À l’occasion de l’assemblée générale de la CGB, le 8 décembre, les groupes coopératifs Tereos et Cristal Union ont exprimé des réserves sur l’accord interprofessionnel en négociation pour la fin des quotas sucriers en 2017. En cause, la prédéfinition du partage du prix du sucre.
« On est pour un accord interprofessionnel national qui donne une latitude à nos entreprises », a déclaré lors de l’assemblée générale de la CGB (Confédération générale des planteurs de betteraves) le président de Cristal Union Olivier de Bohan, se disant en phase avec les propos tenus juste avant par son homologue de Tereos Thierry Lecomte. Le texte signé pour les deux campagnes 2015-16 et 2016-17 prévoit une répartition du prix du sucre à 56 % pour le fabricant, 44 % pour le planteur. Concernant l’après quotas, les négociations patinent.
« Le paysage a changé : avant, il y avait 80 % de privés et, en dix/quinze ans, on est passé à 80 % de coopératives, a plaidé Olivier de Bohan. Il faut adapter l’accord interprofessionnel. » En clair, Cristal Union souhaite, qu’à partir de 2017, son conseil d’administration ait une « latitude » dans le paiement des betteraves.
Une position contraire à celle de la CGB, dont le président Eric Lainé a interpellé les coops : « En quoi une prédéfinition du partage du prix du sucre peut-elle limiter leur initiatives commerciales ? » Et de réclamer « un partage équilibré des risques et des bénéfices entre planteurs et fabricants ».
La CGB a présenté une étude sur le partage de la valeur des produits issus de la canne à sucre et de la betterave à travers le monde. Résultat, dans 25 des 30 principaux pays producteurs les contrats prédéfinissent avant le semis ou la plantation une telle répartition du prix. La part du planteur varie entre 40 et 60 %.
Négociation collective
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Quant à la négociation collective sur les prix après 2017, la représentante du ministère de l’Agriculture Catherine Geslain-Lanéelle a souligné que « le cadre juridique national et communautaire actuel ne (le) permet pas ». Une clarification par Bruxelles est certes attendue. Mais la directrice générale de la performance économique et environnementale des entreprises (DGPE) a jugé « très improbable que cet acte délégué vienne autoriser la négociation collective du prix au niveau national ».
Là encore, les planteurs ont une vision différente. « Je n’imagine pas la négociation des prix de betteraves entre chaque entreprise et chacun des 26 000 planteurs », a lancé Eric Lainé. La secrétaire générale de la CIBE Elisabeth Lacoste (Confédération internationale des betteraviers européens) est apparue du même avis. Le règlement sucre de la Commission européenne pour la période 2017-20 prévoit, à ses yeux, « un maintien du cadre contractuel entre associations de planteurs et fabricants, ainsi qu’une dérogation aux règles de concurrence pour négocier collectivement », avec à la clé « des conditions d’achat et de livraison, des contrats ». « Certains membres de la CIBE commencent à discuter » jusqu’à se trouver « assez proches d’un accord » avec les fabricants, a-t-elle signalé. En France, les négociations interprofessionnelles sont suspendues dans l’attente de l’acte délégué de la DG Agri, qui doit être publié au premier trimestre 2016.
« Le paysage a changé, avec 80 % de coopératives »
250 euros/ha à gagner sur les coûts de production
Alexandre Quillet, président de l’ITB (Institut technique de la betterave), a listé, à l’occasion de l’assemblée de la CGB, des actions permettant d’économiser jusqu’à 250 euros/ha sur les coûts de production. Selon lui, mieux gérer les arrachages représente un gain potentiel de 0 à 150 euros/ha, bien choisir la variété : 30 euros/ha ; réduire la densité de semis à 1,1 unité : 25 à 75 euros/ha ; réaliser un bilan azoté de parcelle : 10 à 30 euros/ha ; éviter de traiter systématiquement : 15 à 30 euros/ha. « Il faut poursuivre les efforts de compétitivité à tous les stades de la filière », a souligné le délégué ministériel Serge Lhermitte, co-auteur d’un rapport sur les perspectives du secteur après 2017.