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Nutrition Le ministre de la Santé impose les messages nutritionnels

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Xavier Bertrand a mis les bouchées doubles pour faire jouer aux entreprises agroalimentaires le rôle qu’il souhaitait dans sa campagne contre l’obésité. A la veille du 1er mars, l’obligation d’insérer des messages sanitaires dans les publicités est devenue effective. Et le ministre de la Santé a reçu les premières promesses d’engagements nutritionnels d’une poignée d’industriels et de distributeurs. L’ANIA n’aura donc pu imposer sa préférence pour des engagements collectifs par branche, et restera «vigilante» sur les conditions d’application…

Le 28 février sont parus le décret et l’arrêté imposant des messages sanitaires dans les publicités alimentaires, une des mesures-phare de la loi de santé publique d’août 2004. Le ministre de la Santé avait précisé quelques jours plus tôt que ces textes seraient « immédiatement applicables ».

En vertu de ces textes, les publicités pour les boissons sucrées et les aliments comportant sucres, sel ou graisses doivent désormais comporter un message sensibilisant aux risques pour la santé d’une mauvaise nutrition. On connaissait « l’abus d’alcool est dangereux pour la santé », pour les boissons alcoolisées, maintenant ce sont la plupart des produits manufacturés et des boissons (sauf le thé, le lait, l’eau) dont les publicités comporteront des messages sanitaires obligatoires. Les publicités, quel que soit leur support – écrit, télévision, radio, internet – devront comporter un des quatre messages prescrits. Selon le ministère de la Santé, les chaînes de télévision se sont engagées à inclure le message sanitaire « sous forme orale et visuelle » dans les jingles d’annonce des plages publicitaires diffusées aux heures d’écoute privilégiée des jeunes enfants.

Comme prévu, les entreprises qui dérogeraient à la règle devront s’acquitter d’une taxe de 1,5% du montant de leurs investissements publicitaires dont le produit sera reversé à l’Institut national pour la prévention et l’éducation à la santé (INPES). Mais, à la veille de la parution du décret, l’Ania estimait que la majorité des industriels seraient prêts pour l’entrée en vigueur de la mesure et suivraient sa recommandation d’échapper à la taxe.

Avis divergent d’UFC-Que Choisir

De son côté, l’association de défense des consommateurs UFC-Que Choisir, a jugé que ces messages sanitaires qui vont être imposés dans les publicités alimentaires sont « une véritable galéjade », selon la formule d’Alain Bazot, son président.

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L’association a présenté les résultats d’une étude sur l’impact de ces messages sanitaires. UFC-Que Choisir a inséré un message sanitaire dans une publicité télévisée pour des céréales du petit-déjeuner. Près de la moitié (48 %) des personnes interrogées (57 % des enfants et 38 % des parents) «n’ont pas vu le message», selon cette étude. Et parmi ceux qui le voient, « une infime partie » en tire les enseignements souhaités, a expliqué Alain Bazot.

M. Bazot a également vilipendé le rôle du Bureau de vérification de la publicité, dont « l’action relève de la supercherie », a-t-il dit, relevant que 89 % des produits dont l’industrie agro-alimentaire fait la publicité sont « trop gras, trop salés ou trop sucrés ».

Le ministre de la Santé a tenté de répliquer à cette attaque en alléguant des pré-tests effectués par l’INPES montrant au contraire qu’ « entre 90 et 98 % des sondés approuvent les messages sanitaires, les jugent clairs, faciles à comprendre et faciles à retenir». Le ministre a d’ailleurs ajouté que les messages seront « régulièrement renouvelés» pour en renouveler l’impact, promettant un premier bilan dans six mois.