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UE/Gaspillage alimentaire Le gaspillage alimentaire coûterait près de 500 euros par personne

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Près de 40 % des restes alimentaires sont dus à la surproduction dans les pays industrialisés ou à des produits qui sont en mauvais état. Ces restes alimentaires ont aussi un impact économique non négligeable car le coût de la nourriture qui n’est pas consommée représente environ 500 euros par personne et par an. Ces données sont publiées par Euro Coop, le lobby des coopératives de consommateurs de l’UE, qui prend position sur ce phénomène devant faire l’objet prochainement de propositions de la part de la Commission européenne. Pour Euro Coop, priorité devrait être accordée à la prévention et à une politique de réduction de ces déchets alimentaires, à leur recyclage, à leur redistribution aux personnes nécessiteuses et à leur conversion en bioénergie ou à leur compostage.

À quelques semaines de la publication d’une communication de la Commission européenne sur « l’alimentation durable au sein de l’Union européenne » – dont le gaspillage alimentaire formera une partie conséquente – Euro Coop, le lobby des coopératives de consommateurs de l’UE, prend position et met l’accent sur les mesures qui, selon lui, devraient être prises d’urgence pour répondre à la problématique des déchets alimentaires en raison de leurs impacts négatifs sur l’économie et en particulier celle des entreprises alimentaires. Selon les enquêtes qu’elle a menées auprès de ses membres, Euro Coop estime à quelque 40 % le gaspillage alimentaire dans les pays industrialisés, lequel se produirait essentiellement au niveau des détaillants et des consommateurs (dans les pays en développement, il se produirait surtout au niveau post-récolte et lors de la transformation). Les coopératives de consommateurs de l’UE estiment aussi que près de 39% des déchets alimentaires sont dus « à la surproduction ou à des produits qui sont en mauvais état ». Selon elles, les 14% de déchets alimentaires que l’on enregistre dans les secteurs de la restauration et des services alimentaires seraient à attribuer « à une erreur de calcul de la taille des portions, à la difficulté d’estimer le nombre de clients et au rejet des restes ». Quant aux plus de 5% des déchets alimentaires qui se produisent dans la phase de distribution, ceux-ci seraient dus à « une mauvaise manipulation, à un emballage défectueux et aux dommages en cours de transport ».

Privilégier la prévention

Dès le début, estime Euro Coop, la priorité devrait être accordée à la prévention et à la réduction des déchets alimentaires, à leur recyclage, à leur redistribution aux personnes ou aux animaux, à leur conversion en bioénergie (éthanol, biogaz) ou à leur traitement biologique (compostage). Au niveau du consommateur, les déchets alimentaires se produisent quand il y surplus de nourriture ou quand les produits ont dépassé leur date de péremption. Selon les chiffres d’une étude menée sur le gaspillage alimentaire dans les ménages par Hispacoop (Association des coopératives espagnoles), la quantité moyenne de déchets alimentaires des ménages s’établirait comme suit : environ 20% pour le pain, les céréales et les produits de la boulangerie, environ 17% pour les fruits et légumes verts, environ 13% pour le lait et les produits laitiers, environ 13% pour les pâtes, le riz et les légumes, environ 7,4% pour les boissons, environ 6% pour la viande, 6% également pour les plats cuisinés, autour de 4% pour les saucisses et les viandes froides, environ 4% pour les en-cas, environ 4% pour la nourriture en conserve, environ 3% pour les poissons et les fruits de mer et à environ 3% pour les œufs.

Pour une harmonisation des informations sur les étiquettes

Euro Coop considère que, dans de nombreux cas, les déchets alimentaires pourraient être évités si les consommateurs étaient mieux informés. Selon elle, ceux-ci rencontrent des difficultés de compréhension en matière d’étiquetage (« à consommer de préférence avant » et « date limite de consommation »). Euro Coop estime qu’il devrait y avoir une harmonisation des étiquettes en ce qui concerne les dates de consommation, y compris la clarification des termes « meilleur avant... » et « à utiliser jusqu’à ». Les déchets alimentaires se produisent également lorsque les consommateurs ne planifient pas à l’avance leurs listes de courses. Les supermarchés devraient, de leur côté, s’efforcer de rendre disponible au point de vente une gamme plus étendue en matière de taille des portions, adaptés à différents types de ménages ainsi qu’aux consommateurs individuels. Les coopératives de consommateurs notent aussi que les consommateurs ne parviennent pas à conserver correctement les aliments. Elles estiment que la sensibilisation des consommateurs afin de les informer sur la façon de conserver les aliments est essentielle pour la conservation des produits de plus longue période. De même, les consommateurs ne parviennent pas à réutiliser les restes parce qu’ils ne savent pas comment les garder. Là aussi, ils ont besoin d’informations sur la façon d’organiser, d’utiliser et de congeler les restes, sinon ils vont par exemple continuer à jeter les restes de lait en raison des risques de sécurité. Pour aider les consommateurs, les membres d’Euro Coop ont parrainé des concours entre cuisiniers professionnels qui ont sensibilisé les consommateurs sur ce que l’on peut cuisiner avec des restes alimentaires.

Responsabiliser les restaurants

De leur côté, les restaurants servent des portions surdimensionnées et les consommateurs ne pensent pas à demander un doggy bag et abandonnent donc le surplus qui finit immanquablement à la poubelle. Selon la Sustainable Restaurant Association, un restaurant à Londres peut produire jusqu’à 21 tonnes de déchets alimentaires chaque année. Le Royaume-Uni a organisé des campagnes pour réduire la quantité de déchets alimentaires dans les restaurants, dans le but de convaincre les consommateurs de rapporter à la maison les restes des dîners au restaurant. Euro Coop estime que l’Union européenne « devrait adopter cet exemple comme une bonne pratique et impliquer les conseils locaux afin d’organiser des campagnes similaires ». En ce qui concerne les déchets alimentaires qui se produisent au niveau du commerce de détail, les coopératives de consommateurs ont mis au point des projets visant à récupérer les produits alimentaires invendus qui sont encore comestibles et à les donner aux banques alimentaires pour les gens dans le besoin avec la participation des ONG. Euro Coop propose également d’étudier la possibilité de parvenir à un accord avec le secteur agricole pour que ce gaspillage alimentaire puisse être utilisé pour nourrir les animaux en respectant les règles de l’UE.

Que peut faire l’Union européenne ?

Euro Coop considère qu’une définition harmonisée est nécessaire en ce qui concerne les déchets alimentaires au niveau européen pour être en mesure de distinguer ce qui est un déchet organique et ce qui est un déchet alimentaire. Il est également important d’accroître et d’harmoniser la collecte de données entre les États membres afin de pouvoir comparer la réduction des déchets alimentaires. Jusqu’à présent, les États membres sont libres de choisir la méthode de collecte et de calcul des données sur les déchets alimentaires qu’ils soumettent à Eurostat, l’Office européen de statistiques.
Les coopératives de consommateurs de l’UE demandent à la Commission européenne « de fixer des objectifs indicatifs pour la réduction des déchets alimentaires afin de mesurer les progrès réalisés une fois que des données fiables existent ». Elles se disent convaincue qu’il y a un champ d’action au niveau de l’UE et que bon nombre des mesures mises en œuvre au sein des coopératives pourraient être appliquées tout au long de la chaîne d’approvisionnement alimentaire. L’Union européenne pourrait mettre en œuvre des campagnes d’éducation et d’information pour sensibiliser les citoyens. En effet, l’éducation et l’information constituent l’un des principes des coopératives de consommateurs. L’Union européenne a également un rôle à jouer dans la promotion du recyclage organique en impliquant les municipalités dans l’organisation d’un système de traitement des déchets organiques des ménages ou des restaurants, avec prise en charge gratuite de sorte que les déchets organiques sélectionnés puissent être collectés pour le recyclage. Euro Coop souhaiterait que l’année 2014 soit déclarée comme Année européenne contre le gaspillage alimentaire comme suggéré par le Parlement européen, dans le but de sensibiliser les citoyens européens à l’importance de ce problème et de modifier les comportements des consommateurs.

Mobiliser d’autres pays

L’UE devrait également renforcer ses efforts dans les enceintes multinationales et pousser les autres pays à accroître la sensibilisation sur les effets négatifs des déchets alimentaires. Euro Coop plaide pour la constitution d’un forum de niveau européen regroupant toutes les discussions autour de la question sur le gaspillage alimentaire, dans le but de ne pas dupliquer les efforts et de concentrer toutes les énergies dans un groupe où tous les intervenants dans la chaîne alimentaire soient impliqués afin de donner leur avis sur les initiatives et les propositions de la Commission européenne. L’Union européenne est aussi invitée à lancer un débat sur les améliorations possibles de l’étiquetage des aliments qui pourraient être prises dans les prochaines années. « Nous croyons que les consommateurs ont besoin de plus d’informations sur la façon de conserver les aliments, ce qui pourrait également figurer sur l’étiquette », estiment les responsables d’Euro Coop. Ceux-ci recommandent par ailleurs à la Commission européenne de prendre des mesures au niveau fiscal en accordant des exonérations de TVA pour les produits qui sont donnés à des banques alimentaires et qui ne constituent donc pas un bénéfice économique pour le détaillant.

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