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Lait de consommation Le lait UHT standard sauve la mise

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2008 sortait vraiment de l’ordinaire : le lait de consommation a fait contraste dans l’univers des produits laitiers, avec une reprise des achats des ménages quand fromages et surtout ultra-frais faisaient le plongeon. Maigre consolation quand même pour les entreprises adhérentes de Syndilait car la cherté de la matière première et les sautes d’humeur du beurre et de la poudre plombent leurs résultats d’exploitation.

Avant de fêter les 10 ans de l’IPLC (Institut professionnel du lait de consommation), les fabricants de lait de consommation ont été réunis le 12 mai par leur syndicat, Syndilait, pour faire un point, autrement plus inquiétant, sur leur situation économique.

Après « une année folle » pour le monde laitier en 2007, 2008 a été « encore plus exceptionnelle » avec la double crise financière et économique qu’a rappelée le président de Syndilait. « Une année désastreuse pour nos entreprises », aux dires de Claude Sendowski, par ailleurs directeur général de Sodiaal : elles ont du absorber un afflux de lait inattendu au premier semestre, mais aussi faire face à une flambée du prix de la matière première, puis les cours du beurre et de la poudre se sont effondrés aussi violemment qu’ils avaient frisé les sommets. Avec la décroissance des volumes sur la plupart des marchés, l’effet de ciseau est violent pour les résultats d’exploitation et le phénomène perdure en ce début 2009.

« Une telle volatilité est devenue ingérable, il n’est pas possible de continuer ainsi », selon Claude Sendowski, ni pour les industriels, ni pour les producteurs de lait, les distributeurs ou les consommateurs. D’où la nécessité (que défend la FNCL) de mettre en place un minimum de régulations et une vraie contractualisation producteurs/entreprises afin de lisser les variations : à eux de se concerter pour s’engager sur un mixte prix/volume, une sorte de quota A qui assure un minimum de revenu et un quota B qui dépendrait du libre choix du producteur qui accepterait son risque.

Le marché français redémarre

Dans cette situation, la seule bonne nouvelle est que le lait de consommation a limité la casse subie par les transformateurs : en effet, le marché intérieur a mieux résisté en volume que celui des autres produits laitiers. En fait, et c’est un signe des temps, l’industrie du lait de consommation a produit plus de lait UHT standard et moins de laits spécifiques l’an passé. La production des adhérents de Syndilait a été au total de 3,8 millions de tonnes en 2008, soit 1,1 % de moins qu’en 2007 – et quand même le niveau le plus bas depuis 1990, année où les fabrications avaient atteint 3,97 MT. Ce n’est pas que la consommation intérieure se soit effondrée, au contraire : alors qu’elle ne cessait de baisser, de l’ordre de 1 à 3 % l’an depuis ces dix dernières années, elle a en réalité redémarré, progressant de 0,6 % à 3,65 MT mais les exportations ont fortement diminué (-14,7 %) pour tomber à 372 000 tonnes.

Cette tendance semble même s’accentuer en ce début 2009 à cause de la contraction continue de la demande des pays voisins, entraînant les fabrications sur une pente de -13,2 % fin février.

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Chute de l’export

La flambée des prix 2007-2008 explique sans doute ce repli qui, en valeur, n’est que de 4,1 % sur l’année écoulée : avec 218 M EUR de chiffre réalisé à l’export, la profession fait quand même un score bien supérieur à celui de 2006 (160 M).

Les importations (environ 200 000 t), pour l’essentiel venues d’Allemagne et de Belgique, ont été en revanche presque stables en volume (+8,2 % en valeur), ce qui maintient le solde en positif même s’il est en repli de 25,7 % en volume et de 11,4 % en valeur.

Sur le marché français, les ventes en GMS, dont les prix moyens ont augmenté de 9,9 %, sont estimées à 1,75 milliards d’euros (soit 11 % de l’ensemble du rayon crèmerie), en progression de 11,2 %. Que les volumes aient légèrement remonté est en soi une surprise l’année où l’ensemble de la consommation alimentaire est en baisse et plus encore l’ensemble des produits laitiers (fromages -0,9 %, ultra-frais -3,4 %). On est tenté d’y voir, après tant d’années d’érosion du lait liquide, un report de consommation vers les produits les plus basiques au détriment des produits élaborés, ce qui corrobore l’idée que les Français se remettent à cuisiner.

Retour aux produits basiques

La hausse des prix a aussi été défavorable aux laits les plus chers, baptisés laits spécifiques dont les ventes ont chuté de 5 % en volume, les consommateurs étant revenus au lait UHT standard (+0,8 %), et le lait frais pasteurisé continuant sa dégringolade (-4,5 %) pour ne plus peser que 2,5 % du total. Une exception retient l’attention : les ventes de lait bio progressent de 11,6 % en lait frais et de 7,2 % en longue conservation. De même le lait délactosé gagne 14,8 %. La chute des laits spécifiques UHT provient surtout des laits enrichis (-18,4 %) et aromatisés (-11,8 %) mais affecte aussi les vitaminés (-6,5 %), les laits 1er et 2e âge (-5,9 %) et les laits de croissance (-2,7 %).

Les comportements économes des clients de GMS font également perdre du terrain aux marques nationales (30 % des volumes) qui reculent de 7,8 % quand les MDD standard (26 %) se maintiennent (-0,7 %) et que les premiers prix gagnent 8 % pour occuper 44 % de part de marché. De même, les achats dans les magasins hard discount, au détriment des hypers et supermarchés, ont pris une part sans précédent de près de 23 %.