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Manifestations, décisions publiques Le grand rendez-vous pour l'élevage français

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Après les multiples manifestations de l'été, françaises mais aussi européennes, motivées par la crise des productions animales, le 3 septembre devrait constituer une date majeure pour l'élevage français. Alors qu'une importante manifestation agricole est prévue autour de la capitale, le président de la République et le Premier ministre ont promis à Xavier Beulin (FNSEA) et Thomas Diemer (JA) que de nouvelles mesures d'aide aux éleveurs seront annoncées ce même jour. Quatre jours plus tard, le 7 septembre, le conseil des ministres de l'Agriculture de l'Union européenne devrait être saisi, également sur fond de manifestations, par plusieurs pays, la France en tête. Objectif : une politique plus efficace pour redresser les marchés et le revenu des éleveurs.

Le 3 septembre, une manifestation de grande ampleur, organisée par la FNSEA et les JA, pourrait bien semer du désordre sur les axes d'accès vers la capitale. Pas moins de 1 000 tracteurs y sont attendus. Le même jour, le gouvernement s'est engagé à annoncer de nouvelles aides à destination des agriculteurs en général mais des éleveurs en particulier. C'est ce qu'ont promis François Hollande et Manuel Valls qui recevaient, le 24 août au matin, Xavier Beulin et Thomas Diemer, les présidents de la FNSEA et des JA. En présence de Stéphane Le Foll, le ministre de l'Agriculture. Le contenu de ce nouveau plan de soutien n'est pas encore connu, d'autant que « le travail commence dès aujourd'hui » comme l'affirmait Xavier Beulin. Mais d'ores et déjà, François Hollande a assuré que le CICE (Crédit d'impôt compétitivité emploi) sera applicable aux chefs d'exploitation agricole alors qu'il ne l'est pas jusqu'à présent. De quoi alléger quelque peu les charges salariales des exploitations. Ce qu'on connaît, c'est ce qu'ont demandé les syndicalistes : une rallonge au plan d'urgence décidé fin juillet et qui ne comportait que 100 millions d'aides sonnantes et trébuchantes. L'allègement des charges sociales ou fiscales (notamment pour la taxe fiscale sur le foncier non bâti), la prise en charge ou le décalage des intérêts d'emprunts, figurent parmi les demandes de court terme. Xavier Beulin insiste sur l'endettement. « Un agriculteur s'endette 3 à 4 fois plus que les autres maillons de la filière », confie-t-il. « Alors même que sur 100 euros de valeur des aliments vendus au consommateur, seuls 8 euros lui reviennent ». Devant le ministre de l'Agriculture, Xavier Beulin a vivement demandé que soit relancée la pression sur les industriels et distributeurs pour rehausser les prix d'achat aux éleveurs. Il y a encore des écarts de prix qui sont inacceptables, affirmait-il en substance, évoquant à la fois le porc, le lait et la viande bovine.

Moratoire sur les nouvelles réglementations

Les normes, notamment écologiques, sont également dans le collimateur des syndicalistes. La FNSEA demande un moratoire pour 2016 : qu'aucune norme supplémentaire ne vienne s'imposer aux paysans. D'une manière générale, la France ne doit qu'appliquer les directives européennes, sans en rajouter. Le patron de la fédération ne conteste pas la nécessité de se moderniser. Au contraire. Il insiste, même : il faut aider les éleveurs à investir pour le long terme. Mais il demande des conditions financières pour investir qui soient mieux adaptées à une agriculture soumise à la volatilité des prix. Et de rappeler que, selon des données de l'office agricole FranceAgriMer, l'ensemble des filières agricoles ont besoin d'investir 3 milliards d'euros pour se mettre au diapason des concurrents européens.

L'entretien entre les leaders syndicaux et le président de la République portait également sur l'Europe et le prochain conseil des ministres de l'Agriculture le 7 septembre. Sur ce point, syndicats et pouvoirs publics se disent sur la même longueur d'onde. La France demandera davantage d'achats de stockage (intervention) par Bruxelles, des efforts supplémentaires pour rouvrir le marché russe et la possibilité d'étiqueter l'origine des viandes dans les produits transformés. Le commissaire européen à l'agriculture s'est montré, fin août, très prudent sur les mesures que pourrait décider Bruxelles. Le 27 août, à l'issue d'une rencontre avec la filière porcine, le ministre français Stéphane Le Foll se montrait néanmoins déterminé. Entre Bruxelles et Paris, entre les pouvoirs publics et les syndicats agricoles, entre le court terme et les besoins structurels, une série de décisions majeures semblent en jeu. Pour définir la viabilité et la compétitivité à moyen terme de l'élevage français.

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Manifestations les 3 et 7 septembre

Afin d'appuyer ces demandes de mesures, le réseau FNSEA et JA devrait donc manifester, tant le 3 septembre à Paris que le 7 à Bruxelles. À Paris, plus de 100à tracteurs sont attendus. Ils devaient intervenir sur les grands axes d'accès à la capitale plutôt que de défiler dans celle-ci. Les éleveurs ne seront pas les seuls à intervenir. Le 27 août, l'AGPB (producteurs de céréales) et la Fop (producteurs d'oléoprotéagineux) ont affirmé qu'ils se joignaient à l'action syndicale. L'AGPB reprenait les demandes de la FNSEA pour un moratoire sur les normes et une fiscalité innovante, et la Fop condamnait « l'accumulation de contraintes qui brident toute volonté d'entreprendre et menacent leurs capacités à satisfaire marchés et débouchés ». De fait, les crises de l'élevage et les manifestations qui ont émaillé tout l'été n'étaient pas loin de provoquer une crise d'identité de l'ensemble de l'agriculture.

Xavier Beulin évalue à 3 milliards d'euros les investissements nécessaires en agriculture

Selon le président de la FNSEA Xavier Beulin, il est nécessaire d'investir 3 milliards d'euros sur trois ans pour que l'agriculture française « retrouve la compétitivité perdue », face à certains de ses voisins européens. C'est ce qu'il a expliqué à l'occasion d'un entretien avec le Journal du Dimanche (JDD) le 23 août. » La France doit se doter d'une vision à 15 ans de son agriculture. Il faut engager un vaste plan pour moderniser les bâtiments, automatiser les abattoirs, organiser les regroupements d'exploitations afin qu'elles soient plus productives », a-t-il ajouté, proposant également « un moratoire d'un an sur les normes environnementales » et « une adaptation des règles fiscales aux aléas de l'agriculture ». « À court terme, il faut compléter le plan de Stéphane Le Foll lancé le 22 juillet. Sur 600 millions d'euros, ce dispositif ne débloque que 100 millions d'euros pour sauver réellement les élevages de porcs. (...) Il s'agit d'alléger les charges et de restructurer les dettes des jeunes agriculteurs », souligne encore Xavier Beulin.

La Confédération paysanne a porté son message devant un François Hollande « soucieux »

« L'agriculture est là où les politiques l'ont menée aussi est-il possible que les politiques inversent la tendance ! », a déclaré Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération paysanne, le 27 août à la sortie d'un entretien avec François Hollande, à l'Elysée, qu'il a trou-vé « soucieux et préoccupé ». Stéphane Le Foll était également présent au rendez-vous, demandé depuis un mois par le syndicat. Ce dernier est venu porter son mes-sage au président : refus de « la dualité de l'agriculture » entre une plus industrielle et l'autre plus paysanne, nécessité de « redéployer les soutiens publics » autrement, « assainissement du marché » par le stockage public… La Conf' ne participera pas à la manifestation du 3 septembre, organisée par la FNSEA mais annonce des « actions pédagogiques ».