La coopération veut peser politiquement. Elle tenait cette semaine son second sommet international à Québec, à l'initiative de Desjardins et de l'Alliance coopérative internationale. L'enjeu ? La reconnaissance de l'efficacité et de la spécificité du modèle économique de la coopération.
La deuxième édition du Sommet international de la coopération a rassemblé plus de 3 000 délégués de 93 pays, du 6 au 9 octobre à Québec. Ce « Davos de la coopération », co-organisé par le groupe financier coopératif québécois Desjardins et l'Alliance coopérative internationale, dédié cette année au « pouvoir d'innover des coopératives », a choisi la sécurité alimentaire parmi ses sujets phares.
Au-delà de la teneur des échanges, c'est la visée politique de ce sommet qu'il faut retenir. « En 2012, nous avons mis en lumière l'apport des coopératives à l'économie mondiale. La taille et l'importance des coopératives étaient presque une découverte ! Cette année, nous voulons montrer comment elles peuvent répondre aux défis de la planète », a déclaré Monique F. Leroux, présidente et chef de la direction de Desjardins, à l'initiative de l'événement, lors d'un point presse. Ce rendez-vous coopératif doit aussi alimenter un sentiment de cohésion autour d'une identité commune.
PESER POLITIQUEMENT
Dame Pauline Green, présidente de l'Alliance coopérative internationale, fait du lobbying un objectif majeur pour le monde coopératif. « Le monde compte un milliard de coopérateurs. Leur voix doit être entendue », a-t-elle déclaré. L'Alliance coopérative internationale, qui promeut le développement du modèle économique de la coopération, multiplie les opérations de lobbying, du pape François au G20. « Cette année, le mouvement coopératif a enfin percé dans le milieu très sélect de la représentation commerciale internationale grâce à la première participation de l'Alliance au Conseil des entreprises du G20 », s'est ainsi félicitée Dame Pauline Green.
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UN ENJEU IMPORTANT POUR LES BANQUES ET MUTUELLES
Pour les coopératives, dont la gouvernance est basée sur la représentation des membres, l'enjeu est important. « Nous devons veiller à ce que de grands éléments de la réglementation mondiale, conçus pour des groupes privés, ne remettent pas en cause la gouvernance des coopératives », explique Monique Leroux. Une déclaration qui fait directement allusion à des réglementations comme Bale III ou Solvency II.
Cette préoccupation est partagée par Jean-Yves Dagès, président de Groupama. « Il faut un vrai statut des coopératives et des mutuelles en Europe. Ce sommet fait émerger de la cohésion et donne de la force au lobbying », commente-t-il. Malgré l'optimisme et la volonté affichés au Sommet, il reste du travail. « Nous n'avons pas encore gagné la bataille des idées. Nous n'avons pas encore convaincu les décideurs du monde que le modèle coopératif est un modèle économique efficace », estime Hugues Sibille, vice-président du Crédit Coopératif. Les banques coopératives sont concernées au premier chef, mais elles financent aussi largement les entreprises coopératives.
Sur les quelque 150 délégués français présents au sommet, 70 étaient issus de la coopération agricole française. Ils représentent une quarantaine de coopératives, dont 13 font partie de Promocoop, le club des 16 plus grandes coopératives agricoles et agroalimentaires françaises. Il y a deux ans, la coopération agricole française était représentée par une quarantaine de personnes. Autre secteur bien représenté côté français cette année, les banques.