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Production ovine Le loup revient sur le devant de la scène

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Le loup a fait parler de lui cet été. Au printemps déjà, « la bête des Vosges » faisait des dégâts sur plusieurs agneaux et un poulain. En juin, le loup réapparaît dans le Doubs après un siècle de disparition et tue une quinzaine de brebis. La Fédération nationale ovine (FNO) et la FNSEA se mobilisent le 25 juillet et interpellent les pouvoirs publics afin de réguler les populations de ce prédateur. Nathalie Kosciusko-Morizet envisage une révision du protocole « loup », deux jours plus tard. Les 3 et 13 août, dans le sud de la France, deux loups mâles sont abattus à la suite d'arrêtés préfectoraux autorisant les tirs de prélèvement.

Le 3 août et le 13 août, deux jeunes loups mâles sont abattus, l'un dans le Vercors et l'autre dans le massif du Dévoluy, portant à 8 le nombre de loups « officiellement » détruits en France depuis 2004. De quoi calmer les tensions entre le gouvernement et les éleveurs ovins lesquelles n'ont fait que croître ces derniers mois avec des attaques à répétition. Dans le Doubs, il a même fait sa réapparition après un siècle d'absence. Le 25 juillet, la FNSEA et la Fédération nationale ovine (FNO) remontent au créneau. Dans un communiqué de presse commun, ils demandent que Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l'Ecologie, « mette en place des mesures concrètes de régulation du loup qui garantiront le maintien de l'activité pastorale sur l'ensemble du territoire et son exercice de façon pérenne ». Depuis décembre 2010, les deux syndicats refusent de siéger au groupe national loup et ours. Les Jeunes agriculteurs, eux, sont toujours présents, privilégiant le dialogue, comme l'a clairement revendiqué Jean Michel Schaeffer, leur président lors du congrès de la FNO en avril. « Malgré les efforts entrepris par les éleveurs d’ovins pour mettre en place les moyens de protection (85% en sont équipés), rien n'y fait, les attaques de loups se multiplient. Le loup n'a plus peur de rien. Il s'approche un peu plus chaque jour des zones habitées, colonise de nouveaux territoires, en toute impunité. La population de loups croît de façon anarchique et les protocoles technocratiques destinés à le réguler sont totalement inefficaces. Où allons-nous ? », souligne le communiqué de la FNO et de la FNSEA.

2 115 victimes du loup au 25 juillet 2011
Selon les chiffres du ministère, « au 25 juillet 2011, on dénombrait 583 attaques et 2 115 victimes, soit une augmentation d'environ 25 % des attaques et de 18 % des victimes par rapport à 2010 ». Près de 190 loups seraient présents en France (10 fois moins que le nombre de loups abattus annuellement au début du XIXe siècle, un peu moins que le double du nombre de loups abattus dans le Limousin entre 1785 et 1789), avec une hausse de la population de 15% entre 2010 et 2011. Une population de loups « extrêmement élevée », selon Serge Préveraud, président de la FNO. Difficile cependant d'estimer exactement la population de Canis lupus sur le territoire reconnaissent les professionnels de la faune sauvage. De même, les éleveurs revendiquent souvent un nouveau comportement de l'animal avec des attaques de jour. Un comportement pas si nouveau, en réalité, si l'on s'en tient au texte historique précédant la disparition totale du loup en France (L'homme contre le loup de Jean-Marc Moriceau). Le loup n'a fait son grand retour en France qu'en 1992, dans le Mercantour, 62 ans après son extinction. Des légendes courent aussi chez les éleveurs : « des loups auraient été lâchés volontairement » alors qu'il s'agit d'une repopulation naturelle d'individus originaires d'Italie et migrant vers la France.

Réajuster le protocole « loup »
Le 27 juillet, Nathalie Kosciusko-Morizet organise une réunion avec des élus des Alpes-de-Haute-Provence et des éleveurs, après une série d'attaques dans la vallée de l'Ubaye. « Il a été décidé de proposer au prochain groupe national loup d'ajuster le protocole à la réalité de l'expansion de la population de loups en étudiant la possibilité d'une territorialisation de la mise en œuvre des tirs de défense », annonce un communiqué du jour même. Dans ce cas, les éleveurs situés dans une zone prédéfinie pourraient directement « défendre leur troupeau » sans procédure administrative et donc abattre directement l'animal. Dans les faits, les éleveurs ne sont pas chasseurs de loup et leurs journées sont déjà bien remplies. Il s'agira donc d'embaucher un professionnel. Mais qui, comment, avec quel argent ? Par ailleurs, le ministère annonce que « le nombre de prélèvements maximum fixé à 6 loups sur la période 2010/2011 pourra être revu chaque année en fonction de la population estimée, du rythme de son accroissement et des dégâts occasionnés ». Le 9 mai 2011, un arrêté avait déjà élargi les possibilités de mise en place de tirs de prélèvement (abattage de l'animal) par les préfets. Et deux ans auparavant, un arrêté du 27 mai 2009 avait déjà retiré le loup des « espèces de vertébrés protégées, menacées d'extinction en France ». Cela dit, l'animal reste protégé par la convention de Berne, ratifiée par la France en 1989.

« Une situation dramatique » pour la FNO
Le 2 août, Nathalie Kosciusko-Morizet rencontre la FNSEA et la FNO. « Nous attendons de l'Etat qu'il donne un signe fort pour une gestion des populations de loups », s'est exclamé Serge Preveraud, président de la FNO. « Nous avons démontré que la situation était dramatique par rapport au loup, vu l'augmentation du nombre d'attaques », explique-t-il. Il demande « le respect des éleveurs » et la mise en place de textes de loi validés par le conseil d'Etat et donc inattaquables par des associations de défense de l'environnement. La population française de loups doit être régulée, « convention de Berne ou pas », insiste-t-il. Le Chasseur Français surfe sur le sujet et titre d'ailleurs sa revue d'août : « Le loup en France, laissez-nous le gérez ! ». Face aux difficultés que rencontrent les éleveurs d'ovins, « le mépris qui leur est opposé n'est plus supportable », fait observer Serge Preveraud. D'autres réunions entre les syndicats et le ministère doivent avoir lieu en septembre. Dans d'autres pays européens, la présence et les attaques du loup ne provoquent pas autant de réactions. En France, le loup cristallise toujours bon nombre des tensions au sein de l'élevage, comme l'indique clairement un document de la FNO daté d'avril 2010 mettant sur le dos du loup stress, surcharge de travail, mal-être de la profession, cessations d'activité…

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