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Rapport « Le monde a changé », pas l'univers de la viande bovine, selon le CGAAER

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Structurer la production, contractualiser, tracer, communiquer sont les maîtres mots du changement qui attend la filière viande bovine, selon un rapport d'Yves Geffroy et de Michel Reffay du Conseil général de l'alimentation, de l'agriculture et des espaces ruraux (CGAAER). Publié le 11 juin, il fait un état des lieux sans concession des problématiques de la filière.

« Le monde a changé, celui de la viande a moins changé, il s'est même accroché avec succès aux outils du passé », affirment Yves Geffroy et Michel Reffay du Conseil général de l'alimentation, de l'agriculture et des espaces ruraux (CGAAER). Ils sont à l'origine du « rapport de situation et de propositions sur la filière bovins viande », publié le 11 juin. Très attendu, ce rapport, daté de février 2015, devait être publié en janvier. Il a été sujet à de nombreuses discussions ce qui a conduit à ce retard de publication. Une publication qui tombe au cœur de la crise de la filière bovin viande justement ! Ce rapport confirme les revenus « structurellement bas » des éleveurs et l'effet ciseau charges/coût qu'ils subissent depuis longtemps. « Il apparait clairement que le revenu courant/UTH avant impôts des producteurs spécialisées « viande bovine » est le plus bas de toute les productions agricole en 2014, se disputant du reste chaque année ce classement avec le secteur « ovins viande » », observe le rapport. Dans le Massif central, les prêts à cours terme ont progressé de 25% entre 2011 et 2014 et les dossiers de ré-étalement de prêts ont été multipliés par 20 (source : CRCA). « Les fournisseurs pointent eux-mêmes un sensible allongement des délais de paiement et une augmentation des impayés », selon le rapport. Les rapporteurs dénoncent une production de cueillette, peu structurée et organisée, sans anticipation sur les marchés et avec des tensions en interprofession.

Manque de consensus au cœur d'Interbev

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Les coûts de production passent du simple au double (191€ à 408€ de coût de production par 100kg de poids vifs). « Ces différences reposent sur un niveau de maîtrise zootechnique et sur une aptitude à maîtriser les coûts extrêmement variable, qui appellent à l'évidence à examiner et à améliorer les modalités du travail de développement tant technique qu'économique », affirme le rapport. Yves Geffroy et Michel Reffay proposent alors une série de leviers et surtout de structurer une stratégie commune entre acteurs de la filière. Segmenter la production « pour s'opposer à la massification du produit viande, qui naturellement s'aligne sur le prix le plus bas », développer les approvisionnements en RHF, relancer des campagnes de communication « avec pugnacité », indiquer l'origine France sur les produits, « sortir du débat sur le poids des animaux pour se focaliser sur le marché et la demande des consommateurs », « rationaliser et clarifier les itinéraires techniques », prévoir la production par le biais de contrat… Pour autant, les rapporteurs ne s'en cachent pas : « Il y aura des crises ». Le fonctionnement de l'interprofession est également à revoir, selon les auteurs, avec l'intégration d'un représentant du secteur laitier. Yves Geffroy et Michel Reffay ajoutent que « l'interprofession bétail et viande rénovée, a clairement pris la mesure de l'enjeu, qui n'est pas partagé par toutes ses composants internes. Elle mérite, nous semble-t-il, d'être soutenue par les pouvoirs publics, sans s'y substituer ».

Un constat sur l'état de la filière qui fait l'unanimité

Selon Stéphane Le Foll, durant la réunion du 17 juin au ministère, tous les membres de la filière bovin à viande ont partagé le même constat, un constat qu'Yves Geffroy et Michel Reffay du Conseil général de l'alimentation, de l'agriculture et des espaces ruraux (CGAAER) ont détaillé dans leur rapport. Pour Jean-Pierre Fleury, président de la Fédération nationale bovine, « ce rapport confirme la situation désastreuse des éleveurs et montre que la filière n'est pas en ordre de marche ». Il ne fera pas plus de commentaire. Dominique Langlois, président d'Interbev, se positionnait, à la sortie de la réunion du 17 juin : « Le rapport est le reflet de ce que nous vivons aujourd'hui dans la filière. Il est tout à fait dans la lignée de ce qui a été évoqué aujourd'hui ». Quant aux jeunes agriculteurs, qui ont également participé aux manifestations, Julien Bigand, vice-président JA, qualifie ce rapport d'« excellent ».