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Le mouvement devient national, le gouvernement promet d’aller vite

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Le gouvernement est attendu de pied ferme par les agriculteurs en colère pour formuler une réponse à la demande d’aides « immédiates » formulée par la FNSEA, au moment où de nouvelles actions sont en cours aux quatre coins du pays. Les trois principaux syndicats agricoles participent à la mobilisation.

Gabriel Attal devait réunir ce jeudi 25 janvier les ministres de l’Agriculture, de la Transition écologique et de l’Économie. Des premières mesures étaient attendues jeudi ou vendredi, a appris l’AFP de sources concordantes au sein de l’exécutif. Une journée sous haute tension, alors que le mouvement, endeuillé par les décès accidentels d’une éleveuse et de sa fille mardi sur un barrage routier, a encore pris de l’ampleur.

Les actions se poursuivaient tôt jeudi matin sur les autoroutes, les rocades et les ronds-points à travers le pays. À Strasbourg sur la M35, des agriculteurs étaient réunis à l’aube autour d’un brasero pour leur café matinal après avoir passé la nuit dans les tracteurs. Quelques centaines sont stationnés sur les voies, selon un journaliste de l’AFP. La circulation était interdite jeudi matin sur des tronçons autour d’Avignon et sur l’A51 en direction de Marseille, selon Bison Futé. À Bordeaux, une quinzaine de tracteurs sont partis à 7h pour une opération escargot dans les deux sens autour de ce périphérique qui contourne la ville.

Mais les représentants syndicaux sur place se veulent « plus respectueux » qu’à Agen. La tension y est montée d’un cran en fin de journée mercredi dans le chef-lieu du Lot-et-Garonne, quand des membres de la Coordination rurale ont brûlé de la paille et des pneus devant la préfecture, sous les yeux de forces de l’ordre impassibles. Le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a donné mercredi soir des consignes de « grande modération » aux préfets, leur demandant de ne faire intervenir les forces de l’ordre qu’en « dernier recours ».

Conf' « inquiète », CR « confiante »

« Ras-le-bol général », « exaspération », « l’agriculture va mal », « pessimisme » : partie du Sud-Ouest la semaine dernière, la fronde des agriculteurs a pris de l’ampleur avec l’appel de la Confédération paysanne à la mobilisation, en plus de la FNSEA et de la Coordination rurale. Sur l’A16, même si le président de la FNSEA Arnaud Rousseau a écarté « à ce stade » un éventuel blocage de Paris, « on avance tous les jours d’une vingtaine de kilomètres et on sera sûrement aux portes de Paris soit demain ou samedi », a dit à BFMTV Régis Desrumaux, président de la FDSEA de l’Oise. Une opération escargot a été menée par ailleurs jeudi matin par des agriculteurs circulant en tracteur sur la N12 dans les Yvelines, au sud-ouest de Paris.

À Rennes, une manifestation est organisée dans la matinée devant la préfecture de région par la Coordination rurale. Des pêcheurs pourraient aussi se joindre à la protestation. « Le ras-le-bol ce n’est pas juste en France, mais dans toute l’Europe », estime Arthur Muller, 25 ans, à Strasbourg.

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Des annonces immédiates sont possibles, comme une ristourne sur le carburant des tracteurs. Des députés ont recommandé dans un rapport le 25 janvier « la mise en place de prix planchers pour les produits agricoles ». « Attendre jusqu’à vendredi pour avoir des annonces, c’est prendre beaucoup de risques. Plus on attend, plus il va falloir qu’elles soient costaudes, les mesures », avait mis en garde Karine Duc, coprésidente de la Coordination Rurale de Lot-et-Garonne.

À l’issue de son rendez-vous avec le Premier ministre le 23 janvier, la porte-parole de la Confédération paysanne Laurence Marandola a estimé que les premières pistes évoquées par Gabriel Attal étaient « très inquiétantes », éloignées de ses demandes : interdire les ventes de produits agricoles sous leur prix de revient, et « stopper » les négociations ou « revenir » sur les accords passés de libre-échange.

Sur le premier point, des pistes ont été évoquées concernant l’extension du périmètre de protection de la matière première agricole, qui ne convainquent pas le syndicat ; sur le deuxième, la Confédération paysanne estime que le gouvernement « va visiblement continuer » à signer des accords de libre-échange en y incluant des clauses miroirs, mesures jugées insuffisantes par le syndicat, pour faire face à ce qui est pour la Conf' le « dénominateur commun » aux mécontentements exprimés dans toute la France : la faiblesse des revenus. Le Premier ministre aurait évoqué des mesures liées à la trésorerie, notamment fiscales, sans en préciser le contenu.

À l’inverse, à l’issue de leur rencontre avec le Premier ministre, les représentants de la Coordination rurale se sont dits « confiants » sur le dossier de l’énergie, qu’il s’agisse de la fiscalité du gazole non routier (GNR) ou de l’électricité. « Nous sommes confiants, nous pensons qu’il y aura quelque chose », a déclaré Christian Convers, secrétaire général du syndicat minoritaire. « Le Premier ministre a compris que le problème de trésorerie doit être résolu rapidement », a étayé la présidente Véronique Le Floc’h.

Les actions se poursuivaient jeudi sur les autoroutes, les rocades et les ronds-points à travers le pays

Une agricultrice et sa fille décèdent sur un barrage routier dans l’Ariège

En Ariège, le mouvement des agriculteurs a été endeuillé, le 23 janvier, par la mort d’une exploitante et de sa fille, renversées par une voiture qui a foncé sur un barrage de manière non intentionnelle, selon les premiers éléments de l’enquête. Les victimes – une agricultrice de 35 ans, son conjoint de 40 et leur fille de 14 ans, selon le préfet – ont été renversées mardi entre 5h30 et 6h sur un barrage routier d’agriculteurs à Pamiers. Les trois occupants de la voiture qui a foncé sur le barrage, « un couple et une de leurs amies, tous trois de nationalité étrangère » selon le parquet (de nationalité arménienne selon une précision du préfet), ont été placés en garde à vue dans le cadre d’une enquête ouverte notamment pour homicide involontaire aggravé. « Les faits en cause ne paraissent pas revêtir un caractère intentionnel », a souligné le parquet, mettant en avant la très faible luminosité sur place « en pleine nuit », « sans éclairage public ». Le véhicule, qui s’était engagé sur la RN 20 alors que l’accès en était interdit, a percuté un mur de paille qui était « recouvert d’une grande bâche noire », derrière lequel des manifestants se restauraient.