La Commission du génie biomoléculaire s’est prononcée en octobre dernier contre le maïs MON 683, qui vient de recevoir un avis favorable de l’Autorité européenne de sécurité des aliments. Les rats ayant consommé ce maïs pendant 90 jours présentaient des anomalies qui ont troublé les scientifiques. L’avis était resté secret jusqu’à ce qu’il soit révélé par le Crii-gen, présidé par Corinne Lepage. Reste que l’Afssa avait émis un avis favorable. Serge Lepeltier, nouveau ministre de l’Écologie, plaide en faveur d’un " ".
Le mais MON 863, qui vient de recevoir un avis positif d’un comité d’experts européens, pourrait être toxique pour les rats. C’est Le Monde qui a révélé l’affaire dans son édition datée du 23 avril. La Commission du génie biomoléculaire (CGB), un comité d’experts français, a donné en octobre dernier un avis dévaforable à la mise sur le marché du maïs MON 863 de Monsanto. Ce maïs conçu pour résister à un puissant ravageur, la chrysomèle du maïs, est modifié génétiquement pour produire son propre insecticide. C’est le même mécanisme en jeu pour le maïs Bt, conçu pour résister aux pyrales et aux sésamies. Ces plantes contenant un insecticide, il peut sembler logique de les tester sur les animaux avant de les commercialiser. Or, jusqu’il y a peu, ce n’était pas le cas. Le toxicologue Gilles-Éric Séralini, membre de la CGB, a longtemps protesté pour que la commission dispose de tests sur les rats avant de se prononcer. Il a finalement obtenu gain de cause et, depuis l’année dernière, les entreprises demandant l’agrément d’OGM doivent les donner à manger à des rats pendant 90 jours et comparer leur état de santé avec un groupe témoin. Or, remarque M. Séralini, " tous les rats nourris avec des OGM ont connu des modifications biologiques".
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Corinne Lepage dénonce "une opacité scandaleuse"
Les modifications étaient particulièrement criantes pour le MON 863 : "augmentation significative des globules blancs et des lymphocytes chez les mâles", "baisse des réticulocytes" (les jeunes globules rouges) chez les femelles, "augmentation significative de la glycémie chez les femelles" pour ne citer que ces anomalies. Les résultats ont troublé la CGB qui n’a pas été "en mesure de conclure à l’absence de risque pour la santé animale". Cet avis exceptionnel pour une commission généralement favorable aux OGM est toujours resté secret jusqu’à ce que le Crii-Gen (Comité de recherche et d’informations indépendantes sur le génie génétique) obtienne par voie judiciaire les procès verbaux de la Commission du génie biomoléculaire. " Cette opacité est scandaleuse! On est dans l’application du principe de non-précaution", s’est indignée Corinne Lepage, présidente du Crii-Gen et ancienne ministre de l’Environnement dans le gouvernement Juppé. Reste que la dangerosité du MON 863 ne fait pas l’unanimité chez les scientifiques. L’Agence française de sécurité sanitaire des aliments lui a donné un avis favorable, de même que le comité scientifique européen Aesa (Autorité européenne de sécurité des aliments) le 19 avril dernier. « Je n'ai aucun clignotant qui m'amène à dire qu'il y a danger avec cet OGM pour l'alimentation humaine», a expliqué le toxicologue de l'Afssa Joël Guillemain. Il estime que les différences relevées sont « trop dispersées» pour avoir une signification et qu'elles se situent en outre « dans la fourchette des variations physiologiques naturelles» chez le rat. Face à ces contradictions entre scientifiques, le ministre de l’Environnement Serge Lepeltier s’est prononcé en faveur d’un " grand débat public sur les OGM". Estimant avoir le temps, le ministre a estimé qu’il n’était " pas question d'autoriser dans les jours ou les semaines qui viennent quoi que ce soit".