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Réchauffement climatique Le non-labour, une option pour atténuer les canicules

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Une agriculture sans labour pourrait en Europe abaisser jusqu'à deux degrés les températures extrêmes des vagues de chaleur, offrant une option pour réduire les effets du réchauffement climatique, selon une recherche publiée le 23 juin.

Ce mode de culture, peu utilisé sur le continent européen, présente l'intérêt de maintenir des résidus sur les terres après les récoltes qui réfléchissent nettement plus les rayonnements solaires, réduisant ainsi la quantité de chaleur absorbée, expliquent les auteurs suisses de ces travaux parus dans les Comptes-rendus de l'Académie nationale américaine des sciences (PNAS).« Nous avons constaté que l'effet de refroidissement de ces résidus, en accroissant la réflexion des rayons du soleil, était fortement amplifié durant les jours d'été les plus chauds », expliquent les auteurs. Ainsi la température durant les jours les plus caniculaires dans les régions recourant à cette méthode peut diminuer d'environ deux degrés comparativement à des zones d'agriculture où le sol est labouré, précisent-ils. Les chercheurs ont effectué leurs mesures sur un site expérimental dans le sud de la France, laissé sans labour après la récolte de blé et où les résidus ont augmenté le taux de réflexion des rayons solaires de 50 %.

Cette couche de résidus permet aussi de retenir davantage l'eau dans le sol, ce qui diminue l'évaporation, sans pour autant affecter l'effet refroidissant de la réflexion du soleil sur ces résidus, indiquent également ces scientifiques. « Il y aurait aussi une conservation possible du carbone (CO2) » dans le sol, le principal gaz à effet de serre, a indiqué Sonia Seneviratne, de l'ETH de Zurich, l'Institut fédéral suisse de technologie, un des co-auteurs de cette recherche.

Peu répandu sur le Vieux Continent

L'adoption de ce mode de culture varie beaucoup selon les régions du monde. En Amérique du Nord et du Sud, où l'agriculture extensive domine, il est très répandu. Mais en Europe, il ne représente qu'une infime partie des cultures. Pourtant, avec près de 30 % de la superficie européenne consacrés aux récoltes, le Vieux Continent est l'une des régions du monde les plus cultivées.

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Cette méthode paraît être la plus efficace avec des cultures situées à des latitudes moyennes, récoltées en juillet, et où le sol aura été laissé sans labour durant les mois de canicules.

« Une telle approche peut avoir des effets salutaires importants car les vagues de chaleur ont un énorme impact sur les populations et les écosystèmes et sont appelées à devenir plus fréquentes et plus sévères avec le réchauffement climatique », soulignent ces scientifiques. Une réduction de un à deux degrés des températures extrêmes « peut potentiellement faire une grande différence en termes d'impact humain et sur les écosystèmes », font-ils valoir.

Non-labour : la Coordination rurale se place en précurseur

Réagissant à la recherche publiée par l'Académie nationale américaine des sciences, la Coordination rurale explique que le non-labour, « en favorisant le maintien en surface des résidus de récolte et le respect de la faune du sol, contribue au maintien des qualités agronomiques du milieu naturel et évite l'épuisement progressif de celui-ci. Elle réduit les passages, générant des économies de carburant. Elle réduit l'érosion, diminue la sensibilité du sol à la sécheresse et enrichit le sol en matière organique, contribuant ainsi à lutter contre l'effet de serre ». Elle rappelle que « dès 1999, la CR organisait à contre-courant un festival des pratiques de non-labour et de semis direct », dont la 16e édition se déroulera le 24 septembre 2014 au lycée agricole Naturalia à Chateauroux (36).