« Le mouvement de concentration doit se poursuivre », affirmait le président de Coop de France Philippe Mangin en présentant, à quelques jours de son congrès, les grandes données économiques de la coopération agricole. Si l'extension du périmètre des coop est moins rapide que par le passé, celles-ci se concentrent ce qui permet aux leaders de creuser leur avance.
Grandir à défaut de s'étendre. Les années récentes avaient donné l'habitude d'un accroissement régulier du périmètre de la coopération agricole. En 2014, ce phénomène est toujours présent mais de manière ralentie : ce périmètre, exprimé en chiffre d'affaires, n'a progressé que de 0,5%. C'est ce qu'expliquait, en présentant son congrès des 17 et 18 décembre, Philippe Mangin, le président de Coop de France. Ces coopératives représentent 40% de l'industrie agroalimentaire soit 84,8 milliards d'euros de chiffre d'affaires consolidé et 160 000 employés (55% de l'emploi en agroalimentaire). Une petite déception donc pour les coopérateurs alors même que la sortie du breton Gad du monde coopératif (il sera racheté par Intermarché) n'était pas scellé dans le marbre lors de la confection de cet indicateur. Quant à l'acquisition envisagée à terme d'Elivia, la branche bovine de Terrena par l'Irlandais Dawn Meats, le sortant le cas échéant du périmètre coopératif, Philippe Mangin disait en quelque sorte : « Wait and see ».
Moins conquérante, la coopération n'en a pas moins continué de forcir. Les coopératives étaient 2 800 il y a un an, elles sont aujourd'hui 2 750. Entre les deux, certaines se sont regroupées, ont fusionné, même si cela ne se fait pas toujours comme prévu. L'échec, pour l'heure, du regroupement Agrial/Eurial le montre bien. Elles avaient prévu de fusionner. L'échéance est plus délicate à assurer.
Il n'empêche : sur 73 opérations de regroupement impliquant des coop, 44 opérations n'ont concerné que des coopératives elles-mêmes. Ce qui implique un renforcement de leur taille, principalement pour celles qui étaient déjà les plus importantes. Ce qui est bienvenu en termes de résultat. Comme pour l'agroalimentaire en général, les très grosses et les très petites coopératives sont celles qui souffriraient le moins de la conjoncture difficile. Entre les deux, les coop moyennes et de taille intermédiaire seraient les plus sensibles à la fois à la pression des grandes surfaces et à la volatilité des prix.
Le Top 20 des coop
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Les 20 premières coop, qui représentaient 27 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2006, en représentent 52,7 Mrd € aujourd'hui. Soit une croissance nettement supérieure à celle de l'ensemble du secteur. InVivo, le n°1 d'aujourd'hui, avec 6 Mrd € de chiffre d'affaires, représente le double de ce qu'était le leader de 2006, Terrena. « Il faut poursuivre la concentration, lance Philippe Mangin, c'est le principal moyen de lutter contre la volatilité des cours », assure-t-il. Le meilleur moyen aussi d'investir en recherche et innovation et d'aller sur les marchés export. Le « patron » des coop reste cependant un peu sur sa faim : depuis des lustres, et à part la récente opération entre Terrena et Dawn Meats, aucune opération de rapprochement n'a eu lieu entre une coop française et une homologue européenne. Pendant ce temps, en Europe du nord, les accords se multiplient. S'allier, trouver des partenaires extérieurs fait bien partie des mots d'ordre que compte lancer le président de Coop de France à son congrès des 17 et 18 décembre.
Avec les distributeurs : sortir de l'affrontement
Ce ne sera pas le seul. Vis-à-vis des grandes surfaces, Philippe Mangin appelle « à se mettre autour d'une table pour sortir de l'affrontement et trouver les moyens de trouver, tous, des gains de productivité ». La logistique, la qualité… bon nombre de chantiers pourraient être ouverts. Mais pour le président de Coop de France, « il n'est pas acceptable qu'à peine on soit assis dans les négociations, on nous impose une baisse de 10% ». Pour lui, la loi Hamon a prévu l'inverse : c'est à partir des conditions générales de vente du fournisseur que doivent démarrer les négociations et non pas à partir des exigences du distributeur. La situation se prêterait d'autant plus à cette « révolution » que la distribution elle-même connaît des mutations importantes dans les différentes formes de distribution.