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Sécurité alimentaire Le Parlement européen dit non à la « colle à viande »

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Le Parlement européen a opposé le 19 mai son veto à l’autorisation de la thrombine, substance dérivée des parties comestibles des porcs et des bovins, en tant qu’additif alimentaire. Les députés ont estimé que l’utilisation de cette « colle à viande » trompait les consommateurs, en permettant aux industriels de présenter des produits recomposés sous forme de morceaux entiers.

La Commission de Bruxelles avait proposé d’ajouter la thrombine porcine et bovine à la liste des additifs alimentaires autorisés par l’UE. L’objection, soulevée par la commission parlementaire pour la santé publique et la sécurité alimentaire (1), a été soutenue par une courte majorité lors du vote en plénière (370 voix pour, 262 voix contre et 32 abstentions).

Ne pas induire le consommateur en erreur
Les députés se sont notamment appuyés sur un règlement européen de 2008 qui définit les conditions d’autorisation des additifs alimentaires dans l’UE : leur utilisation ne doit pas être susceptible d’induire le consommateur en erreur et ils doivent présenter un avantage ou un intérêt particulier pour le consommateur (meilleure préservation de la qualité nutritive des produits, amélioration de la capacité de conservation, etc.).
Deux conditions qui ne sont pas remplies par la thrombine, selon les partisans du veto.
La proposition initiale de la Commission prévoyait l’étiquetage obligatoire pour les produits reconstitués avec de la thrombine, ainsi que l’interdiction de son utilisation dans les restaurants. Mais les députés ont considéré que ces mesures n’excluraient pas la possibilité que les consommateurs croient acheter des produits à base de viande non reconstituée.

Droit de veto
Le Parlement a ainsi exercé son droit de veto, selon la procédure dite de « réglementation avec contrôle », qui permet aux députés de rejeter les mesures d’exécution de la législation européenne proposées par la Commission.
Les autorités nationales restent néanmoins compétentes pour décider de l’autorisation de la thrombine en tant que substance destinée à la simple transformation des aliments (« auxiliaire technologique ») et non à la consommation en tant que telle.

Les explications de la Commission de Bruxelles
Juste avant le vote parlementaire, le commissaire européen chargé de la santé, John Dalli, avait expliqué que l’autorisation de la thrombine ne visait qu’à « clarifier la situation » : la Commission souhaitait que la présence de l’enzyme soit obligatoirement mentionnée sur l’étiquette des produits carnés concernés.
Elle voulait de plus harmoniser les législations nationales, la thrombine étant déjà autorisée dans certains Etats membres (en Allemagne, en Belgique et aux Pays-Bas) comme « élément d’aide à la fabrication » et non comme « additif alimentaire ».
En outre, avait fait valoir M. Dalli, la thrombine aurait permis de mettre sur le marché des produits carnés « moins chers » car issus de morceaux de viande bas de gamme, ce qui en définitive aurait été « à l’avantage des consommateurs les moins aisés ».

(1) Voir n° 3250 du 03/05/10

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