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Matières premières Le G20 mesure la complexité du phénomène de hausse des prix

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La sécurité alimentaire mondiale sera « au centre des priorités » des ministres des finances du G20 qui ont tenu leur première réunion à Paris, sous la présidence de la France. Parmi les questions qui devront inévitablement être creusées figure le lien entre la spéculation et la volatilité des prix. Sur ce point, l’heure est encore à la réflexion, voire au doute. En attendant, il est clair que certaines pratiques sur le marché – comme l’annonce d’une éventuelle prolongation de l’embargo russe sur les exportations de céréales – ne peuvent qu’alimenter la hausse des prix, alors que déjà, selon la Banque mondiale, la « cote d’alerte » est atteinte.

«Nous avons atteint la cote d'alerte », a averti le 19 février le président de la Banque mondiale, Robert Zoellick, en marge d'une réunion à Paris des ministres des finances du G20, sous présidence de la France. La hausse des prix des produits alimentaires va encourager une hausse de l'offre agricole, mais, a-t-il dit à la presse, dans les deux prochaines années, « il pourrait aussi y avoir une masse de troubles, les gouvernements pourraient tomber et les sociétés basculer dans le désordre ».
« Les prix de l'alimentation continuent à augmenter dans le monde. L'indice de la Banque mondiale a augmenté de 15 % entre octobre 2010 et janvier 2011, et n'est que 3 % en dessous de son pic de 2008 », a indiqué l'institution dans un communiqué.

Incertitudes quant au rôle de la spéculation
« Ce que nous proposons, c'est une stratégie globale qui a pour ambition de lutter contre la volatilité, de réguler les marchés dérivés, d'accroître la transparence sur les marchés physiques, de renforcer les outils de la sécurité alimentaire », a rappelé Nicolas Sarkozy qui recevait le 18 février à l’Elysée les ministres des finances du G20. « Ma conviction est qu'au-delà des mesures immédiates que nous pourrons proposer, nous devons réhabiliter le rôle des agriculteurs dans nos sociétés », a ajouté le président français.
« Nous ne disons pas que la spéculation nourrit la hausse des prix », avait déclaré la veille Christine Lagarde, la ministre de l'économie, des finances et de l'industrie. « Peut-être que ça l'anticipe un peu, peut-être que ça l'accélère un peu, il y aura un débat à ce sujet, peut-être que ça n'a aucun effet, c'est aussi une éventualité », avait-elle reconnu.

Rendre plus transparents les marchés financiers et physiques
« Je crois personnellement qu'il y a un lien » entre la croissance des marchés dérivés et le prix des matières premières sous-jacentes, « mais que c'est la nature et l'ampleur de ce lien qui sont difficiles à évaluer faute de transparence », a admis lui aussi, à Paris le 17 février, Michel Barnier, le commissaire européen chargé du marché intérieur et des services. « A ce stade, on peut dire que le recours à des instruments financiers a sans doute été positif en termes de liquidité, de gestion des risques pour certains acteurs. Mais il a aussi pu contribuer à exacerber les bulles à court terme et a pu perturber le processus de découverte des prix », a-t-il ajouté.
M. Barnier s’est fixé pour objectif « d'accroître l'intégrité et la transparence des marchés financiers sur les matières premières », convaincu aussi que ces mesures devront s’accompagner d’un « renforcement de la transparence et de l'intégrité des marchés physiques », ce qui « permettra de mieux comprendre l'interaction entre ces deux marchés, et de renforcer le mécanisme de formation des prix sur ces marchés ».

« Limiter les abus »
A l’issue du conseil des ministres français du 23 février, l’Elysée a publié un communiqué soulignant que, lors de sa réunion des 18 et 19 février à Paris, « le G20 finances a également inscrit la sécurité alimentaire mondiale au centre de ses priorités ».
« Les organisations internationales compétentes élaboreront dans les prochains mois des propositions d’action pour accroître la transparence sur les marchés physiques, mieux réguler les marchés financiers et limiter les abus, réduire l’impact d’une volatilité excessive des prix des matières premières par le développement de mécanismes assurantiels », précise le communiqué. « Ces travaux seront examinés par le G20 finances à ses réunions d’avril puis d’octobre 2011 ».

Fortes réticences en Amérique latine
Le ministre argentin de l'économie, Amado Boudou, a réaffirmé le 17 février l'opposition de son pays et du Brésil à une régulation du prix des matières premières, dans le sens suggéré par la présidence française du G20 (1).
« Nous allons défendre la position argentine, partagée par le Brésil, qui considère comme une mauvaise proposition la tentative d'empêcher nos pays d'appliquer à leurs produits les prix du marché », a expliqué M. Boudou. « S'ils pensent qu'il faut augmenter l'offre alimentaire, ce n'est pas ainsi qu'on y arrivera », a-t-il ajouté, soulignant que « l'Argentine fait un grand effort, surtout en Afrique, en ce qui concerne les transferts de technologie, pour que les techniques de production parviennent à d'autres pays ».

(1) Voir n° 3289 du 21/02/11

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