Abonné

Le gouvernement muscle les mesures de défense contre le loup

- - 5 min

Relèvement du plafond de prélèvement, assouplissement des tirs : dans un arrêté paru le 26 juillet, le gouvernement officialise des mesures visant à freiner la pression de prédation due du loup. Des dispositions contestées juridiquement par certaines ONG environnementales. De leur côté, les éleveurs veulent déjà les amender.

La dernière pierre du plan loup est posée. Dans leur arrêté du 26 juillet, les ministères de l’Agriculture et de la Transition écologique officialisent les mesures annoncées fin mai pour limiter la pression de prédation (relèvement du plafond de prélèvement et renforcement des tirs). Autant de dérogations au régime actuel introduites « à titre expérimental » et valables jusqu’au 31 décembre 2019.

Première mesure à la fois symbolique et cruciale : jusqu’à 100 loups pourront être prélevés d’ici la fin de l’année. C’est la traduction d’une promesse formulée par Emmanuel Macron en mars. Le plafond de prélèvement (auparavant de 10 %) a été relevé à 17 % de la population lupine. S’y ajouteront 2 % supplémentaires si ce plafond est atteint avant la fin de l’année (une possibilité déjà existante). Au 24 juillet, le dernier bilan officiel dénombrait 48 loups « détruits », dont deux hors protocole.

La gestion des tirs assouplie pour environ 30 % des éleveurs prédatés

L’arrêté du 26 juillet assouplit également la gestion des tirs dans les zones difficilement protégeables (rayon de Roquefort) et dans les « cercles zéro ». Ce nouveau zonage correspond aux secteurs de prédation récurrente (au moins 15 attaques par an en moyenne entre 2016 et 2018). « On y trouve environ 30 % des éleveurs prédatés, qui concentrent 45 % des dommages », détaille-t-on à la FNO (éleveurs ovins).

Dans ces nouvelles zones, les agriculteurs ont accès à une nouvelle mesure : les tirs de défense mixte (intermédiaires entre tirs simples et renforcés). Ils peuvent être réalisés par « toute personne compétente » dotée d’un permis de chasse (maximum de trois tireurs). Dans les « cercles zéro », les éleveurs doivent avoir mis en place des mesures de protection (ou être reconnus non protégeables) pour déclencher cette mesure. Elle est accessible « sans condition » dans les zones difficilement protégeables.

Enfin, les tirs de prélèvement simple seront possibles dès le 1er juillet (au lieu du 1er septembre) dans les « cercles zéro », dans les zones difficilement protégeables et dans les cercles 1 en cas de « dommages exceptionnels » provoqués par un loup isolé. Une disposition sur mesure pour contrer le loup « atypique » qui sévit dans la plaine des Vosges.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

« La porte est entrouverte » pour une révision

Malgré toutes ces mesures, le gouvernement « nie l’impact [de la prédation] sur la santé des éleveurs », dénonce la Coordination rurale dans un communiqué du 31 juillet. Au contraire, pour Claude Font, secrétaire général de la FNO, tous ces nouveaux outils « vont dans le bon sens ». « La création des cercles zéro tient compte de la pression de prédation et accorde des facilités d’intervention pour les éleveurs les plus prédatés. Ce qui ne nous convient pas, ce sont les critères », qu’il estime trop restrictifs. « Mais nous ne voulions pas retarder la publication de l’arrêté », précise-t-il.

« On ne veut oublier personne », résume le syndicaliste. Et de citer l’exemple d’éleveurs de Paca qui transhument en Savoie, peuvent être prédatés dans les deux zones, mais ne sont pas intégrés aux cercles zéro. Le plafond de 30 % d’éleveurs prédatés dans les cercles zéro « résulte d’un arbitrage de Matignon », explique Claude Font. Ce qui n’empêche pas la FNO de « travailler avec la Dreal Auvergne-Rhône-Alpes pour aboutir à une nouvelle carte plus proche de la réalité du terrain ». Une refonte qui pourrait aboutir d’ici 2020, espère Claude Font : « La porte est entrouverte ».

Comme promis par Emmanuel Macron, jusqu’à 100 loups pourront être prélevés d’ici la fin de l’année.

Les ONG vent debout contre les nouvelles mesures gouvernementales

Plusieurs associations de protection de la nature (SNPN, Aspas, Ferus et LPO) vont déposer un recours au Conseil d’État contre l’arrêté du 26 juillet pris par les ministères de l’Agriculture et de la Transition écologique, indiquent-elles dans un communiqué du 30 juillet. Les ONG dénoncent des mesures « inefficaces, dangereuses pour la survie du loup » et « en contradiction avec le droit communautaire et national ». Elles relèvent que la prédation due au loup « ne baisse pas malgré des tirs de plus en plus nombreux, qui sont six à dix fois plus élevés en France que chez nos voisins de l’UE ». Les quatre associations demandent aussi une série de mesures au gouvernement, dont une évaluation de l’impact des tirs déjà effectués et le développement d’une « véritable ingénierie de protection » des troupeaux. De son côté, FNE (qui ne participe pas à l’action juridique) dénonce de « nouvelles dispositions démagogiques, dangereuses pour la population du loup et contre-productives sur le plan de la coexistence ».