Le 12 janvier, Stéphane Le Foll a annoncé par voie de communiqué la reprise des échanges de veaux nourrissons, issus de la zone réglementée, avec l’Espagne. Arrêté depuis le 31 décembre, le protocole d’accord n’avait pas été renouvelé, entraînant une chute drastique des cours sur le marché français. Le veau laitier ou croisé n’avait effectivement plus de débouché, au désespoir des éleveurs français.
Même à 5€, le veau laitier nourrisson ne se vendait plus. Le marché du petit veau, laitier et/ou croisé, était bloqué depuis le 31 décembre à la suite du non-renouvellement d’un protocole d’accord avec l’Espagne, mis en place à la suite de la découverte des foyers de fièvre catarrhale ovine (FCO) en France. Or, selon l’Institut de l’élevage, « l’Espagne est notre principal client de veaux nourrissons, achetant plus de 90 % des veaux exportés par la France en 2014 ». Pour Yannick Fialip, responsable section laitière de la FRSEA Massif central, « un tiers des veaux naissant de races laitières ou croisés partent vers l’Espagne, qui reste le principal débouché ». Le marché espagnol absorbe 7 000 à 10 000 veaux par mois et, dans certains départements, « jusqu’à 1 000 veaux par mois », selon un communiqué de la FRSEA Massif Central, des Jeunes Agriculteurs de l’Auvergne et du Limousin et de la Conférence des présidents des organisations agricoles du Massif central (Copamac). « Sur les marchés aux bestiaux du début d’année, près de 30 % des petits veaux présentés n’ont pas trouvé preneurs, sans compter ceux restés en ferme, entraînant l’effondrement des cours », annonçait L’exploitant agricole de Saône-et-Loire le 8 janvier, à la suite du marché de Bourg-en-Bresse.
Une peine supplémentaire pour les éleveurs
« On ne peut pas dire que l’Espagne est complètement bloquée », estime Hugues Beyler, directeur de la Fédération des commerçants en bestiaux, le 11 janvier. Il évoque le transit d’animaux de zones indemnes vers l’Espagne. Les engraisseurs de zones indemnes achetant les veaux de zone réglementée, à bas prix. « Le marché se fait tout seul », analyse Hugues Beyler, très inquiet cependant pour les élevages laitiers de la zone réglementée. Les éleveurs de cette zone se retrouvent effectivement avec des veaux sur les bras et n’ont pas la place de les loger. « Il y a un risque sanitaire également », rappelle Jean-Claude Croze, directeur de la FDSEA de Savoie, sans parler du coût supplémentaire que cela représente pour des élevages déjà en peine avec la crise. Des manifestations d’éleveurs ont donc eu lieu en Savoie et en Lozère, le 12 janvier. « Il s’agit de mettre la pression sur les préfets », annonçait Jean-Claude Croze, la veille. Cette chute des cours, « c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Les éleveurs ne savent plus quoi faire de leurs veaux, d’autant qu’ils ont perdu la moitié de leur valeur. Certains sont devenus invendables », déplorait Yannick Fialip, le 12 janvier. « On ne fait pas naître des petits veaux pour qu’ils soient voués à l’euthanasie, à la mort. Cela remet en cause notre métier », renchérissait Anthony Fayolle, président des Jeunes agriculteurs de la Haute-Loire.
La période d’inactivité vectorielle enfin déclarée
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La Fédération des commerçants en bestiaux a pris aussi le dossier en main à l’aide d’un communiqué du 8 janvier, exigeant d’être reçue par le ministère. Le ministre de l’Agriculture a entendu la profession puisque 12 janvier, il annonçait la prolongation de l’accord avec l’Espagne : « Dans le cadre des négociations ininterrompues entre l’Espagne et la France, les autorités espagnoles ont accepté que les veaux ayant fait l’objet, 14 jours après le début de la période d’inactivité vectorielle, d’analyses démontrant qu’ils n’étaient pas touchés par la FCO (résultat d’analyse PCR négatif) puissent entrer sur leur territoire ». Il annonçait également le début de la période d’inactivité vectorielle, effective depuis le 5 janvier sauf dans l’Aude. L’activité du moucheron vecteur de la FCO serait donc fortement réduite en raison du froid. À noter cependant que l’Anses (Agence de sécurité sanitaire), dans un avis rendu le 22 décembre, considérait qu’une température inférieure à 10°C était nécessaire pour une réduction de l’activité du vecteur. Or, une note de conjoncture d’Agreste, en date du 5 janvier, constatait que « la température nationale moyenne du mois » de décembre était de 9,8 °C, « soit 3,8°C au-dessus de la normale saisonnière » et que « la dernière décade a été la plus douce avec une température moyenne de 10,2°C ».
Vers une vaccination non obligatoire
Si les températures froides n’ont pas marqué le mois de décembre, elles devraient arriver incessamment et diminuer l’activité du vecteur. Cependant, elles ne dureront pas éternellement. Aussi le 13 janvier, une réunion au ministère avec les membres de la filière a fait le point sur la situation, avant une assemblée à Interveau. Thierry Roquefeuil, président de la Fédération nationale des producteurs laitiers, s’y trouvait : « Le marché se rouvre certes mais pour une période aléatoire de… deux mois ! ». Au sujet de la vaccination, il répond : « À chacun de prendre sa responsabilité ». En effet, les éleveurs se refusent à vacciner. Non obligatoire, la vaccination est un coût supplémentaire. Si l’Anses considère qu’une vaccination obligatoire durant trois ans aurait un impact très positif sur une résurgence possible de la maladie par la suite, le gouvernement semble s’orienter plutôt vers la création d’une immunité naturelle du cheptel de ruminant français et une action de lobbying auprès de l’Organisation mondiale pour la santé animale (OIE) pour modifier le statut de la maladie. D’ici six à huit mois, il est effectivement bien possible que la zone réglementée couvre tout le territoire.