Abonné

ETIQUETAGE ALIMENTAIRE/UE Le lobby des consommateurs réclame des contrôles efficaces des produits à base de viande

- - 5 min

Il est de la responsabilité des fabricants de produits alimentaires et il est du devoir des autorités nationales de veiller à ce que la réglementation des aliments soit respectée et que les contrôles alimentaires soient plus efficaces et plus fiables pour inciter les consommateurs à faire de nouveau confiance à l'étiquetage des viandes qu'ils consomment. C'est en substance le constat que fait le Bureau européen des unions de consommateurs (Beuc) après avoir recueilli les résultats d'une série d'enquêtes au sein des Etats membres qui montrent que les consommateurs restent toujours sur leur faim quant à la confiance à accorder à l'étiquetage des aliments à base de viande.

Acheter de la vraie bonne viande aujourd'hui relèverait-il du parcours du combattant ? En se basant sur les enquêtes dans des boucheries et des supermarchés dans sept Etats membres (1), le Bureau européen des unions de consommateurs (Beuc) est arrivé à cette conclusion alarmante : « Tous les produits à base de viande vendus dans l'Union européenne ne sont pas correctement étiquetés ou ne contiennent pas les bons ingrédients. Les étiquettes ne répondent pas toujours aux attentes des consommateurs quand elles ne les induisent pas délibérément en erreur ». Ces sept organisations membres du Beuc ont analysé une gamme d'aliments à base de viande pour, notamment, inspecter leurs étiquettes, contrôler leurs ingrédients et vérifier la présence d'additifs alimentaires non déclarés ou illégaux. Les résultats ont révélé des cas fréquents de confusion dans les dénominations sur les étiquettes, ce qui permet aux commerçants indélicats de vendre aux consommateurs des produits de moins bonne qualité qu'annoncé. C'est le cas en Belgique, par exemple, avec le « filet américain préparé » (viande hachée préparée, ndlr), qui doit normalement contenir au moins 70 % de viande de bœuf, mais cette obligation est souvent contournée. L'étiquetant « américain préparé » ou « américain préparé du chef », certains commer-çants vendent un produit où la proportion de viande de porc a été joyeusement augmentée, laquelle est beaucoup moins chère bien sûr que la viande de bœuf. Le lobby des associations de consommateurs déplore aussi que le pourcentage de viande contenue dans les préparations, comme les brochettes, ne soit pas toujours indiqué ou qu'il soit indiqué d'une manière incorrecte. L'eau ajoutée à la préparation au delà des 5% réglementaires n'est également pas toujours spécifiée. Les problèmes d'étiquetage trompent également le consommateur sur la qualité de la viande. Ainsi le consommateur peut manger sans le savoir de la viande séparée mécaniquement de la carcasse d'un animal (2) et donc de moins bonne qualité ou encore, par exemple des kebabs où la viande de veau a été remplacée sans complexe par de la viande de poulet ou de dinde.

EXIGENCES DU BEUC

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

étiquetage des aliments
Suivi
Suivre

« Actuellement c'est tellement facile de frauder, alors pourquoi se gêner ? », s'est offusquée la patronne du Beuc. Selon elle, les consommateurs doivent pouvoir décider lors de leurs achats sur base d'étiquettes honnêtes, justes et complètes. « Ce n'est pas parce qu'un produit n'est pas cher que l'étiquette doit être trompeuse. Le consommateur paie pour de la viande, pas pour de l'eau ». Elle estime que les Etats membres « se doivent de mettre en œuvre les règles qui ont été édictées en matière alimentaire et procéder à des contrôles plus fréquents, efficaces et fiables auprès des fabricants pour s'assurer qu'ils respectent la législation européenne, notamment sur la présence d'eau ou d'additifs mais aussi pour vérifier que les étiquettes des produits sont complètes et précises ». Mais, « c'est aussi à la Commission européenne d'établir un cadre et travailler avec les autorités pour renforcer les contrôles ». Monique Goyens considère que l'exécutif européen devrait aussi clarifier les définitions légales des produits ou préparations à base de viande pour mettre fin aux pratiques peu scrupuleuses de l'industrie. De nouvelles propositions législatives sur les nitrates dans l'alimentation sont attendues dans le courant de l'année 2016. Aux yeux du porte-voix des associations de consommateurs, « la lutte contre la fraude alimentaire doit rester l'une des priorités de l'UE et les États membres », estimant que « le scandale de la viande de cheval n'était pas un incident isolé ». Le Beuc estime que la proposition de règlement sur les contrôles officiels et les autres activités servant à assurer le respect de la législation sur les denrées alimentaires », actuellement en discussion au sein du Conseil des ministres et du Parlement européen, « doit fournir un cadre juridique efficace pour mieux détecter, dissuader et réprimer les fraudes ». Pour faire entendre sa voix et promouvoir sa campagne pour « une viande dans laquelle on peut avoir confiance », le Beuc a par ailleurs lancé un hashtag sur les réseaux sociaux: #honestmeatlabels

(1) Tests menés entre avril 2014 et août 2015 par des associations membres du Beuc dans sept pays européens (Belgique, Espagne, Italie, Pays-Bas, Portugal, République tchèque et Royaume-Uni). (2) Produits obtenus par l'enlèvement, à l'aide de moyens mécaniques, de la viande des os ou des carcasses d'un animal. Obtenus après désossage, ces produits peuvent contenir des résidus d'os, de cartilages ou de moelle, contrairement aux viandes hachées.