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Industrie agroalimentaire Le gouvernement consacrera 150 M€ à la relance

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Nicolas Forissier, secrétaire d’État à l’Agriculture, a présenté le 10 mai son partenariat national pour le développement de l’industrie agroalimentaire, élaboré à la demande du Premier ministre. Il a annoncé une enveloppe de 150 millions d’euros que le gouvernement injectera dans la machine agroalimentaire française pour la relancer.

En juillet 2004, Nicolas Forissier avait annoncé l’élaboration d’un « partenariat national pour le développement de l’industrie agroalimentaire » qui, après consultations sur le terrain, serait prêt avant l’été 2005. C’est maintenant chose faite. L’idée d’une relance de l’agroalimentaire français a été lancée par Jean-Pierre Raffarin lors de l’assemblée générale de Coop de France de décembre 2003.

Ce partenariat, attendu après dix mois de gestation, dont notamment un millier d’entreprises rencontrées par Nicolas Forissier et ses services sur le terrain, comportera un plan d’action en six axes. Il s’agit du « premier plan d’action concret pour la première industrie française depuis près de 30 ans», a fait valoir M. Forissier.

L’ensemble du partenariat national pour les industries agroalimentaires représente 150 millions d’euros, dont au moins 50 M€ de crédits budgétaires, en « majeure partie » nouveaux, et 100 M€ de financement, principalement des prêts participatifs, a précisé le secrétariat d’État à l’Agriculture.

Des outils financiers pour le développement des entreprises

Le constat est que les fonds d’investissements ne se dirigent pas assez vers l’industrie agroalimentaire. Résultat : parmi les 100 premiers groupes agroalimentaires mondiaux, seuls cinq sont français et le premier se situe à la 14e position.

Il s’agira de donner un coup de pouce à l’investissement : par la mobilisation de la société de capital-risque Avenir Entreprise Investissement, par des garanties Sofaris jusque là réservées aux jeunes entreprises et qui seront étendues à toutes les entreprises agroalimentaires, par des prêts participatifs, et probablement par des fonds d’investissement régionaux soutenus par la Caisse des Dépôts.

Des outils pour l’export

La France perd des parts de marché : « Si nous avions conservé nos parts de 1993, nos exportations seraient aujourd’hui supérieures de plus de six milliards d’euros », a fait observer M. Forissier. Autre observation : 72% du commerce agroalimentaire se fait avec les pays de l’UE.L’orientation consistera à inciter les entreprises à aborder des pays plus lointains, notamment les pays émergents comme l’Inde et la Chine.

Les mesures consisteront à aider les entreprises à faire le premier pas à l’export. Les salons organisés par la Sopexa (Société pour l’expansion des exportations agricoles et agroalimentaires) seront subventionnés à hauteur de 30% (contre 20% actuellement) et les trois premiers salons de chaque entreprise seront subventionnés à hauteur de 50%. L’objectif est de doubler en trois ans le nombre d’entreprises agroalimentaires françaises présentes sur des salons. Des conseils personnalisés seront fournis aux entreprises, qui sont surtout des PME et des TPE (très petites entreprises) et une centaine de projets de conquête à l’export seront élaborés et soutenus.

Soutenir la recherche et l’innovation

L’agroalimentaire n’investit que 1,3% de sa valeur ajoutée dans la recherche-développement, contre une moyenne de 6,5% dans les autres secteurs manufacturiers.

Le programme national de recherches en alimentation et nutrition humaine (PNRA), lancé à la mi-avril, doit permettre de financer jusqu’à 12,6 millions d’euros de projets de recherche dans le secteur agroalimentaire Voir AGRA-Presse Hebdo n° 3 004 du 25/04/05. Outre ce programme, une convention avec l’Anvar (Agence nationale de valorisation de la recherche) sera signée, avec à la clé des avances remboursables pour des projets innovants, et des aides au recrutement de cadres R&D seront accordées.

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Favoriser l’emploi

L’agroalimentaire souffre d’un déficit d’image, qui se traduit par des difficultés de recrutement : 100 000 offres d’emploi sont proposées chaque année, et 10 000 ont du mal à être pourvues. L’objectif est de passer de 420 000 salariés actuellement à 500 000 dans dix ans.

Une campagne nationale de communication sur trois ans sera lancée. Elle débutera dès juin 2005 par une campagne radio. Il s’agira de donner auprès des jeunes une image plus attirante. En outre, le gouvernement travaillera à la signature d’une convention entre l’État et les professionnels pour renforcer l’apprentissage et les journées « portes ouvertes ». Une série d’actions portera sur l’adaptation des formations aux besoins des entreprises. Un brevet professionnel agricole d’industrie agroalimentaire de niveau V est en cours de rénovation et « plus globalement, un travail de fond sur la rénovation des diplômes doit être engagé ». Enfin, deux mesures fiscales sont à l’étude pour améliorer les conditions de travail et de logement des salariés.

Simplifier les normes

Le foisonnement de normes rend la réglementation de moins en moins compréhensible, surtout par les petites entreprises.

Le projet de loi d’orientation agricole prévoit une habilitation du gouvernement à légiférer par ordonnance quand il s’agit d’adapter le droit communautaire. De plus, un important travail de simplification des textes réglementaires est actuellement conduit dans le cadre du « paquet hygiène ». En outre, dès juin prochain, les industriels, la coopération agricole, les négociants et les distributeurs débuteront des travaux pour unifier les référentiels privés. Enfin, les entreprises souhaitant des informations sur toute réglementation dans le domaine alimentaire pourront composer à partir de septembre un numéro vert.

Anticiper les attentes sociétales

« Environ 80% des produits qui seront distribués dans les dix ans ne sont pas encore connus ». Les entreprises et les pouvoirs publics doivent pouvoir comprendre les attentes des consommateurs et appréhender leurs évolutions.

Les mesures : la création d’un baromètre de l’alimentation. Cet outil sera particulièrement utile aux PME, qui ne disposent pas de la ressource nécessaire pour mener des études aussi coûteuses. Nicolas Forissier avait évoqué ce projet de baromètre en octobre dernier. Enfin un observatoire de l’alimentation sera mis en place. Il comportera un panel de plusieurs milliers de consommateurs, un indicateur de suivi trimestriel de la confiance des consommateurs et un comité de coordination des études alimentaires éclairant les décisions.

Coop de France : « Un bon départ »

L’idée du partenariat pour le développement de l’agroalimentaire étant venue de Coop de France, cette dernière a salué la présentation du plan d’action de Nicolas Forissier comme « un bon départ». « Nous ne pouvons que nous réjouir du point de départ » donné par ce partenariat. Rappelant que l’agroalimentaire assure 70% des débouchés de la « ferme France », le président de Coop de France Philippe Mangin a déclaré que ce plan est « porteur d’espoir, », mais à plusieurs conditions : que ce plan « connaisse au fil des mois une dynamique de renforcement », que la loi d’orientation « incite réellement à la contractualisation des productions agricoles avec leur aval» et que l’Europe « sache ramener l’OMC à la raison et refuser l’ouverture au grand large de nos frontières ».

De son côté, la Fnaf-CGT (Fédération nationale agroalimentaire et forestière de la CGT) voit dans ce partenariat « des mesures en trompe-l’œil ». « L’ambition affichée de franchir le seuil de 500 000 salariés dans l’agroalimentaire d’ici 2010 est bien une opération en trompe-l’œil, d’autant que cet objectif est, dès maintenant, très largement hypothéqué par les politiques patronales », indique la Fnaf-CGT dans un communiqué du 12 mai. Le communiqué cite plusieurs plans de restructuration : dans l’industrie laitière, l’industrie sucrière, les filières porcines, avicoles. L’organisation indique également que « ce ne sont pas les campagnes de communication qui permettront d’attirer les salariés dans les entreprises, mais bien l’amélioration de leurs conditions de vie, de travail et de rémunération ».