Dans la petite couronne parisienne, la commune de Romainville a lancé un appel d'offre pour la construction d'une tour maraîchère de plusieurs étages. Selon la société de conseil spécialisée dans les projets d'agriculture urbaine Urbagri, collectivités, promoteurs immobiliers et bailleurs sociaux s'intéressent de plus en plus à l'intégration de surfaces de maraîchage dans leurs projets immobiliers, au sol mais aussi sur les toits.
Le 20 mai, l'Office public de l'habitat (OPH) de Romainville a lancé un appel d'offre pour la construction d'une tour maraîchère de plusieurs étages. Cette commune de 26 000 habitants, située à trois kilomètres de Paris, veut se doter d'un équipement, unique en France, de 1500 mètres carrés de production maraîchère en pleine ville, pour un investissement estimé à 3 millions d'euros. « Ce ne sera pas forcément une tour, cela peut-être une pyramide », précise Camille Kervran, directrice de cabinet à la mairie de Romainville. L'investissement serait porté par des collectivités locales mais aussi, espèrent les élus, par l'Agence nationale de rénovation urbaine (Anru), qui a financé la rénovation du quartier dans lequel se situe le projet. Si elle voit le jour – les porteurs de projets espèrent que la tour sera construite en 2016 – il s'agirait du premier projet de « ferme verticale » en France. Les élus ont demandé que le maraîchage soit conduit dans un système de cultures en bacs, et non en hydroponie, pour des questions « d'acceptabilité ».
80 hectares de toits compatibles à Paris
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Romainville n'est pas seule à penser à la réintroduction de surfaces maraîchères en pleine ville. « Toutes les collectivités, les bailleurs sociaux et les promoteurs immobiliers s'y intéressent », assure Virginie Dulucq. Lors des élections municipales 2014 pour la mairie de Paris, la candidate PS et future maire de Paris, Anne Hidalgo a proposé de « végétaliser » 100 hectares de toits et façades urbains, dont un tiers serait consacré à la culture de fruits et légumes. La candidate UMP, Nathalie Kosciusko-Morizet, projetait quant à elle de constuire à Bercy-Charenton, un projet similaire à celui de Romainville mais sur près de 30 000 mètres carrés. A Paris, l'Atelier parisien d'urbanisme (Apur) a estimé en 2004 à 80 hectares la surface de toits disponibles pour des projets de végétalisation, sur la base de photographies aériennes. Mais le passage de la théorie à la pratique n'est pas toujours facile. À Romainville, les élus ont tout d'abord pensé à investir les toits de leurs immeubles. « Mais les structures des années 70 n'étaient pas assez solides pour soutenir des serres, et on venait de les réhabiliter. Cela aurait nécessité des travaux. Il y avait un problème d'acceptabilité sociale », retrace Camille Kervran, directrice de cabinet à la mairie de Romainville. Les différentes études de faisabilité commanditées par la municipalité l'ont réorientée vers la construction au sol d'une tour maraîchère, et l'exploitation en pleine terre et au sol de 1 500 mètres carrés supplémentaires. Romainville a aussi demandé aux entreprises de bâtiments d'imaginer pour leurs futurs projets des toits compatibles avec la présence d'une exploitation maraîchère. Dans le sud-est de la France, assure Urbagri, un promoteur immobilier travaille déjà sur un projet d'habitats, de bureaux et d'équipements publics, intégrant une exploitation maraîchère professionnelle. Le projet doit également sortir de terre en 2016.