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TENDANCE/SANS-GLUTEN Le marché du sans-gluten affiche 20 à 30 % de croissance par an

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Le marché agroalimentaire du sans-gluten enregistre une croissance à deux chiffres depuis cinq ans au niveau mondial. Lors du Carrefour des fournisseurs agroalimentaires (CFIA) à Rennes, Sophie de Raynal, directrice de Nutrimarketing, a mis l'accent sur les relais de croissance possible.

Dans un marché agroalimentaire mondial des produits contre les intolérances alimentaires estimé à 5,65 Mrd€ en 2012, la place du sans-gluten devrait prendre de l'ampleur dans les années à venir. « On estime le marché du sans-gluten à 6,45 Mrd€ de chiffre d'affaires sur le plan mondial d'ici 2019 », indique Sophie de Raynal, directrice marketing de Nutrimarketing, agence de veille de tendances agroalimentaires lors du salon international des fournisseurs de l'agroalimentaire (CFIA) à Rennes, début mars. Affichant une croissance de 20 à 30 % par an, ce marché constitue un réel relais de croissance pour les industriels de l'agroalimentaire.

1 % DE LA POPULATION RÉELLEMENT ALLERGIQUE

« 70 % des produits agroalimentaires contiennent du gluten », remarque Sophie de Raynal. « Or, il s'agit d'un allergène majeur avec le lactose ». Cette fraction protéique présente dans les produits de blé est un élément texturant en boulangerie. « C'est le ciment de la baguette », complète l'experte. La tendance du sans-gluten est aujourd'hui très présente, notamment aux Etats-Unis, premier marché mondial. « En France, nous sommes très en retard », assure-t-elle. La raison de cette tendance grandissante ? Un confort digestif, une meilleure santé, de meilleures performances sportives ou même une perte de poids à en croire certains. « 6,6 millions d'êtres humains dans le monde souffrent d'intolérance au gluten. 1 % seulement seraient totalement allergiques », complète Sophie de Raynal. « Mais il y a un vrai fossé entre les réels allergiques et les intolérants. 30 % des Européens se croient allergiques alors qu'en fait ils ne sont que 2 % des adultes et 3 à 7 % des enfants. Les intolérants, eux, représentent 8 à 12 % du marché ». Le consommateur, s'il se considère intolérant, ressent les bienfaits d'une alimentation sans gluten. Effet placebo ? « Ce n'est pas prouvé scientifiquement », assure Sophie de Raynal.

PAINS, CÉRÉALES, SOUPES, PÂTES, PIZZA...

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Aujourd'hui en France, il est difficile d'estimer le marché du sans-gluten. De 60 M€ à 215 M€ selon les études. Mais une chose est sûre, la tendance devrait se poursuivre et la croissance est forte. « Et si le marché occupe 1 à 3 % seulement des 185 Mrd€ de chiffre d'affaires de l'agroalimentaire français, alors ce n'est pas négligeable », assure Sophie de Raynal à l'intention des industriels qui voudraient s'immiscer dans la brèche. Les pains sans gluten existent depuis plus de 20 ans. En 2014, 24 000 nouveaux produits agroalimentaires sans gluten ont fait leur apparition dans les rayons, contre 13 000 en 2012. Céréales, légumineuses, soupes, barres de céréales, biscuits, pâtes, pizzas, snack, produits traiteurs, plats cuisinés, pâtisseries, bières et même petfood ou cosmétique ! Hôtels, restaurants et pâtisseries entièrement sans gluten débarquent aux Etats-Unis. Le marché à destination de la RHD a d'ailleurs représenté 917 M€ en 2014 dans le pays, en croissance de 34 %. Si l'offre explose, c'est qu'elle répond à une volonté des consommateurs. « Après les flexitariens, ceux qui essaient de réduire leur consommation de viande sans pour autant prétendre être végétarien, il y a ceux qui réduisent leur apport global en gluten pour se sentir mieux », remarque Sophie de Raynal.

INVESTIR DANS UNE UNITÉ DÉDIÉE

Mais une problématique subsiste : la capacité d'investir dans ce marché. D'abord, parce que le sans-gluten manque de naturalité. « Il faut 13 ingrédients différents pour faire du pain sans gluten quand une baguette traditionnelle ne nécessite que 4 ingrédients », insiste Sophie de Raynal. Ensuite, si on veut répondre à ce marché d'un point de vue réglementaire, il faut à tout prix éviter la contamination croisée et donc dédier une unité de production au sans-gluten. « Pour les intolérants, le seuil est au-dessous de 20 mg/kg. Pour les allergiques, c'est zéro gluten », indique Sophie de Raynal. Au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis, les industriels ont déjà compris le problème et investissent dans la construction d'unités dédiées à la fabrication sans gluten.