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Le marché des engrais a connu « un atterrissage en douceur »

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Dans un contexte de crise agricole, le marché des engrais a connu en 2016-2017 « un atterrissage en douceur », a indiqué le 24 octobre l’Unifa (industriels), soulignant une relative stabilité des livraisons.

« Les livraisons de phosphore et potassium affichent -10 % (sur toute la campagne par rapport à la moyenne triennale) alors qu’on attendait -30 % » au vu des trois premiers mois, a déclaré la déléguée générale de l’Unifa, Florence Nys. De « fortes craintes » existaient quant au « désinvestissement des agriculteurs » face à la crise, selon elle. Moins sensible à la conjoncture économique, l’azote ressort à +2 %. Le marché des engrais et amendements minéraux basiques totalise au final 11,1 Mt livrées en 2016-2017 (-5 % sur un an). « Vu le contexte très anxiogène de l’an dernier » – les récoltes 2016 ont été catastrophiques – « c’est un atterrissage plutôt en douceur », a-t-elle insisté.

Des impasses risquées

Et le président Thierry Loyer de noter qu’« il n’y a pas eu de rupture » côté engrais de fond : « Depuis plusieurs années, les apports de phosphore et potassium sont inférieurs aux besoins dans le sol ». Un « déstockage » qui présente un risque en termes de fertilité, selon lui. L’Unifa affirme vouloir faire passer le message aux agriculteurs et distributeurs. « Les impasses en phosphore et potassium sont souvent dictées par un impératif économique », a reconnu le vice-président Henri Boyer. Pour lui, les producteurs ont beau être « conscients de l’effet des impasses répétées », mieux vaut tout de même les « sensibiliser à ces produits nécessaires pour la plante ».

Si les livraisons d’engrais apparaissent stables en 2016-2017, à 8,9 Mt (-1 % sur un an), les amendements minéraux basiques plongent à 2,2 Mt (-17 %). « Les amendements (calcaire, chaux vive) sont victimes du désinvestissement massif des agriculteurs en période de crise », a expliqué l’Unifa. La conséquence n’est pas immédiate pour l’agriculteur. Mais de telles impasses constituent « une prise de risque », selon Florence Nys : « Si la pratique est continue, il y a péril sur le plan de la gestion du sol ».

Une meilleure fertilisation azotée

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L’Unifa met par ailleurs en avant une récolte 2017 de blé tendre qui allie rendement et qualité. Pour le président Thierry Loyer, cela montre « un changement fondamental des pratiques » agricoles vers des apports d’engrais « en bonne quantité et au bon moment ». Le « gain de 1,5 point en taux de protéines du blé », observé cette année par rapport à 2015, traduit « une rupture sur la technique d’utilisation et la mise en œuvre de l’azote », a-t-il considéré. Cela tient notamment aux apports d’engrais en fin de cycle de végétation, d’après lui. Des « outils de calcul » et autres « moyens pour connaître les besoins de la plante » permettent à l’agriculteur d’apporter la juste dose. « Le nombre d’utilisateurs de ces techniques augmente », a-t-il estimé.

Les industriels s’apprêtent par ailleurs à commencer les discussions avec le ministère de l’Agriculture sur la mise en place du 7e Plan nitrate depuis 1991, alors que la France est sortie l’an dernier d’un contentieux avec Bruxelles sur le sujet. « En modifiant les pratiques, les agriculteurs sont arrivés aux objectifs fixés par Bruxelles », d’après Florence Nys. Pour 2017, il devrait y avoir un « effet de pause », avec « maintien de l’objectif ».

Au sujet du Plan national de réduction des émissions de polluants atmosphériques (Prépa), l’Unifa affirme n’avoir « pas de contacts récents » avec les pouvoirs publics. Un arrêté du 10 mai conditionne l’utilisation de l’urée au respect de bonnes pratiques pour limiter sa volatilisation. Au grand soulagement de la profession agricole, qui redoutait une interdiction. Les industriels disent plancher sur des scénarios pour « vérifier si l’infléchissement de certaines pratiques correspond à l’objectif visé ».

Aucune « rupture » concernant les livraisons d’engrais de fond, selon l’Unifa