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UE/Chaîne alimentaire Le monde agricole réclame des dérogations aux règles de concurrence

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Les coopératives agricoles européennes ont rencontré des représentants des distributeurs, de l’industrie alimentaire et des consommateurs d’Europe, les 11 et 12 décembre à Athènes, pour les sensibiliser une nouvelle fois sur les difficultés que rencontrent les producteurs non seulement du fait de la crise économique mais également de la volatilité des prix, de l’augmentation des coûts de production et de l’effondrement des revenus. A l’issue des travaux, les coopératives agricoles ont demandé à l’Union européenne de prévoir des dérogations aux règles de la concurrence pour aider les producteurs à s’en sortir.

« Les agriculteurs et les coopératives agricoles d’Europe souffrent non seulement de l’impact de la crise économique, mais également des effets combinés de la volatilité des prix, de coûts des intrants accrus et des prix départ exploitation réduits. La conséquence est une pression insupportable exercée sur le revenu des agriculteurs et des coopératives agricoles, les conduisant presque à la faillite ». Paolo Bruni, le nouveau directeur désigné du Cogeca (Comité général des coopératives agricoles de l’UE), a profité de la rencontre des 11 et 12 décembre à Athènes pour mettre représentants de la distribution et de l’industrie agroalimentaire européenne devant leurs responsabilités. Se disant convaincu que les coopératives agricoles jouent un rôle important dans la concentration de l’offre et la coordination des activités des agriculteurs au sein de la chaîne alimentaire, il a toutefois estimé que ce rôle requiert nécessairement « la mise en place d’ outils juridiques nécessaires en matière de politique de concurrence de l’UE, afin que les producteurs soient en mesure d’adapter la production de denrées alimentaires aux demandes des consommateurs et de la société ». Paolo Bruni considère tout à fait « impératif de parvenir à une chaîne alimentaire plus équilibrée, transparente et efficace ».
Le directeur du Cogeca, Paulo Gouveia, a expliqué, pour sa part, à Agra alimentation que la rencontre d’Athènes avait pour but de « promouvoir des initiatives éventuelles qui pourraient aller dans le sens d’un rééquilibrage entre tous les maillons de la chaîne alimentaire ». Selon lui, « en dépit de la nature concurrentielle de leurs relations commerciales, les représentants des distributeurs, des consommateurs et de l’industrie alimentaire de l’UE se sont mis d’accord pour dire que des partenariats profitant à tous et une collaboration plus étroite constituent des éléments essentiels pour répondre aux attentes du consommateur ».

Dérogations aux règles de concurrence
Quant à savoir si les différentes parties prenantes ont aujourd’hui marqué certains progrès vers ce rééquilibrage tant espéré dans la chaîne alimentaire, le directeur du Cogeca considère que les choses bougent et que les « fenêtres d’opportunité » pour en discuter se multiplient. « Imaginez qu’il y a à peine un an ni l’Union européenne ni l’opinion publique n’étaient sensibilisées à nos problèmes et maintenant tout le monde commence à l’être. Aujourd’hui nous avons un Groupe de haut niveau sur la compétitivité de l’industrie agroalimentaire avec des recommandations, nous avons aussi une communication de la Commission européenne qui traite de nos problèmes spécifiques et qui propose des pistes qui vont dans un sens intéressant ». Cependant aux yeux du Directeur du Cogeca c’est la « mise en place d’outils juridiques qui accordent des dérogations aux règles de concurrence de l’UE » qui sont à même de sauver les producteurs : « D’accord, la Commission nous encourage à multiplier les groupements de producteurs pour avoir plus de pouvoirs face aux distributeurs et à l’industrie mais elle doit être cohérente et conséquente avec elle-même. Il nous manque ces dérogations au droit de la concurrence ! ».

« Halte aux amalgames » dixit le commerce européen
« Ce que je n’accepte pas, c’est ce raccourci : différence entre le prix payé par le consommateur et le prix donné au producteur = bénéfice dans la poche du distributeur ». Contacté par Agra alimentation, Xavier Durieux, le secrétaire général d’Eurocommerce, fulmine contre ce qu’il appelle « le procès fait au monde de la distribution et selon lequel celui-ci serait à la base de l’effondrement des revenus des agriculteurs ». « Nous n’avons pas de relations avec les agriculteurs car nous achetons nos produits aux intermédiaires. Le monde agricole et le commerce ont même des intérêts communs. Nous souhaitons des revenus stables pour les agriculteurs grâce à une meilleure compétitivité », souligne le secrétaire général. Celui-ci regrette les amalgames que font certains « sans faire l’effort de comprendre ». Citant une étude confiée à des consultants il nous apprend que selon les conclusions de celle-ci, « les bénéfices des distributeurs se situeraient en moyenne autour de 2 à 4 % tandis que ceux des producteurs de grandes marques culmineraient entre 14 et 20 % ». Pour lui l’explication de la différence entre le prix payé au producteur et le prix payé par le consommateur est à rechercher « dans les coûts de nettoyage des produits alimentaires, leur emballage, leur transport sans oublier les inévitables taxes ». Interrogé sur l’idée d’accorder des dérogations aux coopératives agricoles en matière de règles de concurrence, le secrétaire général d’Eurocommerce répond : « Notre conception est qu’en phase de crise conjoncturelle les agriculteurs sont en droit de recevoir un soutien adéquat mais ceci ne doit surtout pas devenir un protectionnisme pour tous ».

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