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Protection des abeilles Le ministre de l’Agriculture veut interdire le Cruiser OSR sur le colza

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Stéphane Le Foll a annoncé le 1er juin vouloir « retirer l’autorisation de mise sur le marché du Cruiser OSR » utilisé pour l’enrobage des semences de colza. Une déclaration qui survient après la publication d’un rapport de l’Anses mettant en évidence l’impact « néfaste » de l’insecticide sur le comportement des abeilles butineuses.
À la suite du rapport de l’Agence sanitaire pour l’alimentation et l’environnement (Anses) rendu public le 1er juin, le ministre de l’Agriculture a annoncé son intention d’interdire la mise sur le marché du Cruiser OSR, celui s’appliquant précisément (et uniquement) au colza. Une intention qu’il confirmera ou non à l’issue d’une période contradictoire de quinze jours, ouverte le 1er juin, au cours de laquelle le concepteur et fabricant de l’insecticide mis à l’index, à savoir le groupe suisse Syngenta, devra apporter le contrepoids aux arguments défendus par l’Anses. En clair, il devra démontrer que la substance incriminée ne nuit pas aux abeilles butineuses. L’agence est en effet parvenue à mettre en évidence que les abeilles qui consomment une dose sub-létale du nectar contenant la molécule thiamétoxam, utilisée en traitement de semence pour le colza (commercialisé sous le nom de Cruiser OSR), sont plus nombreuses que celles non exposées à ne pas retrouver le chemin de leur ruche, a expliqué Marc Mortureux, directeur général de l’Anses. L’avis de l’agence « apporte des éléments nouveaux et montre clairement l’effet néfaste de ce produit sur la mortalité des abeilles et je veux tenir compte de ce qui a été dit », a argumenté le ministre.
Cet avis fait suite à la saisie de l’agence, fin mars, par le précédent ministre de l’Agriculture, Bruno Le Maire, après la publication dans la revue Science d’une étude française attestant d’effets nuisibles du thiametoxam sur les abeilles.

La ceinture française et les bretelles européennes
Au regard de ces résultats, Stéphane Le Foll a annoncé ne pas vouloir s’en tenir à l’échelle du pays et prévoit d’ores et déjà de porter l’étendard anti-Cruiser OSR jusqu’à Bruxelles. L’Autorité européenne pour la sécurité alimentaire (l’Efsa) a dans ce sens été sollicitée pour vérifier aussi les effets du thiametoxam sur les abeilles. Dans l’attente de ses travaux, le ministre a déclaré « saisir sans attendre la Commission européenne de ces questions », afin qu’elle réexamine « les conditions d’approbation de la substance active pour son utilisation en traitement des semences de colza » – la mise sur le marché de l’insecticide était autorisée à l’échelle de l’Europe. Le ministre qui souhaite amener les Vingt-sept « à aussi tenir compte de cet avis », attend de la Commission « des réponses claires sur ce point, avant la campagne de semis de colzas à venir ».
« Ce qui a été apporté est nouveau. Je n’ai pas pris cette décision par simple opportunité, j’ai pris cette décision sur la base du travail qui a été mené. C’est une décision qui a été mûrement réfléchie.  Le débat européen, désormais, commence. J’entends bien le mener. Et je le crois, et je le sais, que ce qui vient d’être rendu public fera bouger les choses », a insisté Stéphane Le Foll.
Les agriculteurs seront quant eux « aidés très vite à trouver d’autres substituts », a précisé leur ministre, « il n’est pas question de les mettre en difficulté. Il existe des alternatives à l’enrobage des semences pour la protection du colza qui sont déjà largement utilisées. Si le retrait de l’autorisation est confirmé, les agriculteurs auront donc des solutions ». Ce qui signifie aussi pour Stéphane Le Foll que son intention ne remet pas en cause la possibilité de semer du colza, a-t-il précisé.

Une décision infondée selon Syngenta
Le fabriquant du Cruiser OSR, Syngenta, dénonce la décision du ministre qui « utilise comme prétexte une seule expérience non validée et très éloignée de la pratique agricole ». Il faut dire que la dose utilisée dans l’expérience menée par l’Inra est en effet très largement supérieure à celle mesurée en pratique : « L’expérimentation a conduit à une exposition à 1,34 nanogramme/abeille, alors que les observations de terrain montrent des expositions de 0,1 à 0,3 », a confirmé l’Anses qui a conclu par ailleurs sur « un manque de sensibilité du cadre réglementaire » tout en précisant qu’elle ne le remettait pas en cause. Pour le numéro un mondial de l’agrochimie, la décision est donc bien infondée. Et de rappeler que le Cruiser OSR « a été utilisé [durant la campagne actuelle] sur 650 000 ha, soit près d’un hectare de colza sur deux, sans incidents avérés ». « Nous sommes actuellement en contact avec les services du ministère, car nous entendons bien défendre notre produit jusqu’au bout et nous employer à défendre également ses autorisations de mise sur le marché », a confié le fabricant qui a reçu depuis l’annonce du ministre de nombreux appels de paysans inquiets. Et parmi les questions récurrentes, « nous indiquons aux agriculteurs que seul le colza est concerné et qu’il s’agit bien pour l’heure d’une intention et pas d’une décision », a précisé le groupe Syngenta.

Une étude à approfondir
Quelles que soient les observations apportées par le fabricant, l’Anses ne sera pas à nouveau sollicitée à l’issue de la période contradictoire par le ministre qui prendra sa décision seul. « Nous avons remis l’ensemble des éléments au ministre, donc nous ne prononcerons pas à nouveau sur ce sujet », a indiqué Marc Mortureux. Cependant, a-t-il poursuivi, « cette étude est un élément nouveau considéré comme important. Mais, très clairement, sur un plan scientifique, il faut répéter l’expérience avec d’autres niveaux de doses, en se rapprochant des niveaux réels que l’on constate sur les champs pour pouvoir redéfinir sur le plan réglementaire des protocoles d’étude. Ce qui signifie que si cet élément nouveau nécessite effectivement aujourd’hui d’agir, ça ne doit pas être fait, encore une fois, spécifiquement sur telle ou telle décision ponctuelle mais de façon plus globale sur l’ensemble des facteurs de risques », la mortalité des abeilles étant liée, a rappelé l’agence, à des éléments multifactoriels
Le ministre de l’Agriculture, pour qui le premier « changement » sera donc la protection des abeilles, a annoncé mener « cette bataille» avec le ministère de l’Environnement. « Je prendrai en compte les deux, a-t-il prévenu, à la fois l’intérêt des agriculteurs, mais aussi l’intérêt des apiculteurs et celui des abeilles ».

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