Cinq pesticides, dont le glyphosate, ont été classés le 20 mars cancérogènes « probables » ou « possibles » par l'agence du cancer de l'Organisation mondiale de la santé (IARC). « Un signal qui doit nous alerter », a réagi le 25 mars la ministre de la Santé, Marisol Touraine, qui ne s'est cependant pas prononcée dans l'immédiat sur une interdiction des deux substances encore utilisées.
Le glyphosate, présent notamment dans le Roundup, l'un des herbicides les plus vendus, et les insecticides malathion et diazinon (interdits en France, hormis une dérogation en Guyane) ont été classés cancérogènes « probables chez l'homme », même si les « preuves sont limitées », selon l'Agence internationale de recherche sur le cancer (Iarc). Les insecticides tetrachlorvinphos et parathion, tous deux interdits en France, ont pour leur part été classés cancérogènes « possibles ».
« C'est évidemment un signal d'une très grande importance qui doit nous alerter et nous mobiliser parce que nous ne pouvons faire comme si ces produits ne posaient pas des risques pour les utilisateurs », a déclaré Marisol Touraine à l'Assemblée nationale, répondant à la députée EELV Laurence Abeille, qui l'interrogeait sur ce que le gouvernement « compte faire pour parvenir à l'interdiction rapide de ces produits cancérigènes ». Concernant le glyphosate, « il y a en cours une évaluation européenne de la toxicité de ces produits, qui devra ensuite faire l'objet d'une analyse précise par les agences sanitaires, mais je veux vous assurer que l'ensemble du gouvernement est très vigilant », a-t-elle dit.
Monsanto pas d'accord
La classification de l'Iarc n'a aucun caractère contraignant pour les Etats. « Il revient aux gouvernements et aux autres organisations internationales de recommander des réglementations, des législations ou des interventions de santé publique », note l'Iarc dans son communiqué.
Le groupe Monsanto, qui fabrique le Roundup, a exprimé le 20 mars son désaccord avec les conclusions de l'Iarc, relevant que celles-ci n'étaient pas basées sur de nouveaux travaux de recherche ou de nouvelles données scientifiques. Dans un communiqué diffusé sur internet, Monsanto souligne que le classement de l'IARC n'a pas établi de lien entre le glyphosate et un risque accru de cancer et rappelle que l'Iarc, dans le passé, avait classé dans les « cancérogènes probables » des produits comme le café ou les téléphones portables.
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Une « prise de conscience », selon la Conf'
France Nature environnement (FNE) réclame, pour sa part, le retrait de la vente de l'herbicide Roundup en zones non agricoles. « En zones agricoles, la France doit agir immédiatement pour revoir la classification du glyphosate dans la réglementation européenne », poursuit l'association dans un communiqué le 24 mars.
La Confédération paysanne note, quant à elle, une « prise de conscience » sur la question des phytosanitaires : adoption par les députés d'un amendement pour l'interdiction des néonicotinoïdes dans le projet de loi biodiversité (lire aussi l'encadré), classement du glyphosate comme « potentiellement cancérogène » par l'OMS. « Le gouvernement ne peut pas dire qu'il n'y a pas de risques », a estimé le 26 mars en conférence de presse le porte-parole Laurent Pinatel, faisant notamment référence à la santé des agriculteurs et des populations. « L'agroécologie ne peut se faire avec les néonicotinoïdes », a-t-il assuré.
Réagissant à l'adoption par les députés d'un amendement sur l'interdiction des néonicotinoïdes au 1er janvier 2016, le DG de Bayer CropScience en France, Frank Garnier, dénonce « un nouvel exemple de la volonté de surrèglementation du gouvernement français ». « Je reste persuadé de l'utilité de nos produits, et notamment les néonicotinoïdes, pour les agriculteurs mais aussi plus globalement pour la compétitivité de la Ferme France, affirme-t-il. De nombreuses études s'accordent sur le fait que la mauvaise santé des abeilles est due à des causes multifactorielles et ne peut être seulement imputée à l'utilisation des pesticides en agriculture. » Et de poursuivre : « Nous appelons de nos vœux une décision basée sur des faits scientifiques et vérifiés et sommes confiants que les responsables politiques, au-delà de la dimension émotionnelle de ce sujet, sauront faire preuve de bon sens ».