Malgré la bière et le maroilles, le nord de la France peine à s’imposer comme une grande région agroalimentaire. L’octroi de deux pôles de compétitivité vient de le rappeler : le Nord-Pas-de-Calais est parmi les premiers du classement des régions françaises du secteur. Tiré qu’il est par quelques grandes et solides entreprises familiales assises sur la fertilité de l’agriculture du plat pays (Bonduelle, Roquette, Leroux ou encore Lesaffre). Et pourtant, l’agroalimentaire du Nord doit faire face à un déficit d’image tout autant qu’à un manque de concentration et une capacité d’investissement de ses PMI trop limitée.
Le Nord. Ses terrils… Son textile… Et ses IAA ? Malgré son image, la région Nord fait bien partie des poids lourds de l’agroalimentaire français. Elle compte quelque 38 300 salariés et 2 617 établissements pour un chiffre d’affaires de plus de 7,7 milliards d’euros, selon les dernières statistiques disponibles, datant de 2002 (Agreste). L’agroalimentaire septentrional a même longtemps occupé les premiers rôles, dans l’Hexagone, avant d’être distancé par la Bretagne, les Pays de Loire et l’Ile de France, se plait à rappeler Marc Descamps, responsable du Pôle des industries agroalimentaires du Nord-Pas-de-Calais.
Mais faute d’un produit phare et d’une gastronomie facilement exportables et reconnus, le secteur peine à marquer les esprits. L’équation Nord égale agroalimentaire ne se fait pas. Malgré les Bonduelle, Roquette, Tereos ou Lesaffre, quelques fleurons aux dimensions internationales, la région souffre d’une faible concentration des effectifs et des capitaux : plus de 80% des entreprises ont moins de 10 salariés !
Dynamique collective
Et pourtant, les décideurs régionaux tentent de remédier à des faiblesses maintes fois pointées du doigt : la concentration de quelques entreprises par sous secteurs, peu de R&D et de PME innovantes, un manque d’image à l’international, une érosion de l’emploi en CDI et des PMI à la santé financière fragile, comme le rappelle une nouvelle étude réalisée cette fois pas la Direction régionale de l’industrie, de la Recherche et de l’Environnement, parue en juin dernier.
L’espoir est venu, voici quelques mois d’un plan d’action régional parfois évoqué mais vite enterré par le Conseil régional. La filière va peut-être pouvoir se rabattre sur les deux pôles de compétitivité qu’elle vient de décrocher afin de trouver une dynamique collective qui lui fait cruellement défaut : le pôle halieutique autour du premier port de pêche français, en tonnage, et le pôle nutrition santé structuré par l’Institut Pasteur depuis longtemps déjà spécialisé sur les questions d’obésité.
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Mutation « incontournable et indispensable »
Quoi qu’il en soit, une mutation en profondeur est « incontournable et indispensable » tranchent les auteurs de la note de la DRIRE, à propos des IAA régionales. Elles possèdent « tous les ingrédients pour devenir une grande région agroalimentaire européenne », indiquent-ils. Pour y parvenir, ils préconisent trois pistes d’action : un soutien au développement des services informatiques aux entreprises afin de répondre aux exigences de traçabilité ; inciter les filières à suivre la démarche des pôles de compétitivité ; mailler et valoriser la diversité de l’offre régionale.
Ces perspectives permettraient, selon la DRIRE, de capitaliser sur les forces de cette région, sa diversité et la complémentarité des métiers, alliée à la présence de grands groupes et d’industries supports (logistique, plasturgie, électronique) en grand nombre. Elles permettraient aussi d’asseoir la dimension exportatrice du secteur : selon les données du ministère de l’Agriculture, près du tiers du chiffre d’affaires des IAA du Nord-Pas-de-Calais sont réalisés à l’exportation, soit bien plus que la moyenne nationale des IAA (aux alentours de 18%).
Enjeux pour l’industrie régionale Nord-Pas-de-Calais, DRIRE NPDC, juin 2005.