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Europe Le front européen n’a pas tenu

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Dans les derniers jours de la négociation, alors qu’un résultat positif semblait possible, la France a renouvelé ses critiques à l’égard de l’accord qui semblait se profiler, ne le jugeant « pas équilibré ». Elle ralliait huit autres pays membres à sa cause, dont l’Italie et la Pologne. L’échec des négociations, qui ont achoppé sur l’affrontement entre les États Unis et une partie des pays émergents et en voie de développement, a finalement évité le « clash » entre pays européens. Mais ce manque d’unité aura sans doute des conséquences, d’autant que la France, à l’origine du mouvement d’humeur des neuf pays se qualifiant de « volontaires », assume aussi la présidence européenne. Les propos peu aimables échangés entre le président Sarkozy et le Commissaire Mandelson sont encore dans les mémoires. « Une absence de consensus dont il faudra tenir compte », assure Anne-Marie Idrac.

Le ministre français de l’Agriculture, Michel Barnier, présent à Genève où se réunissait régulièrement le Conseil de l’UE, et le porte-parole du ministre italien délégué au commerce Adolfo Urso ont évoqué le 28 juillet une alliance de neuf États membres de l’Union opposés ou ayant des réserves importantes sur le texte en discussion à l’OMC. Ces pays – France, Pologne, Hongrie, Irlande, Grèce, Portugal, Lituanie, Chypre et Italie – qui se sont baptisés le « club des volontaires », estimaient qu’ « il y a beaucoup trop de nuages sur les négociations, surtout sur la question des appellations contrôlées et de l’accès aux marchés des pays émergents, comme la Chine, l’Inde et le Brésil », a expliqué le porte-parole italien.

« Le risque existe que, sur cette base actuelle, il ne puisse pas y avoir l’unanimité au Conseil européen des ministres l’an prochain sur un accord final », a averti de son côté Michel Barnier. « Il faut que l’Europe […] soit bien une Europe qui protège aussi en échange des concessions qui ont été faites sur l’agriculture, et qui sont très importantes », a-t-il ajouté, « Nous souhaitons que cet accord […] soit économiquement acceptable, équilibré et politiquement explicable », soulignait le lendemain le ministre français.

Allemagne et Royaume Uni favorables à l’accord

Face à ce front du refus, d’autres États membres, comme le Royaume-Uni, la Suède, les Pays-Bas, l’Allemagne ou l’Autriche, soutenaient les propositions de Pascal Lamy.

Le 28 juillet, Nicolas Sarkozy et la chancelière allemande Angela Merkel s’étaient entretenus de la question au téléphone, et le gouvernement français avait souligné que « le projet de compromis actuellement sur la table n’est pas acceptable en l’état dans la mesure où il ne comporte aucune avancée sur des éléments essentiels, en particulier la protection des indications géographiques de provenance et la défense des intérêts industriels européens face aux grands pays émergents ».

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Le chef du gouvernement italien, Silvio Berlusconi, avait lui aussi rendu publique une prise de position pratiquement identique à celle de Paris. Le 29 juillet, son ministre de l’Agriculture, Luca Zaia, a déclaré : « Pour nous, si les indications géographiques ne sont pas maintenues, l’accord ne sera pas bouclé ». Le président français avait téléphoné au cours du week-end au président de la Commission de Bruxelles, José Manuel Barroso, pour lui faire part de ses préoccupations, voire de son irritation. Il avait aussi souhaité, en vain, que le négociateur de l’UE, Peter Mandelson, vienne s’expliquer à Paris.

« Absence de consensus »

Après l’échec, le secrétaire d’État allemand à l’économie, Bernd Pfaffenbach, a déclaré, le 30 juillet, que « nous ne pouvons plus nous permettre une longue attente » et que « les négociations devraient reprendre aussi vite que possible ».

« Il fallait un accord équilibré », a commenté, pour sa part, le ministre français de l’Agriculture, critiquant le refus des grands pays émergents de faire, selon lui, les « efforts » nécessaires. « Est-ce que l’agriculture et l’alimentation, c’est seulement à l’OMC qu’il faut en discuter ? », s’est-il aussi demandé. « Est-ce qu’il n’y a pas d’autres enceintes où on peut discuter de ce lien entre agriculture et alimentation pour le développement, contre la faim et pour la reconstruction des pays agricoles les plus pauvres ? ».

En tout cas, la secrétaire d’État française au Commerce, Anne-Marie Idrac, tirait les conséquences de ce manque d’unité européenne : s’exprimant sur une possible reprise des négociations dans le futur, elle soulignait qu’il faudrait « tenir compte de l’absence de consensus » au sein des États de l’Union européenne sur les négociations à l’OMC « dans les étapes qui viendront ».