Le groupement d’intérêt scientifique (Gis) Élevage demain (recherche, instituts techniques, filière…) a présenté, le 17 octobre, un nouvel indicateur de l’efficacité alimentaire des élevages, qui tente d’intégrer la concurrence entre alimentation humaine et animale.
L’efficience alimentaire est le rapport entre la quantité de produits animaux issus de l’élevage et les ressources végétales alimentaires utilisées pour les produire. Traditionnellement, les bovins sont considérés comme beaucoup moins efficaces que les poulets ou les porcs pour transformer de la protéine végétale en protéine animale. Le nouvel indicateur du Gis Élevage demain, l’efficience protéique nette, intègre le fait que certaines protéines consommées par les animaux ne le sont pas actuellement par l’homme (herbe, drêches, sons…). Plus la concurrence avec l’alimentation humaine est faible, plus cet indicateur d’efficacité augmente.
L’intégration de ce critère supplémentaire permet de revaloriser l’efficacité alimentaire de l’élevage, en particulier de l’élevage ruminant, et d’autant plus quand l’élevage est à l’herbe. « Nous voulons éclairer l’élevage sous toutes ses facettes », explique le chercheur de l’Inra Jean-Louis Peyraud. « 3 kg de protéine végétale pour un kg de protéine de porc, ce n’est pas faux, mais qu’est-ce que ça veut dire exactement ? De quelle protéine végétale parle-t-on ? Est-elle consommée par l’humain ? ».
7 % des protéines consommées par un jeune bovin le sont par l’homme
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Le Gis estime ainsi que seulement 7 % des protéines actuellement consommées en élevage de jeune bovin viande le sont également par l’homme, 17 % en élevage laitier, 35 % en élevage porcin et 45 % en monogastrique. Une des limites de ce travail est que les taux indiqués peuvent varier en fonction des conditions de marché ; 66 % du blé sont aussi consommés par l’humain, mais potentiellement, 98 % du blé peuvent l’être, reconnaissent les chercheurs. Autre frein, la concurrence se limite au produit, et non au foncier. Le blé fourrager n’est-il pas en concurrence pour un même hectare avec d’autres cultures purement destinées à l’homme ? C’est moins le cas des prairies dont certaines ne sont pas convertibles en terres arables.
Ces travaux sont bien « une prise de position », a expliqué Jean-Louis Peyraud, notamment en réponse au rapport de la FAO Livestock’s Long Shadow (2006), qui mettait en avant les conséquences néfastes de l’élevage de ruminants, et qui omettait selon lui que certains élevages de ruminants « produisent de la protéine noble à partir de terres pauvres », en Éthiopie par exemple. Oui, « la production bovine est inefficace », comparée à d’autres productions, explique-t-il, « et cela plaide pour n’en faire que sur de l’herbe ».