Le menu sans viande généralisé à Lyon dans le contexte du coronavirus a mis en évidence des divisions sur le sujet au sein du gouvernement et de la majorité. Alors que les producteurs dénoncent en bloc, les associations regrettent, à la suite de Barbara Pompili, un débat inutile.
Les maires écologistes sont surveillés de près. Tout comme la polémique autour du sapin bordelais, le menu végétarien lyonnais, qui aurait pu demeurer un débat local, a rapidement échauffé les esprits jusqu’à la capitale. Des ministres aux parlementaires, tout le monde a tenu à exprimer des avis tranchés sur le sujet, exposant différents courants au sein du gouvernement et de la majorité.
C’est Gérald Darmanin qui le premier a relayé l’information au sein du gouvernement, en évoquant le 20 février sur Twitter une « insulte inacceptable aux agriculteurs et aux bouchers français ». Le lendemain, Julien Denormandie a soutenu son collègue en implorant, toujours sur Twitter, de donner aux enfants « simplement ce dont ils ont besoin pour bien grandir ». Et de préciser : « La viande en fait partie. »
Les deux ministres dénonçaient une mesure annoncée le lundi précédent par la mairie de Lyon. Comme le relate l’AFP, les élus d’arrondissement ont reçu le lundi 15 février un courriel faisant le point sur les mesures sanitaires dans les écoles. L’adjointe chargée de l’Éducation, Stéphanie Léger, y annonce entre autres la mise en place d’un « menu unique sans viande pour pouvoir servir plus rapidement les élèves et fluidifier les repas ». Une mesure, rappellent plusieurs voix, qui avait déjà été mise en place par le précédent maire de la ville, Gérard Collomb, en période de déconfinement.
Réactions politiques en chaîne
Un jour après les réactions de ses collègues, Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique, a jeté un pavé dans la mare gouvernementale en regrettant « un débat préhistorique ». D’après l’AFP, elle aurait ainsi déploré, à l’occasion d’un déplacement en Charente-Maritime le 22 février, « des clichés éculés, du type " l’alimentation végétarienne serait une alimentation déséquilibrée ", alors qu’on sait que la viande peut être remplacée par du poisson, des œufs, des légumineuses qui apportent toutes les protéines nécessaires ».
Face à Yves Calvi sur RTL le lendemain, Julien Denormandie a pourtant assuré qu’il n’y avait pas de « cacophonie » au sein du gouvernement sur le sujet. Une position d’autant plus difficile à tenir que la propagation du débat dans les rangs de l’Assemblée a semblé confirmer les divisions. Car, le 22 février, Jean-Baptiste Moreau, député LREM de la Creuse, a publié un tweet vengeur s’adressant à Barbara Pompili. « Le pragmatisme comme l’amour de la science et la loyauté sont des concepts qui vous sont étrangers », a taclé le député-éleveur en soulignant que « des nutriments essentiels pour la croissance des enfants sont présents dans la viande ».
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Les proches de la ministre de la Transition écologique n’ont pas laissé faire. Hugues Renson, député LREM du 13e arrondissement de Paris et vice-président de l’Assemblée nationale, a estimé que Jean-Baptiste Moreau, actuellement porte-parole du parti présidentiel, ne pouvait « à l’évidence, plus le rester » après ces déclarations. « La viande française vaut mieux que les polémiques stériles », a répété Hugues Renson sur son compte Twitter. Une position confirmée par le parti En commun !, créé par Barbara Pompili et ce député en mai 2020. « Penser que renoncer à la viande un repas par jour c’est s’opposer à la viande de qualité de nos éleveurs relève de l’aveuglement partisan », a-t-on pu lire le 22 février sur le compte Twitter officiel de ce satellite de la majorité, qui rassemblait 55 députés au moment de sa création.
Producteurs contre militants
Le sujet a aussi à nouveau révélé les différences de points de vue profondes entre le syndicat majoritaire et les associations. « Quelle intolérance chez certains écologistes, alors que le Plan national nutrition santé insiste sur la nécessité d’un repas équilibré », a notamment dénoncé la présidente de la FNSEA Christiane Lambert sur LCI le 21 février. « Il faut d’abord se poser la question du local, plutôt que de se poser celle de viande/pas viande ! », a lancé de son côté le président des Jeunes agriculteurs Samuel Vandaele, le 22 février sur Cnews. Une ligne partagée par la CFBCT (bouchers, charcutiers, traiteurs), dont le président Jean-François Guihard a dénoncé « une insulte à l’ensemble des professionnels de la filière qui ont été mobilisés tout au long de la crise sanitaire ».
Les grandes associations les plus actives dans le secteur agricole ont en revanche toutes soutenu le maire de Lyon. Greenpeace a ainsi estimé dans un communiqué du 22 février que les ministres de l’Intérieur et de l’Agriculture ont renforcé « inutilement la polarisation du débat entre " viande " et " sans viande " ». « Un enfant peut très bien grandir sans manger de viande » , a confirmé de son côté Samuel Léré, responsable plaidoyer de la fondation Nicolas Hulot sur son compte Twitter personnel.
Alors que la loi Climat s’apprête à lancer une expérimentation d’un menu végétarien quotidien, tous les maires ne semblent cependant pas aussi convaincus que les élus lyonnais. « Il faut renoncer à cette disposition du projet de loi », a demandé Guy Geoffroy, maire de Combs-la-Ville (Seine-et-Marne), et président de l’association départementale des maires, le 18 février aux députés de la commission spéciale chargée de l’examen du projet de loi Climat et résilience. Pour l’élu, cette expérimentation proposée par le gouvernement est « contraire à toute logique », alors que l’expérimentation du repas hebdomadaire prévue par la loi Egalim n’a pas encore été évaluée.
Ce que veulent les Français
Si le débat a été vif de toute part, il a sans doute oublié les principaux concernés : les Français eux-mêmes. Or, dans un sondage publié par le Réseau Action Climat à la demande de Harris le 25 février, 80 % des Français se montreraient favorables à ce que la restauration collective dans son ensemble soit obligée de proposer des menus végétariens équilibrés. Un enthousiasme confirmé que ce soit à chaque repas (71 %) ou deux fois par semaine (71 %). Alors que le Haut Conseil pour le Climat a demandé au gouvernement de revoir les délais de sa loi Climat, les députés pourraient être encouragés par le débat, comme par les sondages, à accélérer la transition alimentaire en cours.