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Le marché du blé dans une ambiance « maussade »

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FranceAgriMer a décrit, le 9 novembre aux JTIC (Journées techniques de la meunerie), un marché du blé tendre plongé dans une ambiance « maussade ». Si la production française s’est redressée en volume et en qualité, les prix ne sont pas au rendez-vous. La concurrence fait rage à l’international.

« L’humeur est plutôt maussade » sur le marché du blé, a souligné Olivia Le Lamer, adjointe au chef de l’unité grains et sucre, lors d’un colloque à Paris. Pourtant, la production française est restaurée, après une année catastrophique. Ses 37,9 Mt la situent au troisième rang dans l’histoire. La qualité apparaît satisfaisante. Mais l’export vers les pays tiers est chiffré par FranceAgriMer à 10,2 Mt sur 2017-2018. Une perspective qui n’est « pas à la hauteur de la qualité intrinsèque de la récolte », selon elle.

La morosité des prix mondiaux

Le contexte international se caractérise par une abondance de blé tendre. Avec 751 Mt, la production est à peine inférieure au pic de l’an dernier. Cela entraîne une disponibilité record (stock de départ inclus), qui avoisine le milliard de tonnes, d’après ses chiffres de FranceAgriMer. Résultat, les prix sont le plus souvent au-dessous des 200 dollars la tonne depuis plus de trois ans. Et toutes les origines se tiennent dans un mouchoir : « la concurrence est exacerbée ». La situation est alors difficile pour les producteurs. « Partout dans le monde, les céréaliers se plaignent de prix inférieurs aux coûts de production », a noté Olivia Le Lamer.

Certains compétiteurs mettent davantage la pression sur le marché. Il y a notamment l’Argentine, depuis quelques années. Mais surtout les pays de la mer Noire. La Russie se distingue tout particulièrement, avec une récolte 2017 supérieure à 80 Mt de blé, niveau inédit, tout comme pour ses exportations, chiffrées entre 32 et 33 Mt sur 2017-2018.

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L’absence d’« accident » en mer Noire

Contrairement au passé récent, le bassin de la mer Noire ne rencontre plus de gros aléas climatiques, synonyme d’accidents de productions. « Ces accidents, sur lesquels on comptait pour se refaire une fois de temps en temps, on ne les a pas vus depuis plusieurs campagnes », indique Olivia Le Lamer. Dans le même temps, la qualité, la logistique de l’origine mer Noire s’améliore.

Tandis que la Russie et l’Ukraine montent en puissance sur le marché international, les États-Unis et la France soit se maintiennent, soit se tassent un peu en termes d’exportation de blé. Cela n’est pas lié à la demande, qui ne cesse de croître : elle affiche +30 Mt en trois ou quatre campagnes, à quelque 180 Mt de blé échangées, selon FranceAgriMer. Mais les difficultés rencontrées sur l’Egypte, premier importateur mondial, contribuent à l’« humeur un peu sombre des exportateurs aujourd’hui », a estimé Olivia Le Lamer. En début de campagne, l’office public égyptien Gasc a en effet relevé ses exigences en taux de protéines à 12,5 % pour la Russie et l’Ukraine, 11,5 % pour la France. « La Russie aura moins de mal à satisfaire ces nouvelles exigences », d’après elle. Les importateurs égyptiens ont aussi semé le trouble avec un contentieux sur la présence de graines de coquelicot dans les cargaisons.

« Partout dans le monde, les céréaliers se plaignent de prix inférieurs aux coûts de production »