Interbev a du mal à trouver des consensus sur certains sujets, comme le montre un rapport du Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER), au point de mettre en péril la pérennité de la filière. Stéphane Le Foll en a d’ailleurs fait les frais depuis 2015, en enchaînant les réunions avec les membres de la filière viande bovine.
Délai de maturation des viandes, étalement des coûts de production, développement de la contractualisation, différenciation du produit viande issu du secteur laitier par rapport au secteur allaitant, tels sont les sujets sur lequel les membres d’Interbev seraient incapables de se mettre d’accord. Le Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER) a examiné dans plusieurs rapports, publié le 25 avril, le fonctionnement des interprofessions notamment Interbev. Il alerte justement sur l’incapacité d’Interbev à trouver l’unanimité sur des sujets « vitaux pour la filière ». « Le traitement des sujets les plus importants tenant à la structuration de la filière bovine, ou à la contractualisation, demeure empêché ou bloqué, conduisant à une vision très pessimiste de l’avenir des viandes rouges de gros bovins », soulignent les rapporteurs. Ils prennent notamment pour exemple la valorisation de la viande issue du troupeau allaitant par rapport à celle issu du troupeau laitier, autrement dit la segmentation des viandes. L’idée est bien de « rompre avec la coexistence sur un même marché d’un produit et d’un sous-produit » du lait.
Encore et toujours la segmentation des viandes
Le secteur laitier fournit près de 40 % des viandes de gros bovins sans réel coût de production, quand l’élevage allaitant présente un coût de production de l’ordre de 2 à 6 € du kg vif, un coût qui ne peut pas être compensé que par le prix de vente. D’après les rapporteurs, « ce sujet est manifestement d’un traitement insurmontable […], certaines entreprises en bénéficiant à plein et les producteurs laitiers n’étant ni très pressés, ni très préoccupés par ce sujet ». Non traitée, cette question « essentielle » de la segmentation des viandes consiste en une « menace jour après jour de l’élevage viande spécialisé ». Pour autant, tout n’est pas noir à Interbev puisque l’interprofession « conserve une capacité à identifier les problèmes » et « à prendre un élan pour les résoudre ». Le CGAAER estime également que « l’interprofession ne constitue ni pour la filière, ni pour les pouvoirs publics, une solution au traitement de toutes les difficultés, tout particulièrement les plus importantes ». Une information non anodine puisque durant, les dernières années du mandat de Stéphane Le Foll, les réunions avec les membres d’Interbev pour tenter de résoudre des conflits, orchestrées par le ministre lui-même, se sont enchaînées. « Le ministre ne peut pas tout », s’exclamait ainsi régulièrement Stéphane Le Foll, à leur sortie.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Intégration, structuration et crises à venir
Dans la même optique, Stéphane Le Foll avait créé la plateforme SAS France Viande Export à l’automne 2015, comprenant l’importance stratégique de l’exportation pour améliorer l’équilibre matière des carcasses. Pourtant au sein d’Interbev, une commission export existait déjà, une commission qualifiée de « désabusée » par le CGAAER. « La commission export est indispensable mais “étourdie” par la multiplication des intervenants d’une sphère publique qui semble aux opérateurs : multiforme, parfois désordonnée et qui développe des collectifs au sein de directions d’administration très dominées par leurs prérogatives », expliquent les rapporteurs. France Viande Export a également connu des déboires depuis sa création et a été marquée par l’arrivée d’un nouveau président, Marc Feuntun de la SVA Jean Rozé, en février après le départ de Dominique Guineheux de l’entreprise Bigard. « Les crises, l’intégration et la restructuration demeurent donc les éléments de réorganisations les plus probables et les plus puissants » dans la filière viande bovine « si le collectif interprofessionnel ne se remet pas activement en marche sur les sujets les plus vertueux en matière de chaîne de valeur et de son partage », a diagnostiqué le CGAAER en fin de rapport.