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Elevage Le groupe Bigard en ligne de mire des manifestations d’éleveurs

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Par sa position sur le marché, Bigard, première entreprise de France de transformation des viandes, reste la cible majoritaire des actions de pression des éleveurs sur le maillon abattage/transformation. Ces derniers réclament une hausse des prix à la production pour faire face à l’augmentation de leurs charges. Mais Bigard « ne communique pas »…

Evron le 10 octobre, Sablé-sur-Sarthe le 18 octobre, Cholet le 19 octobre…, les abattoirs de l’entreprise Charal, appartenant au groupe Bigard, premier transformateur de viande en France, sont visés les uns après les autres par les éleveurs. Pour Laurent Bordeau, responsable viande bovine des Jeunes agriculteurs de la Sarthe, « c’est un avertissement que nous lançons à Jean-Paul-Bigard ». Arnaud Fruchet, de la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles (FDSEA) de la Sarthe confirme : « C’est Jean-Paul Bigard qui est visé ». En effet, comme le précise Guy Hermouët, premier vice-président de la Fédération nationale bovine, par sa position de leader sur le marché, « si Bigard donne le ton, les autres suivront ». La récente déclaration du président du groupe Bigard, selon laquelle le prix actuel de la viande serait bon, n’a pas été non plus très bien perçue dans un monde de l’élevage en crise. Compressés entre des coûts de production en hausse et des prix à la production en baisse, les éleveurs demandent une augmentation de leurs prix d’achat et une meilleure répartition des marges au sein de la filière. En une phrase, Joël Limouzin, de la FDSEA de Vendée, a résumé l’attitude de Jean-Paul Bigard : « Vous pouvez faire ce que vous voulez, moi j’achèterai au prix que je veux ». Bruno Traverse, directeur du site de production Charal de Sablé-sur-Sarthe, a cependant reçu une délégation pendant près d’une heure et demie afin de débattre de la situation avec les éleveurs. Négociations difficiles avec la grande distribution, rude concurrence internationale, distorsion de concurrence allemande, « le discours est le même qu’à Evron », explique, dépité et amer, Arnaud Fruchet. Il est sans illusion, cependant, sur les capacités d’action, limitées, de ces directeurs de sites.

Un problème de répartition des marges
En réalité, « il s’agit plus d’un problème de répartition des marges que d’un problème de marché », reprend-il. Arnaud Fruchet ne présente pas une opposition ferme au libre marché, mais relève plutôt des coûts de production en abattoirs trop importants, qui grèvent à long terme la rémunération des éleveurs pour maintenir les marges. Contacté le 18 octobre, Charal n’a « pas souhaité communiquer » sur la manifestation et la rencontre de la veille. Seul, lors du Sommet de l’élevage, Benoît Caverel, directeur des achats de Charal, avait accepté de s’exprimer face aux agriculteurs venus réclamer des explications auprès des abatteurs. « La problématique, c’est d’aller les chercher ! », avait-il rétorqué à la demande des éleveurs d’une hausse de 50c/kg du prix de la viande bovine. Pour Benoît Caverel, Charal n’a « aucun intérêt à ce que le maillon éleveur meurt ». Il avait expliqué la difficulté pour l’entreprise de « trouver le juste milieu entre être agressif sur les marchés internationaux et rémunérer les éleveurs », avant de rappeler que « les industries agro-alimentaires (IAA) en viande » affichaient « les moins bons résultats » économiques de toutes les IAA. Jean-Paul Bigard, président du groupe Bigard, s’était exprimé sur la situation lors de l’assemblée générale du Syndicat national des industriels de la viande. Il dénonçait « l’imposition autoritaire d’un prix minimum », faisant fi « des lois du marché » et « des sacro-saintes règles de concurrence ». « Et ce faisant, on alimente l’opposition entre l’élevage et l’industrie en faisant croire qu’il suffit de le décréter pour que le prix de vente augmente en mettant à l’index les abatteurs qui seraient responsables du malheur paysan ».

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