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Stratégie politique Le monde agricole français dans l’expectative

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Le premier candidat noir à la présidence des États-Unis, par sa jeunesse et son modernisme suscite bien des espoirs dans le monde. Mais bien malin celui qui pourrait prédire ce que ce candidat devenu président impulsera au secteur agricole. Le fameux pouvoir vert américain n’a pas été un enjeu de la campagne électorale. Et les syndicalistes agricoles français sont circonspects. Pour eux, Barack Obama ou John McCain, c’est du pareil au même. En effet, le Farm Bill de 2008, sans doute le plus protecteur des revenus des « farmers » depuis les années trente, a été voté par un Congrès à majorité démocrate.

«Barack Obama : c’est un pari vers l’avenir », lance Régis Hochart, porte-parole de la Confédération paysanne qui avoue n’avoir aucune idée précise sur les aspirations agricoles de ce candidat d’un nouveau genre. S’il était un « farmer », le choix de Régis Hochart, irait vers le candidat démocrate. « Avec Obama, c’est jouable. C’est ma seule certitude », poursuit Régis Hochart.

Candidat idéal, voire idéalisé du côté de la vieille Europe, le premier Noir à briguer la présidence des États-Unis, suscite bien des espoirs après le contesté George W. Bush.

Facteur de « modernité »

« Obama présente un facteur de modernité évident », souligne Xavier Beulin, vice-président de la FNSEA, en charge des questions internationales. « Peut-être qu’il favorisera, au niveau des relations internationales, la réalisation d’un monde multipolaire plutôt que les négociations bilatérales ». Il sera peut-être le président américain de « relations plus équitables dans le monde ». « Il aura peut-être cette capacité-là », s’interroge Xavier Beulin, mais le doute est permis.

Dans ce contexte, y a-t-il des signes qui montrent une volonté de Barak Obama de relancer le cycle de négociations à l’OMC ? « C’est la bonne question, assure Xavier Beulin. Si cette relance est dans leur intérêt, les Américains tenteront de la faire ». « Si des accords bilatéraux les arrangent, les Américains les feront », tranche François Lucas, président de la Coordination rurale (CR). « À l’OMC, libéraux à l’extrême, les Américains demandent à leurs partenaires commerciaux de déréguler toujours un peu plus, analyse le président de la CR. Chez eux, ils font exactement le contraire ». En clair, même si le charisme du candidat démocrate – qui n’est pas sans rappeler celui d’un Kennedy – séduit la vieille Europe, Barack Obama, s’il est élu, défendra avant tou les intérêts de son pays. La « realpolitik » américaine est à ce prix. Pour les professionels agricoles, il n’y a pas de doute là dessus.

Poursuite du Farm Bill

Une certitude encore. La poursuite du Farm Bill voté en 2008, pour 5 ans, par un congrès à majorité démocrate est acquise. « Il sera mené jusqu’au bout », assure Xavier Beulin. Cette politique a accordé au secteur agricole une enveloppe de presque 300 milliards de dollars jusqu’en 2013. « Finalement, Obama ou pas, cela ne changera pas grand-chose », résume le vice-président de la FNSEA.

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Même constat du côté de François Lucas. « Les Américains, explique-t-il, ont pour leur agriculture une considération géostratégique (le fameux pouvoir vert : ndlr), et seulement après, une logique économique ». Mieux, « l’agriculture pour les Américains c’est génétique ». Une belle formule pour dire que si l’Europe agricole veut des résultats elle doit être offensive et se prendre en main. « Si on a des changements à obtenir au niveau de la politique agricole, c’est déjà chez nous qu’il faut y travailler », résume le leader de la CR.

Une Europe agricole « téléguidée »

Pragmatique, François Lucas ne se fait guère d’illusion sur le sort de l’Europe agricole face aux Etats-Unis. « Obama ou McCain, peu importe, souligne-t-il. Les Américains continueront à nous mener par le bout du nez ». « Ils sont excellents pour téléguider nos décisions au niveau de l’Europe. Républicains ou démocrates, la ligne agricole est tracée », estime-t-il.

« Ce qui me trouble, poursuit Xavier Beulin, est la compétitivité intrinsèque de l’agriculture américaine mise à mal par les pays d’Amérique latine qui tiennent aujourd’hui la corde. Au niveau du secteur industriel, la Chine taille aujourd’hui des crouprières aux Etats-Unis ». Ce qui pourrait justifier une relance du cycle de Doha et l’obtention d’un accord, gage de prospérité selon certains, dans une Amérique ébranlée par la crise financière et dont les déficits se creusent. Et le candidat démocrate soutient la libéralisation des échanges. Celle-ci doit néanmoins prendre en compte les intérêts des travailleurs et notamment de la main-d’œuvre immigrée, sans oublier ceux des entreprises et les enjeux environnementaux.

Des enjeux sociétaux

Pour Xavier Beulin, la victoire d’Obama pourrait insuffler, dans les politiques agricoles, des exigences liées à l’environnement ou à la santé. Le programme du candidat Obama s’approche à ce titre de ce que nous qualifions de politique « sociale-démocrate », souligne le vice-président de la FNSEA. Une FNSEA qui, il y a quelques années, brûlait, avec d’autres collègues syndicalistes des drapeaux américains, se souvient François Lucas. C’était en 1993, en pleine négociation de l’Uruguay Round. L’Accord de Blair House a finalement permis au groupe de négociations sur l’agriculture du Gatt (General Agreement on Tariffs and Trade) de sortir de l’impasse. Mais à quel prix : « Comment les Américains ont-ils osé nous imposer ce qu’ils nous ont imposé en termes de limitation de surfaces d’oléagineux ? », se demande encore François Lucas. Une histoire entre la vielle Europe et le nouveau continent qui laisse des traces.