélation préalable « simples, faciles à mettre en œuvre » ou encore des kits pour réaliser sa terrine maison. L’heure est également à la cuisson douce sous vide ou aux foies gras classiques, mais signés de chefs étoilés.
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Défendre l’origine France
Sur le marché de la restauration qui pèse 30 à 40 % de la consommation de foie gras, la concurrence des importations est particulièrement vive. À l’heure où la relocalisation de l’alimentation est une tendance forte, la filière milite pour que l’origine des foies gras soit indiquée sur les cartes des restaurants. Elle se rapproche aussi des chefs avec une première semaine du foie gras organisée avec cinq associations de restaurateurs qui mettront le foie gras français à l’honneur sur leurs cartes du 3 au 9 décembre. Plus globalement, la question de l’intégration à la démarche de l’Association des produits agricoles de France (à l’origine notamment du logo tricolore "Le porc français") est posée, même si rien n’est décidé pour l’instant.
La reconquête vise aussi les marchés export fermés suite aux influenzas aviaires. Le produit symbolique de la gastronomie à la française a vu fondre son excédent commercial qui avait atteint 57 M€ en 2015. Les exportations ont reculé de 22 % en volume entre 2015 et 2017, et même de 53 % vers les marchés hors UE, selon la synthèse Agreste Conjoncture Aviculture parue en octobre. Sur la période, les importations n’ont perdu que de 4,6 %, d’où un excédent en volume de 1074 tonnes en 2015 mais de 135 tonnes en 2017.
Mieux valoriser le magret
Dans l’ombre du prestigieux foie gras, le magret est un peu considéré comme un sous-produit, malgré des atouts comme sa valeur nutritionnelle et sa simplicité de préparation. Le Cifog veut améliorer sa valorisation et « prolonger la dynamique » amorcée par une campagne de communication qui a démarré cet été, et reprendra pour les fêtes. Sur les 8 premiers mois de l’année, il a gagné 7 % en volume et 11 % en valeur. Désormais, les tableaux de bord de la filière intègrent des indicateurs de suivi concernant le magret. En parallèle, la filière veut reconquérir les cartes de restaurants où le magret n’est pas revenu à son niveau d’avant les épizooties.