Alors que le plan de réduction des nitrates en Bretagne a provoqué des réactions très hostiles chez les éleveurs de la région, le ministère de l’Agriculture tente de trouver une solution acceptable, à la fois par Bruxelles et les éleveurs bretons.
La tension est soudain montée en Bretagne, dans la semaine du 26 février, pour cause de nitrates. La raison : le plan renforcé destiné à mettre fin à la pollution de l’eau de la région. L’obligation de respecter un plafond de 140 kg d’azote par hectare dans neuf bassins versants a constitué le casus belli.
Déménager l’agriculture bretonne
Le 23 février, une délégation de syndicalistes, conduite par Jean-Michel Lemétayer, était reçue au cabinet du ministre de l’Agriculture. Au vu des déclarations syndicales à la sortie, deux heures trente de réunion n’avaient pas réussi à rassurer les Bretons. « L’État nous impose un plan de déménagement de l’agriculture bretonne ! », lançait Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA. Le plan « risque de pousser des centaines d’éleveurs à l’abandon », insistait J. -M. Lemétayer.
« La réunion a été utile », disait-on en tout cas au ministère de l’Agriculture où on affirme « travailler pour aboutir à une solution plus acceptable pour l’agriculture bretonne ».
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Des pistes pour une solution
Parmi ces pistes figurent une aide à la résorption ou à l’exportation d’azote ou encore une aide à la réduction des cheptels. En outre, il est question de calculer le maximum de 140 kg de nitrate en moyenne par bassin versant plutôt que par exploitation. Rien n’est figé pour autant et la solution s’étudie bassin par bassin, comme il a été convenu lors d’une rencontre entre Dominique Bussereau et les éleveurs dans la Manche. Le ministère de l’Agriculture prépare la note officielle qui devra être envoyée à Bruxelles dans le but d’éviter l’amende européenne qui est prévue. Les concertations, pour trouver la bonne solution, vont bon train, tant entre Paris et Bruxelles qu’entre le ministère et les organisations professionnelles.
Actes de vandalisme
En Bretagne, tandis que les organisations agricoles (de producteurs et de coopératives) protestaient contre le plan, plusieurs actes de vandalisme ont touché des locaux de l’association Eaux et Rivières de Bretagne. À Brest, les bureaux de l’association ont été vandalisés dans la nuit du 26 au 27 février. Une autre permanence de l’association avait été fracturée dans la nuit du 23 au 24 février, à Guingamp (Côtes-d’Armor). « C’est signé comme une intimidation agricole», a commenté Jean-Marie Béghin, secrétaire général d’Eaux et Rivières, dans un contexte marqué par des manifestations d’agriculteurs bretons organisées pour protester contre des mesures préfectorales réduisant la fertilisation des sols. Solidaires d’Eaux et Rivières de Bretagne, plusieurs organisations agricoles rassemblées dans le pôle INPACT Bretagne (Fédération régionale des agrobiologistes, fédérations régionale et départementales des CIVAM, Réseau Agriculture durable…) ont fait savoir par voie de communiqué qu’elles « refusaient que l’ensemble des agriculteurs soient assimilés aux quelques délinquants pour qui saccages de locaux et menaces de mort tiennent lieu d’arguments, et soulignent que ceux qui refusent de condamner ces actes entretiennent la montée de la violence ».
Le Massif Central concerné
Pendant ce temps, la FRSEA Massif central publiait un communiqué dans lequel elle fait remarquer que si les Bretons sont astreints à un plafond de 140 kg d’azote par hectare, dans le Massif central, cette limite n’est plus que de 60-70 kg/ha. La FRSEA estime « qu’entre la politique du trop et celle du trop peu, un compromis doit être trouvé ». Et elle rappelle qu’en matière d’élevage extensif, les agriculteurs du Massif central « ne veulent pas se contenter de cueillir l’herbe mais bien la cultiver. »